XVII.— René Berthelot, Du Pare
XMll. — Pierre Réveillon.
368 Chap. VIII,
» les seconds valets, et dans le tragique les troisièmes et » quatrièmes rôles. »
XX. Mademoiselle Debrie. Catherine Le Clerc Du Rozet, femme d'Edme Villequin, dit Debrie.
« On a dit — que ne dit-on pas? — on a dit que Molière ayant essuyé les refus de Mlle du Parc, fut mieux accueilli par Mllc de Brie, dont l'amitié pour son camarade malheureux se changea bientôt en une affection plus vive, et que cette femme compatissante et belle lui resta attachée jusqu'au moment où il se décida à se marier (1662). Aucun document sérieux ne me permet de contrôler cette chronique, dont les mœurs du temps et celles des comédiens autorisent assez les suppositions. Cependant c'est toujours avec défiance que j'accueille de semblables anecdotes. » A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. '281-282.
» De Brie jouait les utilités, et il est probable qu'en 1653 Molière n'adhéra à son engagement qu'à cause de sa femme, qui remplissait les premiers rôles dans le tragique et le comique. Un contemporain, Beauchamps, nous apprend qu'elle était jolie et bien faite, bonne actrice dans les deux genres, jouant et chantant à merveille.
«Vous faites, lui dit Molière dans l'Impromptu de Versailles, écrit à un « moment où il essayait de se détacher d'elle (*), vous faites une de ces » femmes qui pensent être les plus vertueuses personnes du monda » pourvu qu'elles sauvent les apparences; de ces femmes qui croient que » le péché n'est que dans le scandale; qui veulent conduire doucement les » affaires qu'elles ont sur le pied d'attachement honnête, et appellent amis » ce que les autres nomment galants. » Son mari ne la gênait guère : bien que brutal et querelleur avec ses camarades, il était dans son ménage l'homme le plus accommodant du monde. Douce et naturelle, Mlle de Brie avait le cœur bien placé et resta toujours une excellente amie pour Molière, amie indulgente et de complexion tendre comme lui-même, mais éclectique et beaucoup moins tourmentée de la soif de l'idéal qu'il ne l'était. » Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 157 et 158.
C'est en 1650 que nous trouvons la première mention de « Catherine Du Rosé » dans l'existence de Molière. Son vrai nom, nous dit (p. 499) M. Mesnard, était Catherine Le Clerc. Elle tint un enfant avec Molière, à Narbonne, le 10 janvier 1650. «Du Rosé, remarque M. Mesnard » (p. 120-121), n'étant qu'un nom de théâtre, elle était déjà » comédienne, soit qu'elle fût entrée plus tôt qu'on ne l'a
(*) Je reproduis cette appréciation de M. Loiseleur tout à fait sous bénéfice d'inventaire.
» dit dans la troupe de Molière, soit qu'elle appartînt à
» une autre, rencontrée alors à Narbonne (j). »
» Sa mère s'appelait Xicolle Ravaune... M. Jal a constaté que M»« Debrie donna le jour à deux enfants... La date du mariage de Catherine Leclerc est inconnue, ainsi que celle de sa naissance (2)... Elle prit une grande part à toutes les créations du poète comique; ainsi elle fut l'Isabelle de l'École des Maris, l'Agnès de l'École des Femmes, l'Éliante du Misanthrope. Elle remplit le rôle d'Agnès avec une rare perfection, et cela dans l'âge le plus avancé. « Quelques années avant sa retraite du théâtre, dit une » note de M. de Tralage (3), ses camarades l'engagèrent à céder son rôle » d'Agnès à M«« Du Croisy; et cette dernière s'étant présentée pour le «jouer, tout le parterre demanda si hautement M"* Debrie qu'on fut forcé » de l'aller chercher chez elle, et on l'obligea déjouer dans son habit de » ville. On peut juger des acclamations qu'elle reçut; et ainsi elle garda » le rôle d'Agnès jusqu'à ce qu'elle quittât le théâtre. »
s II semble constant que M11* Debrie était bien faite et jolie, et conserva longtemps un air de jeunesse. Si elle n'eût été qu'un squelette, comme Grimarest le prétend, on n'eût pas osé lui adresser dans sa vieillesse des vers comme ceux-ci ;
Il faut qu'elle ait été charmante Puisqu'aujourd'hui, malgré ses ans, A peine des charmes naissants Égalent sa beauté mourante (*).
» Elle était d'un caractère doux, conciliant, paisible, comme on en peut juger par les rôles mêmes que Molière lui attribua... M»e Debrie prit sa retraite et fut mise à la pensionle 14 avril 1G85... » Louis Moland, Molière- Garnier, t. Ier, p. 445-446.
« Sa carrière fut longue et brillante. On dit qu'elle fit pour l'Agnès de l'Ecole des Femmes ce que nous avons vu faire par mademoiselle Mars, à l'âge de soixante ans, pour l'Henriette des Femmes Savantes, avec plus de charme, de grâce et de talent, que toutes les jeunes filles de son temps. Selon Le Mazurier, W» de Brie mourut le 19 novembre 1706; il y a apparence qué*ce ne fut pas à Paris, car aucun des registres des soixante-huit anciennes paroisses de cette ville ne contient, vers cette date, l'acte d'inhumation de Catherine Leclerc ou de Catherine de Brie. Je dis : Catherine de Brie, car ce fut sous le nom de de Brie qu'Edme Villequin [son mari]
(»)«Nous avons dit qu'elle [Catherine Du Rosé] appartenait alors à une autre » troupe que la sienne. Cette troupe serait-elle celle de Mitallat, qui, en ce » temps-là, aurait été à Narbonne, et dont la comédienne serait sortie à Lyon avec » Filme Villequin de Brie, devenu son mari! Si tout cela reste incertain, il importe » assez peu. » Paul Mesbabd, Notice biographique sur Molière, p. 132.
(2) M. Ch.-L. Livet, page 136 de son édition de la Fameuse Comédienne, la fait naitre sans réticence en 1620. Nous croyons que c'est lui donner dix ans de trop.
(3) «Recueillie par les frères Parfaict, dans VBistoire du Théâtre François » tome II. page 472. » (.\ote de M. Louis Moland.)
<*) «Portraits des comédiennes de l'hôtel Guénégaud, à la suite de la Fameuse » Comédienne. » (.Sole de M. Louis Moland.)
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fut enterré. » A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 282.
Mlle de Brie et Magdeleine Béjart furent certainement les deux femmes qui aimèrent le plus Molière...
XXI. Edme Villequin, dit De Brie, époux de Catherine Le Clerc Du Roset.
« On a ignoré jusqu'ici l'origine du comédien Edme Villequin. Edme était frère d'... Etienne Villequin [reçu à l'Académie royale de peinture le 21 avril 1663; né dit-on en Brie, au village de Ferrière, en l'an 1619; on ajoute qu'il mourut en 1688. — P. 1270]... On ne connaît pas plus ses commencements au théâtre que l'on n'a connu sa famille. Il changea son nom, selon la coutume des comédiens, et se fit appeler : M. de Brie, du nom de la province où il était né ainsi qu'Etienne Villequin. M. de Brie courut, dit-on, la province avec sa femme, et il était à Lyon, en 1653, lorsque Molière y vint avec la troupe dont Madeleine Béjart et lui étaient les chefs... (P. 281.)
» Le neuf[vième] jour de mars 1676, environ six heures du matin, Edme » de Brie, bourgeois de Paris, est décédé en sa maison, rue Guénégaud, et » son corps a été inhumé le lendemain... » (Registre de Saint-André.) — A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 282.
« On a voulu trouver dans quelques-unes des comédies de Molière des indices de sa passion pour Mlle de Brie. Les rôles désagréables qu'il faisait jouer au sieur de Brie ont donné le soupçon qu'il avait pris plaisir aux occasions de le maltraiter sur la scène; par exemple dans le Tartuffe, où il lui a fait représenter le déloyal M. Loyal, pendant que lui-même, qui était Orgon, exprimait le désir
[De] pouvoir, à plaisir, sur ce mufle asséner
Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.
» On a remarqué aussi que, dans l'École des Femmes, de Brie était le
notaire, à qui Arnolphe, représenté par Molière, fait la grimace, disant
tout bas :
La peste soit fait l'homme et sa chienne de face.
i) Une fois préoccupé de ces intentions malignes que l'on n'admettrait pas sans les juger inconvenantes, on aurait pu supposer que, dans la même scène, deux vers plus haut, Molière s'était permis une cruelle plaisanterie, en se faisant dire par le notaire :
Vous, qui me prétendez faire passer pour sot.
» Défions-nous de ces conjectures trop ingénieuses. Si Molière a vraiment eu le tort de s'amuser à marquer son antipathie pour de Brie, cette antipathie pourrait bien s'expliquer moins par une excessive sympathie pour sa femme que par une vengeance innocente à tirer de l'humeur brutale et querelleuse de ce bretteur, qui était, avec cela, très médiocre comédien. N'oublions pas, d'ailleurs, la date des pièces dont on a signalé
les passages tout à l'heure cités T'Vmh, />„p
quelques mois après le mar 4' do tror f™*** * étë ieP'^»tée
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XXII Mademoiselle Duparc, Marquise-Thérèse de Gorla (.), feo.n»e de René Berthelot, dit Gros René, dit Duparc, notre n° XVII.
Elle était fille de Giacomo de Gorla ou Gorle, « premier » operateur du Roi en sa ville de Lyon, » et de damoiselle Marguerite jacquerl sa femme. Elle se maria avec Du Parc le 23 février 1653.
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en être scandalisé; d'abord la beauté est une noblesse; le talent aussi, qui peut-être s'annonçait déjà; et puis, quelque part que la troupe de Molière se recrutât, on aurait tort de croire qu'elle n'eut pas à côté des autres troupes une place qui les (sic) en fit distinguer. Bien qu'elle fût toujours prête à s'associer des comédiens d'autres bandes, elle avait dès lors une supériorité reconnue. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 130, 131.
» Mademoiselle Duparc exerça une séduction particulière sur les grands poètes ses contemporains... A Rouen, en 1658, elle eut de vifs admirateurs dans l'un et l'autre Corneille. Lorsque Marquise Duparc quitta Rouen, Corneille lui adressa une élégie sur son départ :
Allez, belle Marquise, allez en d'autres lieux Semer les doux périls qui naissent de vos yeux...
»Plus tard, le jeune rival du grand Corneille, Racine, s'éprit de Mlle Duparc qu'il avait vue remplir, avec un brillant succès, le rôle d'Axiane dans la tragédie d'Alexandre, pendant les quelques représentations qu'eut cette tragédie sur le théâtre du Palais-Royal. Aussi ce fut lui qui, à Pâques de l'année 1667, détermina cette actrice à quitter la troupe de Molière pour entrer à l'hôtel de Bourgogne. Elle y joua supérieurement Andromaque. » Louis Moland, Molière- Garnier, tome Ier, p. 442.
«Quant à Marquise de Gorla,... sa beauté apprêtée et un peu froide était relevée par de grands airs discrets et par une coquetterie savante. « Il n'y a point de personne qui soit moins façonnière que moi, » lui fait dire Molière dans l'Impromptu de Versailles, et il la loue de bien représenter un personnage si contraire à son humeur. L'auteur des Lettres sur la vie de Molière et des comédiens de son temps nous apprend qu'elle brillait aux ballets du Roi dans les danses hautes. « Elle faisoit certaines » cabrioles remarquables, car on voyait ses jambes et partie de ses cuisses » par le moyen de sa jupe fendue des deux côtés, avec des bas de soye » attachés au haut d'une petite culotte. » C'est la première forme du maillot. Cinq des plus beaux génies du xvne siècle s'éprirent d'elle successivement : Molière à Lyon en 1653; les deux Corneille à Rouen en 1658; La Fontaine et Racine à Paris vers 1664. C'est à Mlle Du Parc que le grand Corneille, rebuté à cause de ses cheveux gris, adressa les belles strophes où, opposant les charmes éternels du génie aux charmes fugitifs de la beauté, il lui disait :
Vous en avez qu'on adore; Mais ceux que vous méprisez Pourraient bien durer encore, Quand ceux-là seront usés ;
lis pourront sauver la gloire Des yeux qui me semblent doux, Et dans mille ans faire croire Ce qu'il me plaira de vous.
Chez cette race nouvelle Où j'aurai quelque crédit, Vous ne passerez pour belle Qu'autant que je l'aurai dit.
» Molière ne fut pas, auprès de Mlle Elu Parc, plus heureux que Corneille. Trouvant chez elle une résistance qui l'offensa, il se retourna vers Mlle de Brie qui le plaignit et trouva aisément le secret de le consoler. L'autre, piquée au jeu, se repentit de ses rigueurs, et la vanité opéra ce que la passion n'avait pu faire; mais Molière, à son tour, repoussa dédaigneusement ses avances.» Jules Loiselecr, Les Points obscurs..., p. 158-160.
Nous nous hâtons d'ajouter que cette petite légende, racontée par M. Loiseleur et par tant d'autres, est empruntée... à la Fameuse Comédienne, ce qui édifiera de suite nos lecteurs sur sa valeur propre.
« Du Parc et sa femme faisaient partie de la troupe qui, en octobre 1658, vint à Paris, arrivant de la campagne qu'elle avait courue pendant plusieurs années. En 1659, ils passèrent au théâtre du Marais et revinrent chez Molière à Pâques, en 1660. En 1667, MUe Du Parc, veuve alors, passa à l'hôtel de Bourgogne, où elle établit le rôle de l'Andromaque de Bacine (Journal de La Grange). On sait que cette infidélité de MUe Du Parc
brouilla Molière et Bacine. — Mlle Du Parc survécut un peu plus de
quatre ans à son mari : « Du 13 décfembre] 1668, Marquise Thérèze de » Gorle, veufue de feu Bené Berthelot, viuant sieur Du Parc, l'vne des » comédiennes de la trouppe royalle, aagée d'enuiron 25 ans (!), décédée » le vnziesme du présent mois, rue de Bichelieu; son corps porté et » inhumé aux religieux carmes des Billettes de cette ville de Paris, » présents au conuoy Bault (sic) Bégnier, marchand apothicaire dem[eu- » ran]t paroisse Saint- Germ[ain], et Spencer, juré crieur, témoins.» [Saint-Boch.] — « M. Soleirol, dans son livre intitulé Molière et sa troupe (1858), ouvrage en général mal renseigné, nomme MIIe Du Parc Anne Menou, et la fait passer, en 1659, avec son mari à l'hôtel de Bourgogne. On a vu que ce fut au théâtre du Marais qu'ils allèrent alors. v> A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 936.