‹ Molière, 1622-1673Chapitre 90 sur 223 · ACTE PREMIER. SCENE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCENE TROISIÈME

ÉRASTE

Pour moi, je suis peu fait à cet amour austère Qui dans les seuls regards trouve à se satisfaire ; Et je ne forme point d'assez beaux sentiments Pour souffrir constamment les mauvais traitements. Enfin, quand j'aime bien, j'aime fort que l'on m'aime.

VALÈRE

Il est très naturel, et j'en suis bien de même : Le plus parfait objet dont je serais charmé N'aurait pas mes tributs, n'en étant point aimé.

ERASTE

Lucile cependant...

Lucile dans son âme Rend tout ce que je veux qu'elle rende à ma flamme,

ÉRASTE Vous êtes donc facile à contenter ?

VALÈRE

Pas tant Que vous pourriez penser.

ÉRASTE

Je puis croire pourtant.

Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce.

VALÈRE Moi, je sais que j'y tiens une assez bonne place.

ÉRASTE Ne vous abusez point, croyez-moi.

x> LE DÉPIT AMOUREUX

VALÈRE

Croyez-moi, Ne laissez point duper vos yeux à trop de foi.

ÉRASTE

Si j'osais vous montrer une preuve assurée

Que son cœur... Non, votre âme en serait altérée.

VALÈRE

Si je vous osais, moi, découvrir en secret... Mais je vous fâcherais, et veux être discret.

ÉRASTE

Vraiment, vous me poussez, et contre mon envie Votre présomption veux que je l'humilie : Lisez.

VALÈRE Ces mots sont doux.

ÉRASTE

Vous connaissez la main ?

VALÈRE Oui, de Lucile.

ÉRASTE

-Hé bien ? cet espoir si certain...

VALÈRE, riant.

Adieu, seigneur Éraste.

(Il sort.)

GROS-RENÉ

Il est fou, le bon sire :

Où vient-il donc pour lui de voir le mot pour rire ?

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