XXIII. Cyprien Ragueneau, dit de L'Estang
«...Comédien... de la troupe de Molière, quand le jeune J[ea]n- Bapt[iste] Poquelin alla courir la province avant de se donner à Monsieur,
(') « Marquise-Thérèse pourrait bien... être née à Lyon. Son acte de décès lui donne vingt-cinq ans en 1608. Elle serait née, par conséquent, en 1043; elle se serait mariée à dix ans. ce qui n'est pas possible. L'acte de décès doit la rajeunir de cinq ou six ans. » Louis Moland, Molière-Garnier, tome 1. page 439, note "2, continuée à la page 440.
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frère du Roi. Cyprien Ragueneau n'avait point été destiné au théâtre par son père, qui était pâtissier, rue Saint-Honoré, près du râlais Cardinal... Il songea à s'établir, et, le 27 mars 1638, il fiança Marie Brunet, orpheline... Le mariage fut célébré, le 5 avril suivant... (Saint Germ.-l'Auxer.). Le mercredy, 18e de may 1639, Cyprien Raguenot fit baptiser Marie; l'acte du baptême dit Cyprien : « Honorable homme paticier (sic) de )> Monsieur le Cardinal de Richelieu... » Cyp. Rag. eut un second enfant, Cyprien (Saint-Germain), $ juin 1642... Qui poussa Ragueneau à quitter son ancien métier pour suivre la troupe de Molière et de Madeleine Béjart? Cyprien ne fut pas le seul cuisinier<qui se fit comédien, mais il fut celui d'entre eux qui eut le moins de... renommée. Ragueneau emmena sa femme et sa fille avec lui; on ne sait pas si Marie Brunet joua la comédie en province; elle ne la joua pas à Paris, au moins avec Molière... Cyprien Ragueneau, qui s'était fait «M. de L'Etang » en quittant les fourneaux pour le feu des chandelles de la rampe, était mort à Lyon le 8 août 1654, selon [son gendre] La Grange, qui dit : « Il est enterré » à Saint-Michel. » C'est « à Saint-Xisier » qu'il voulait dire. Mad[ame] Ragueneau [sa femme, belle-mère de la Grange], mourut à Paris, le 15 mars 1670, et fut enterrée aux Quinze-Vingts (Journal de La Grange). » A Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 1033-1034.
A ces bons et solides renseignements, j'aurais à en ajouter d'autres, mais moins bons et moins solides peutêtre, trouvés dans les Avantures d'Italie de D'Assoucy, chapitre XII, par M. Louis Moland. Une citation seulement : « ïl sortit.., de Paris... pour aller chercher fortune » en Languedoc, où il fut reçu dans une troupe de comé- » diens qui avoit besoin d'un homme pour faire un per- » sonnage de Suisse, et quoique son rôle fut tout au plus » de quatre vers, il s'en acquitta si bien qu'en moins d'un .» an il acquit la réputation du plus méchant comédien » du monde; de sorte que les comédiens, ne sachant à » quoi l'employer, le voulurent faire moucheur de chan- » délies; mais il ne voulut point accepter cette condition, » comme répugnante à l'honneur et à la qualité de » poëte,... » — car Cyprien Ragueneau se disait poëte. D'Assoucy attribuait même ses vers à Beys [notre n° I].
En acceptant comme vraiment sérieuse et authentique la fameuse distribution manuscrite d'Andromède de Pierre
Corneille, dont nous avons déjà parlé longuement chapitre deuxième, § 8 [t. I«, p. 202 et suiv.], et où aucune note fausse ne détonne, nous nous trouvons posséder, de fait, la liste infiniment précieuse des artistes qui, à l'époque de cette représentation, composaient la troupe de Molière, et il y en a quinze (l) :
Dnparc (XVII). - M«* Béjart (IV). - Debrie (XXI). - L'Éguisé (XIX) - Béjart (VII). - M»« Debrie (XX). - yu. Hervé (V). - Vauselle ' M»" Menou. - M»« Magdelon. - Dufresne (XVI). — M»* Vauselle - Chàteauneuf. - Molière (II). — L'Estang (XXIII).
Sur ces quinze noms, dix ont des numéros. Les cinq qui n'en ont pas encore sont : Vauselle, M"c Menou, M"< Magdelon, Mlle Vauselle, Chàteauneuf. Nous allons leur en donner immédiatement.
XXIV. Jean -Baptiste l'Hermite de Vauselle ou Vaucelles, frère de Tristan l'Hermite.
«Le sieur de Vauselle, dit M. Paul Mesnard (p. 139), » n'est pas le plus étonnant ici, quoique sa gentilhommerie » ait dû lui rendre pénible la nécessité de monter sur un » théâtre... Mais il amenait avec lui sa femme qui noloi- » rement était ou avait été la maîtresse de l'ancien amant » de la Béjart, » c'est-à-dire du comte de Modène. «Celle-ci [Magdeleine Béjard], puissante dans la troupe, » n'y aurait pas laissé entrer m° Vauselle, si elle eut » ressenti comme une offense l'admission d'une rivale. » Évidemment, continue M. Paul Mesnard, nous ne nous » sommes pas trompé quand nous l'avons jugée de bonne » composition. » M. Paul Mesnard, page 140, dit le mot vrai de la situation, quand il ajoute au sujet de Magdeleine Béjart, qui n'en a pas moins été une âme généreuse,
(i) L'exemplaire qui portait le n° 1147 dans le catalogue Soleinne, rédigé en 18 W par M. Paul Lacroix, a clé imprimé à Rouen en 1651. Ragueneau de l'Estang y a un rôle, et il est mort à Lyon le 18 août 10.;.i. La date de la représentation d'Andromède en question est donc resserrée entre trois années!...
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et une femme remarquable dans son genre : « Dans ce » que nous savons de sa vie on a trop souvent cru » rencontrer des énigmes, où il eût été plus simple de » voir qu'elle s'était fait sur l'amour une philosophie à la » Ninon de Lenclos. Prenons pour ce qu'elles étaient les » femmes de théâtre au milieu desquelles Molière a vécu, » et parmi ces comédiennes, celles dont il a été plus que » l'ami ; il faut se défendre d'idéaliser naïvement le roman » de sa jeunesse. » P. Mesnard, Notice..., p. 139 et 440.
XXV. Mademoiselle Menou. Pour M. Auguste Baluffe (Molière inconnu, t. Ier, p. 463), c'est une parente du nommé Mathieu de Menou. M. Georges Monval soupçonne (le Moliériste, t. VIII, p. 177) qu'elle pourrait bien être Mlle Manon Dufresne, une des signataires, le 26 août 4659, du contrat de mariage Citois-Gobert. Et l'on a proposé encore, à son sujet, d'autres conjectures.
De l'avis des meilleurs juges et des « moliéristes » les plus autorisés, il ne faudrait voir dans cette très jeune personne que la dernière (n° X, voir chapitre deuxième, § 40, t. II, p. 137-438) des enfants issus du très fécond mariage de l'huissier Joseph Béjart et de Marie Hervé; nous voulons parler d'Armande-Grésinde-Claire-Élisabelh Béjart, née au commencement de 4642, baptisée en mars ou avril 4643, et dont on a peut-être fait disparaître l'acte de baptême lorsque l'on a voulu donner, à la pauvre Armande « qui n'en pouvait mais », une origine infâme (').
Elle fut la femme de Molière; et tous deux, par ce mariage, devinrent les plus malheureuses créatures du monde.
Le nom de Menou aurait donc été un sobriquet enfantin, dont nous ignorons l'origine, et qu'on aurait
(!) Voir, sur l'enfance de Jtf"e Menou et sur la lettre de Chapelle qui parle d'elle expressément comme ayant été remarquée par Molière lorsqu'elle était toute jeune, notre tome I»'. pages 209 à 214.
appliqué à la plus jeune sœur et filleule de Magdeleine Béjart dans sa première jeunesse.
M"e Duparc, remarque (Molière..., p. 415) M. Louis Moland, « n'est pas sur la liste [d'Andromède] : aurait-elle » été éloignée de la scène par une maladie ou quelque » autre cause, ou faut-il faire remonter la représentation savant l'année 4653, où elle entra dans la troupe?» Peut-être aussi n'y avait-il pas simplement, dans Andromède, de rôle à sa convenance. Quant à penser, avec M. Soleirol (1858), qu'Anne Menou était le nom véritable de M'k Du Parc, qui s'appelait en réalité Marquise-Thérèse de Gorla... Non! je crois qu'à cet égard il suffît de signaler cette opinion sans avoir besoin d'insister...!
XXVI. Mademoiselle Magdelon. Fille de Jean- Baptiste l'Hermite de Vauselle [frère de Tristan PHermite] et de Marie Gourlin de la Dehors [belle-sœur de Joseph Béjart.] -
« C'est sous ce nom, dit M. Paul Mesnard (Notice biographique..., p. 320), que Madeleine de l'Hermite de Souliers... est inscrite sur la liste des acteurs dans la distribution des rôles d'Andromède. — A une date incertaine elle joue la comédie à Avignon dans la troupe de Molière, où elle était engagée avec sa mère. — En novembre 1655, elle fut mariée à un écuyer du prince de Coati. — En 1660, elle fit annuler ce mariage et devint comtesse de Modène, épousant l'ancien amant de sa mère. »
Tout commentaire, ici, paraîtrait de trop... et le serait en effet.
XXVII. Mademoiselle Vauselle, mère de la précédente ; c'est-à-dire Marie Courtin de la Dehors, bellesœur de Joseph Béjart, épouse de Jean-Baptiste l'Hermite de Vauselle, ancienne maîtresse d'Esprit de Modène, se trouvant réduite à jouer la comédie, avec son mari, avec sa fille, dans la troupe de Magdeleine Béjart et de Molière!... Nous n'avons pas à faire ressortir ici les énormités exceptionnelles d'une telle situation, qui sem-
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blaient faites pourtant, en ce temps-là, pour n'étonner personne!... (J).
XXVIII. Châteauneuf. « Châteauneuf est un gagiste » que nous retrouvons plus tard sur le Registre de La » Grange. » Et voilà tout ce que dit de lui, t. Ier, p. 115, du Molière -Gamier, M. Louis Moland; et c'est quelque chose, cependant, puisque les autres biographes de Molière, eux... n'en disent rien! Je trouve bien, page 373 du Dictionnaire de Jal, un Châteauneuf (Balthasar-Phelypeaux, marquis de)... mais il est parfaitement clair que ce Châteauneuf ne saurait être le gagiste dont il s'agit ici.
XXIX. Anne... (*), actrice de la troupe de Molière, qui eut un enfant, père inconnu, baptisé à Narbonne le 10 janvier 1650. Parrain: Molière; marraine: Catherine du Rosé. Témoins : Charles Dufresne, etc.
XXX. Marie-Hortense Desjardins, plus tard Madame Villedieu, était à Narbonne à cette époque, et on croit, sans en être sûr, qu'elle y a joué la comédie. Née en 1632. Sa vie fut un roman. M. Louis Moland (Molière..., p. 76, note 2) donne de très grands détails sur son compte. En 1659, elle écrivit le Récit de la farce des Précieuses, dont nous aurons à parler au § 6 de notre chapitre neuvième. Le 12 juin 1665, Mlle Des Jardins a fait représenter au jardin de Versailles une pièce de théâtre de sa composition : Le Favory (3). Molière en écrivit le
(J) « Ce n'est pas seulement la distribution des rôles de la tragédie de Corneille [Andromède] qui nous montre les Vauselle enrôlés dans la troupe de Molière. Un factura écrit en 1674 par Charles de Rémond, frère du comte de Modène, contre Madeleine de l'Hermite, nous apprend qu'elle [Magdelon] et sa mère [Mademoiselle Vauzelle], engagées dans la bande du, sieur Molière, avaient été vues jouant la comédie à Avignon. » Paul Mksnaud, Notice biographique sur Molière, p. 140-141.
(2) « Probablement Anne Brillard, » dit, un peu à la légère, M. H. Moulin, page 9 de sa brochure Molière et les registres de l'état civil. Anne Reynis me semblerait bien autrement probable. En 1630, Anne Brillard n'était pas près d'entrer dans la troupe de Molière, et Anne Reynis s'y trouve sûrement en 1655, et de plus elle se marie. N'importe! n'affirmons rien d'aucun coté, ce sera bien plus sage.
(3) « ... La pièce de M"» des Jardins, la Coquette ou le Favori, avait probablement » été jouée pour la première fois au Palais-Royal, le 24 avril [1665]. » Paul Mesnard, Notice..., page 327.
Prologue qui, malheureusement, est perdu. — Voyez aussi M. Paul Mesnard, Notice biographique, pages 326-327 et 48i-i85; et M. Arthur Desfeuilles, Notice bibliographique, pages 119, 225, 180 et 181.