‹ Molière, 1622-1673Chapitre 87 sur 223 · ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIEME i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIEME i

ÉRASTE

Hé bien?

MARINETTE

Tout proche du marché, Où vous savez.

ÉRASTE

Où donc ?

MARINETTE

Là, dans cette boutique Où, dès le mois passé, votre cœur magnifique Me promit de grâce une bague.

Ha ! j'entends.

GROS-RENÉ La matoise !

ÉRASTE

Il est vrai, j'ai tardé trop longtemps A m'acquitter vers toi d'une telle promesse; Mais...

MARINETTE

Ce que j'en ai dit n'est pas que je vous presse.

GROS-RENÉ

Ho ! que non !

ÉRASTE lui donne sa bague.

Celle-ci peut-être aura de quoi Te plaire. Accepte-la pour celle que je dois.

i6 LE DEPIT AMOUREUX

MARINETTE

Monsieur, vous vous moquez ; j'aurais lionte à la

[prendre.

GROS-RENÉ

Pauvre lionteuse, prends, sans davantage attendre : Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous.

MARINETTE Ce sera pour garder quelque chose de vous.

Quand puis-je rendre grâce à cet ange adorable ?

MARINETTE Travaillez à vous rendre un père favorable.

ÉRASTE Mais s'il me rebutait, dois-je...

MARINETTE

Alors comme alors.

Pour vous on emploîra toutes sortes d'efforts ; D'une façon ou d'autre, il faut qu'elle soit vôtre : Faites votre pouvoir, et nous ferons le nôtre.

ÉRASTE

Adieu, nous en saurons le succès dans ce jour. (Eraste relit la lettre tout bas.)

MARINETTE

Et nous, que dirons-nous aussi de notre amour? Tu ne m'en parles point.

Page 1