ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIEME i
ÉRASTE
Hé bien?
MARINETTE
Tout proche du marché, Où vous savez.
ÉRASTE
Où donc ?
MARINETTE
Là, dans cette boutique Où, dès le mois passé, votre cœur magnifique Me promit de grâce une bague.
Ha ! j'entends.
GROS-RENÉ La matoise !
ÉRASTE
Il est vrai, j'ai tardé trop longtemps A m'acquitter vers toi d'une telle promesse; Mais...
MARINETTE
Ce que j'en ai dit n'est pas que je vous presse.
GROS-RENÉ
Ho ! que non !
ÉRASTE lui donne sa bague.
Celle-ci peut-être aura de quoi Te plaire. Accepte-la pour celle que je dois.
i6 LE DEPIT AMOUREUX
MARINETTE
Monsieur, vous vous moquez ; j'aurais lionte à la
[prendre.
GROS-RENÉ
Pauvre lionteuse, prends, sans davantage attendre : Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous.
MARINETTE Ce sera pour garder quelque chose de vous.
Quand puis-je rendre grâce à cet ange adorable ?
MARINETTE Travaillez à vous rendre un père favorable.
ÉRASTE Mais s'il me rebutait, dois-je...
MARINETTE
Alors comme alors.
Pour vous on emploîra toutes sortes d'efforts ; D'une façon ou d'autre, il faut qu'elle soit vôtre : Faites votre pouvoir, et nous ferons le nôtre.
ÉRASTE
Adieu, nous en saurons le succès dans ce jour. (Eraste relit la lettre tout bas.)
MARINETTE
Et nous, que dirons-nous aussi de notre amour? Tu ne m'en parles point.