‹ Molière, 1622-1673Chapitre 86 sur 223 · ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIÈME

Tout le fruit qu'on en cueille est de se mettre mal, Et d'avancer par là les desseins d'un rival; Au mérite souvent de qui l'éclat vous blesse, Vos chagrins font ouvrir les yeux d'une maîtresse; Et j'en sais tel qu'il doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son rival jaloux. Enfin, quoi qu'il en soit, témoigner de l'ombrage, C'est jouer en amour un mauvais personnage, Et se rendre après tout misérable à crédit : Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit.

ÉRASTE

Hé bien ! n'en parlons plus. Que venais-tu m'appren-

[dre?

Vous mériteriez bien que l'on vous fît attendre, Qu'afin de vous punir je vous tinsse caché Le grand secret pourquoi je vous ai tant cherché. Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute. Lisez-le donc tout haut, personne ici n'écoute.

ÉRASTE lit.

Vous m'avez dit que votre amour

Était capable de tout faire; Il se couronnera lui-même dans ce jour,

S'il peut avoir l'aveu d'un père.

Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur,

Je vous en donne la licence;

Et si c'est en votre faveur, Je vous réponds de mon obéissance.

Ha ! quel bonheur ! O toi qui me l'as apporté. Je te dois regarder comme une déité.

GROS-RENÉ

Je vous le disais bien : contre votre croyance, Je ne trompe guère aux choses que je pense.

ÉRASTE lit.

Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur,

]e vous en donne la licence;

Et si c'est en votre faveur.

Je vous réponds de mon obéissance.

MARINETTE

Si je lui rapportais vos faiblesses d'esprit, Elle désavoûrait bientôt un tel écrit.

Ha! cache-lui, de grâce, une peur passagère Où mon âme a cru voir quelque peu de lumière ; Ou, si tu la lui dis, ajoute que ma mort Est prête d'expier l'erreur de ce transport; Que je vais à ses pieds, si j'ai pu lui déplaire, Sacrifier ma vie à sa juste colère.

MARINETTE Ne parlons point de mort, ce n'en est pas le temps.

ÉRASTE

Au reste, je te dois beaucoup, et je prétends Reconnaître dans peu, de la bonne manière, Les soins d'une si noble et si belle courrière.

' MARINETTE

A propos, savez-vous oià je vous ai cherché Tantôt encore?

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