‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 1 sur 70 · EN 1673... OU PEUT-ÊTRE EN · texte numérisé non relu

EN 1673... OU PEUT-ÊTRE EN

C'était le meilleur ries hommes, et la postérité le regarde comme un des plus grands qui aient existé.

Stendhal, Ltttra intimes, p. 30.

XXXIV. — Los dix-huit premières années de mise au secret du mystérieux prisonnier de Saint -Mars (1673-1691). [-Suite et fin.] — Un an presque entier venait encore de s'écouler quand Saint-Mars écrivit de l'île Sainte- Marguerite, à Louvois, la curieuse lettre suivante :

« Monseigneur, — Je me donneray lhonneur de vous dire comme j'ay mis mon prisonnier quy est toujours valtudinaire à son ordinaire dans l'unne des deux nouvelles prisons que j'ay fait faire suivant vos cornmandemant. Elles sont grandes, belles et claire, et pour leur bonté je ne croy pas qu'il y en ait de plus fortes ny de plus asseurés dans l'urope, et maismemant pour tout ce que peut regarder les nouvelles de vive voix de prêts et de loing, se quy ne se peut trouver dans tous les lieux ou j'ay esté à la garde de feu monsieur Fouquet depuis le moment qui fut aresté. Avec peu de précaution, Ion peut maisme faire promener des prisonniers dans tout l'isle, sans crainte qu'ils se puissent sauver, n'y donner n'y resevoir auqunes nouvelles. Je prends la liberté, Monseigneur, de vous marquer en détail la bontté de se lieu, pour quand vous auriés des prisonniers à vouloir mettre en toute seureté avec un honneste liberté.

» Dans toute sette province Ion dit que le mien est Monsieur de Baufort, et dautres dissent que cest le fils de feu Cronvel.

» Voisy sy ioint un petit mémoire de la dépance que j'ay faite pour luy l'année dernière. Je ne le met pas en détail, pour que personne par qui il passe puisse pénétrer autre chose que ce quils croyent.

» Jay fait exeequter, Monseigneur, les santances du conseil de guerre que le major d'isy c'est donné lhonneur de vous envoier.

» Mon lieutenant nommé Laprade prend la liberté, Monseigneur, de II 1

2 Ghap. II,

vous suplier très humblement, par sa lettre sy jointe, de luy vouloir accorder un congé de deux mois pour aller en Gasconnie vaquer à ces afferes ou davoir la bonté de luy faire donner un conimitimus, pour faire venir les parties qu'il le plaides au parlement d'Aix, ce quy feroit quil sacomoderoient plutost que de passer de leur province en sellesy. Je vous demande en grâce la permission de me dire avec tout le respect et la soumition possible, — Monseigneur, — Votre tres-humble, tres-obéissant et tres-obligé serviteur, — De Saint-Mars. — Aux Isles, ce 8e janvier 1588. »

Après avoir publié cette lettre, pages 298 et 299 de ses Trois Énigmes historiques, M. Jules Loiseleur la fait suivre d'un commentaire tellement clair et tellement remarquable que nous n'hésitons pas à le reproduire presque en son entier. Le voici donc :

«Je le demande à tout lecteur de bonne foi : cette lettre n'est-elle pas décisive? Saint-Mars parle de son prisonnier comme s'il était l'unique, le prisonnier par excellence; il dit : mon prisonnier. On a fait faire de nouvelles prisons où on le loge. Elles sont grandes, belles et claires ; il n'y en a pas de plus fortes en Europe. J'appelle surtout l'attention sur cette phrase : « Dans toute cette province, on dit que le mien (mon prisonnier) » est M. de Beaufort, et d'autres disent que c'est le fils de feu Cromwell. » Et Saint-Mars ajoute qu'il envoie un petit mémoire de la dépense faite pour ce prisonnier l'année précédente. Le mémoire est petit, ce qui montre bien que si le prisonnier est important à garder, il n'occupe pas un rang social fort élevé; mais le mystère qui l'entoure est tel, que le gouverneur n'ose pas mentionner le détail des dépenses, « pour que ceux entre les » mains de qui ce mémoire peut passer ne puissent soupçonner autre » chose que ce qu'ils croient. »

» Voilà, certes, un prisonnier à la garde duquel le gouvernement tient autant, pour le moins, qu'à celle de Mattioli. C'est bien l'homme sur qui s'exerce déjà l'imagination populaire : c'est lui qui va devenir le héros de la légende qu'elle brodera plus tard. Saint-Mars s'ingénie à dérouter l'opinion et à ne point la détourner de la voie fausse-où elle se jette.

» Si donc le mystérieux captif réside dès 1688 aux îles Sainte-Marguerite, il n'est pas le même que Mattioli, qui... était encore à Pignerol au 27 décembre 1693, et qui n'y serait arrivé qu'après le 20 mars 1694. La démonstration est tellement claire et irrésistible qu'il est inutile d'insister... Enfin, et ceci est tout autrement grave, il y avait aux îles un inconnu bien plus mystérieux que Mattioli, et sur lequel la curiosité s'exerçait déjà quand ce dernier était encore à Pignerol.

» ... J'ai montré que ce prisonnier, d'abord renfermé à Pignerol, avait suivi Saint-Mars dans tous ses changements de résidence [y compris Exiles par conséquent]. Il était arrivé aux îles Honorât et Sainte-Marguerite en même temps que son gardien, le 30 avril 1687, après un voyage de douze jours, pendant lequel le malheureux, déjà très souffrant à son

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