ACTE ClNaUIÈME. SCENE QUATRIÈME
ANDRÈS Cest un logis garni que j'ai pris tout à l'heure.
LÉLIE
A mon père pourtant la maison appartient,
Et mon valet, la nuit, pour la garder s'y tient.
ANDRÈS
Je ne sais ; l'écriteau marque au moins qu'on la loue : Lisez.
Certes, ceci me surprend, je l'avoue; Qui diantre l'aurait mis? et par quel intérêt?... Ah! ma foi, je devine à peu près ce que c'est : Cela ne peut venir que de ce que j'augure.
ANDRÈS
Peut-on vous demander quelle est cette aventure ?
LÉLIE
Je voudrais à tout autre en faire un grand secret; Mais pour vous il n'importe, et vous serez discret. Sans doute, l'écriteau que vous voyez paraître. Comme je conjecture au moins, ne saurait être Que quelque invention du valet que je dis, Que quelque nœud subtil qu'il doit avoir ourdi Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne Dont j'ai l'âme piquée, et qu'il faut que j'obtienne. Je l'ai déjà manquée, et même plusieurs coups.
ANDRÈS
Vous l'appelez?
ii8 L'ÉTOURDI
LÉLIE
Célie.
ANDRÈS
Hé ! que ne disiez-vous ?
Vous n'aviez qu'à parler; je vous aurais sans doute Epargné tous les soins que ce projet vous coûte.
LÉLIE Quoi ! vous la connaissez ?
ANDRÈS
C'est moi qui maintenant Viens de la racheter.
LÉLIE O discours suprenant !
ANDRÈS
Sa santé de partir ne nous pouvant permettre, Au logis que voilà je venais de la mettre ; Et je suis très ravi, dans cette occasion, Que vous m'ayez instruit de votre intention.
LÉLIE
Quoi ! j'obtiendrais de vous le bonheur que j'espère? Vous pourriez ?...
ANDRÈS, heurte à la porte.
Tout à l'heure on va vous satisfaire.
LÉLIE
Que pourrais-je vous dire, et quel remercîment ?... ANDRÈS
Non, ne m'en faites point, je n'en veux nullement.