X. Plan Fillastre
« Plan de la ville de Bordeaux, 1853, chez Fillastre (4) frères, éditeurs, » marchands de musique, de cartes géographiques et marines, fossés du I Chapeau-Rouge, n° 4, près la Bourse, à Bordeaux, d
(l) C'est le plan Lattre H« 1.
(*) C'est le plan Lattre N° 2.
(3) Voir la note 4, qui suit immédiatement celle-ci.
(') On voit, et il est intéressant de le remarquer en passant, que les éditeurs de ce plan et des deux précédents ont repris cette fois l'ancienne orthooraphe de leur
4 Ghap. VIII,
Armé de ces neuf plans, — car nous n'avons garde de nous servir du second par ordre de dates, — nous sommes désormais assez complètement outillé pour nous rendre exactement compte de toutes les modifications qu'a pu avoir à subir le quartier Saint-Christoly depuis 1450 jusqu'à nos jours.
La rue Montméjan actuelle possède aujourd'hui une longueur qu'elle n'avait pas autrefois, à beaucoup près, ainsi que nous le verrons tout à l'heure. Elle s'étend horizontalement de V ouest à l'est.
A son point de départ, elle est bornée, à Vouest, au nord-ouest et au sud-ouest par l'ancienne rue Saint-Paul, aujourd'hui rue des Facultés, nom inconsidérément donné à V avance, définitivement impropre depuis l'érection des nouvelles Facultés, et qui n'a pas réussi, jusqu'ici, à faire oublier le premier, sous lequel elle est et reste généralement connue à Bordeaux.
A son point d'arrivée, relativement récent ainsi que nous le verrons bientôt, elle est bornée : à l'est, par la rue Margaux, qu'habita l'illustre Montesquieu; au nordest, par la rue Gastillon; au sud-est, par la rue de Cheverus, autrefois rue Judaïque, où se trouve l'ancien hôtel de l'Archevêché, occupé aujourd'hui par les bureaux de direction, de rédaction, d'impression et de vente du journal quotidien la Gironde. — Le long du parcours de la rue Montméjan actuelle, on rencontre, de l'ouest à l'est :
1° La rue Vital-Caries^ qui la traverse du nord au sud,
nom de famille; mais c'a été aux dépens- de sa prononciation.— Quand la prononciation change dans le cours des temps, on doit opter, pour ces noms, entre les lettres et le son. A Luzarchcs, mes vieux parents Eude (c'est le nom latin Odo) ont transformé plus tard leur nom en Hudde. L'orthographe a changé, la prononciation est restée la même. S'ils avaient conservé l'ancienne orthographe, on aurait fini par leur donner un nom qui n'était pas le leur. Dans ces sortes de cas, en effet, l'écriture, quand on la conserve intacte, finit toujours par avoir raison de la tradition et par modifier le langage parlé. Le château de la meute — ce dernier mot conservant, sur l'inscription, l'orthographe du temps jadis : muete — n'est-il pas devenu, insensiblement et fatalement, le château de la Muette?...
partant du cours de l'Intendance et aboutissant à la cathédrale Saint-André. De cette large voie, essentiellement nouvelle, nous ne pourrons avoir, nous n'aurons pas, évidemment, à nous occuper par la suite.
2° Au nord la rue du Temple, au sud la rue Baubadat, deux rues qui se font mutuellement suite.
3° Un peu plus loin, au sud, nous trouvons une rue, non pas droite, celle-là, mais transversale, et allant rejoindre la rue Baubadat; c'est celle désignée aujourd'hui, et inscrite comme telle sur tous les plans contemporains, sous le nom de rue Saint- Ghristoly. Ce n'est cependant pas celle qui était connue sous ce dernier nom même un certain nombre d'années auparavant.
4° Au nord, vient ensuite la rue des Treilles (aujourd'hui rue de Grassi), bien droite, celle-là, perpendiculaire à la rue Montméjan actuelle, et parallèle, qui plus est, à la rue du Temple.
5° Plus loin, cette fois au sud, se trouve la rue Gouvion, percée une des dernières, et dont nous n'aurons plus guère conséquemment à parler. C'est sur son emplacement futur, ainsi que nous le verrons, qu'était bâtie l'église des Carmes; et nous nous rendrons compte surtout de quel bâtiment antérieur, pour nous bien important, cette dite église tenait elle-même la place.
Les deux rues jusqu'où va de nos jours la rue Montméjan sont précisément, au nord la rue Castillon, au sud la rue de Cheverus (l'ancienne rue Judaïque), rues dont nous avons déjà parlé plus haut, et au centre desquelles, à l'est, se trouve commencer la rue Margaux.
On voit quelle est l'importance actuelle de la voie bordelaise qui figure, sur tous les plans contemporains, sous la dénomination de rue Montméjan.
En possession de ces données positives, et dont on fera
424 Ghâp. VIII,
bien de suivre l'explication sur un bon plan contemporain (1898), concernant un des quartiers du Bordeaux actuel qui a le moins changé comme physionomie (mais non pas par exemple sous le rapport des noms de rues), examinons maintenant notre collection de plans, en commençant, bien entendu, par les plus rapprochés de notre temps, et en redescendant ensuite dans le passé pour arriver régressivement jusqu'à l'époque de Molière et de ses représentations dans notre ville.
Le plan [X] des frères Fillastre (1853) nous offre bien déjà l'état actuel. La rue des Facultés porte encore son ancien nom de rue Saint-Paul qu'on n'aurait pas dû lui faire quitter. La rue Vital-Caries n'est pas encore bâtie, du moins dans sa partie la plus importante, et, cependant, elle existe bien en fait sur le plan; seulement, elle n'y porte aucun nom. A ses deux extrémités (sud-nord), se trouvent : au sud, la rue de VHôpital, donnant sur la place de l'Archevêché; au nord, la rue du Waux-Hall, qui débouche perpendiculairement : d'un côté, sur la rue Porte-Dijeaux ; de l'autre, sur les «Fossés » de l'Intendance : et qui n'est rien moins, si Ton y fait bien attention, que le premier tronçon actuel de la dite rue Vital- Caries.
— Mais la rue Montméjan, la rue Montméjan?
— Elle a déjà toute sa longueur actuelle, partant de la rue Saint-Paul, à l'ouest, et aboutissant aux trois rues Castillon, Margaux et de Cheverus, à l'est. Son nom seul, sur le plan des frères. Fillastre, est déjà un peu changé, quoique très reconnaissable. Cette rue y figure sous le nom àerue Monmigean. Tous les autres noms du quartier sont déjà ce qu'ils sont aujourd'hui : rue Saint-Christoly, rue Baubadat, etc., sauf la rue de Grassi, qui s'appelle encore rue des Treilles.
Mais sur le plan (IX) de 1835, qui n'est qu'une réduction du grand plan levé par MM. Pierrugues et D. Béro, et sur ce dernier plan surtout (VIII), qui date de 1818 ('), et dont l'exécution est admirable et ne laisse place à aucun doute, nous trouvons de grands changements dans les noms de rues! — Et d'abord, ceci est vraiment le plus important, la rue Montmijcan, partant toujours de la rue Saint-Paul, n'existe sous son nom, sur ces deux derniers plans, que jusqu'au point de rencontre perpendiculaire de la rue du Temple et de la rue Baubadat (2).
Au lieu et place de la continuation de la rue Montméjan actuelle, nous trouvons deux autres noms de rues : 1° la rue Saint- Christoly (sic), qui continue ensuite jusqu'à la rue des Treilles, — et 2° la rue des Petits- Carmes, qui occupe la dernière partie de notre rue Montméjan : celle qui, commençant à la rue des Treilles, se termine aux rues Gastillon, Margaux (3) et... Judaïque (c'est l'ancien nom de la rue de Gheverus).
Ici se présente naturellement une objection à laquelle je dois m'empresser de répondre.
(4) L'exemplaire que j'ai en ma possession m'a été offert en cadeau par M. Fillastre fils, quand ce dernier quitta son magasin du cours du Chapeau- Rouge où j'avais eu occasion de remarquer ce plan et de l'admirer. Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour adresser de nouveau à M. Fillastre fils un amical remerciement.
(a) 11 n'y a pas longtemps que le changement, que l'unification avait eu lieu, quand Bernadau constata le fait à la page 236 de son Viographe bordelais ou Revue historique des monuments de Bordeaux tant anciens que modernes... (in-8°, Bordeaux, Gazay et C«, 184-!). Voici ce qu'il dit à cet égard :
■ [Article XVI, De la rue Saint-Paul et de quelques rues adjacentes], § III. — A la »rue Saint-Paul aboutit la rue ilontméjan, dont on vient de donner le nom aux » ries de Saint-Christolï et des Petits Carmes, qui en forment le prolongement. » La rue Saint-Christoty était ainsi appelée de l'ancienne église paroissiale qui y » était située et qui avait pour patron Saint-Christophe, dont la dénomination gas- » conne s'était conservée. La rue des Petits-Carmes tirait son nom d'un couvent de » carmes déchaussés qui t avait été établi en 1672. Sur le terrain de ce couvent a » été ouverte la rue Gouvion »
En 1844, donc, c'est ce texte de Bernadau qui nous l'indique, on venait de donner le nom unique de rue Montméjaïi aux deux autres rues qui formaient le prolongement de cette dernière.
(3) A l'angle formé par les rues Castillon (n° 28) et Margaux (n° 31), se trouve encore aujourd'hui l'ancienne pharmacie des Carmes, chez X. Servantie.
Si le second tiers de la rue Montméjan actuelle, sur le grand plan Pierrugues et D. Béro, porte en toutes lettres le nom de rue Saint-Christoly, comment donc s'appelait, dans ce temps-là, la rue Saint-Christoly actuelle, celle qui part de ce second tiers de la rue Montméjan actuelle pour aboutir obliquement et transversalement dans la rue Baubadat? Car enfin, il ne peut pas y avoir eu, en même temps et à la même époque, deux rues Saint-Christoly?
Si et non tout à la fois : la rue Saint-Christoly actuelle, au temps où Ton donnait encore son nom au second tiers de notre rue Montméjan, s'appelait purement et simplement Petite rue Saint-Christoly, comme communiquant d'un côté, de fait, dans la grande.
Et voilà comment ce n'est pas dans la «rue Saint- Christoly» actuelle que se trouve, comme j'ai eu d'abord tort de le croire, l'église Saint-Christoly!... C'est dans la rue Saint-Christoly de jadis, qui forme aujourd'hui un des tronçons (le second) de notre rue Montméjan actuelle, qu'on la découvre et qu'on la reconnaît.
Les plans VII et VI, datant, l'un de '1800 (An 8), l'autre de 1793, ne nous offrent rien de nouveau par rapport au quartier Saint-Christoly. La Révolution, qui changea, à Bordeaux, tant de noms de rues, en accumulant les dénominations à la mode du temps, bientôt destinées ellesmêmes à disparaître, ne toucha à aucun de ceux dont nous nous occupons ici spécialement. La rue Monmigean (c'est l'orthographe d'alors), la rue Saint-Christoly et enfin la rue des Petits-Carmes occupent bien à elles trois l'emplacement de notre rue Montméjan actuelle, sans aucun doute possible à cet égard. Une seule remarque est à faire : c'est que sur ces deux plans — de 1800 et de 1793 — la petite rue Saint-Christoly (notre rue Saint-Christoly actuelle) ne porte aucun nom et figure en blanc. Elle en
avait pourtant possédé un, de nom, et que nous rencontrerons à une époque bien antérieure.
Nous arrivons maintenant, en poursuivant notre marche à reculons, aux deux plans gravés à Paris par Lattre, l'un (V) en 1755, l'autre (IV) en 1783, et que l'on confond assez souvent entre eux en leur donnant le nom unique de Plan Lattre.
C'est toujours le même état de choses. On y a marqué cependant l'église paroissiale Saint-Christoly, ou plutôt Saint-Christophe, faisant le coin de la rue Saint-Christoly (d'alors) et de la rue des Treilles ; — et, au sud de la rue des Petits-Carmes, le couvent des Carmes déchaussés qui lui a donné son nom, et qui date, nous dit Bernadau, de 1672.
La petite rue Saint-Christoly future continue, sur ces deux plans encore, à ne pas porter de nom.
L'abbé Baurein, dans les Recherches et Mémoires concernant la ville de Bordeaux (dont le manuscrit autographe, conservé aux archives municipales, nous a été obligeamment communiqué par M. Ducaunnès-Duval), donne sur ce quartier des renseignements précis, que l'on chercherait vainement ailleurs :
« Rue Baubeoat i sic), rue Magudas ou de Vermeil aboutissant de la rue des trois connils a celle du Temple et a l'église de Sl-Christoly. Le ruisseau de la Devise traverse cette rue et les possessions de l'hôpital en bornent une partie. Elle est désignée clans quelques anciens titres et en particulier dans un testament de 1338 en la manière suivante; carreria publica per quam îtiir de domo vocale de Tarlas versus Puteum vocatum de Vernilh. La maison du vicomte de Tartas étoit située à l'extrémité de cette rue vers celle des trois conilhs dans l'endroit où est actuellement l'église de l'hôpital. L'autre extrémité de cette rue vers celle du Temple est appellée dans les anciens titres canton de Magudas.— Manuscrit Bacrein, folio 197 verso et folio 198 recto.
» Carrefour ou Canton de Magudas. — Quadrivium de Magudas. C'est ainsi qu'est appellée dans les anciens titres l'extrémité de la rue Baubedat (sic) vers celle du Temple. Il est fait mention dans une ancienne lieve d'une maison située dans la paroisse de S'-Paul dans la rue qui, du
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ruisseau de la Devise qui est près de la maison de Tartas, conduit vers le canton de Magudas. Cette maison de Tartas étoit située dans l'endroit ou est l'eghse de l'hôpital... Le canton de Magudas étoit donc au delà de la Devise qui traverse la rue Beaubedat, et ce, par rapport à la grande rue de Saint-André aujourd'hui des trois conils. Par conséquent il étoit a l'extrémité delà rue Beaubedat vers celle du Temple. En suivant même celle-ci, on aboutissoit du canton de Magudas à la maison du Temple. Comme il paroit par l'extrait suivant : rua de templo qiœ a quadnvio de Magudas ducit versus domum templi. - Manuscrit Bujrein folio 103 verso et folio 104 recto. »
Le plan III de notre liste : Bourdeaux et ses enuirons, manuscrit, et dressé — nous a-t-on dit aux archives municipales — par «M. Jouvin de Rochefort » (*), document qui constitue «un des plus anciens plans de Bordeaux » connus», est cependant postérieur à 1672, puisqu'on y trouve marqués les Carmes deschaussés. On y remarque aussi l'église Saint-Christoly (« St-Cristophe, Paroisse»), qui est bien située, comme nous l'avons déjà dit, au coin de la rue des Treilles; et, à l'ouest, l'église Saint-Paul « de la Mission ».
Et si nous sommes maintenant curieux d'apprendre comment s'appelait, à l'époque (1656) où Molière vint à Bordeaux, la rue future des Petits carmes, dont le nom est évidemment postérieur a l'année 1672, il nous faudra recourir (en dédaignant absolument, et pour cause, le prétendu et apocryphe plan de Bordeaux en 1550, le Plan Molas, qui forme notre n° II), à l'admirable Plan de Bordeaux vers 4450 (notre n° I) dressé en 1874 par M. Léo Drouyn, et qui va nous fournir de suite le mot de l'énigme :
La rua de Mimisan, partant à l'ouest de la rua Sent Pau, après avoir changé de nom et pris celui de rua Sent Christoly à partir du point de rencontre de la rua
Jll ïif ■JS?!îï!î danS S0" article de la Correspondance historique [cf. ci-dessus tiv8e de 1630 J ' ^ "°US' dté Ce pIan' en Iui assiSnant la date approX
dein Temple et de la rua de Magudas (ancien nom de la rue Baubedat, puis Baubadat), conservait ce nom de rua Sent Christoly sur tout le reste de l'étendue, à l'est, et jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la rua de Margots, aujourd'hui rue Margaux.
Notre rue de Saint-Christoly actuelle (1897) s'appelait alors rua deu Putz de Bertulh, limitant, avec une portion de la rua de Magudas, la portion de terrain désignée au moyen âge sous le nom d7/a de Bertulh (l).
m Mais c'est dans le grand ouvrage publié en 1874 par la municipalité de Bordeaux?* ) Su M L 1 eo D?ouyn, cet éininent érudit, ce véritable bénédictin de notre époque et dont le nom est destiné à tant grandir, nous donne, le plus naturellement le plus simplement du monde, les détails les plus précieux, les plus c.rcons- Snciés îeï pus merveilleux comme exactitude sur le quar lier qui nous S et sir tous les autres de la vieille ville de Bourdeaulx a la fin du moyen âge fe 'dédaignons pas, surtout, de lui faire ici piques emprunts qu. achèveront de nous rendre familier le quartier de Bordeaux qu habita Molicre .
,Pffl«S?«Dans le rempart qui bordait la Garonne, il y avait une porte au m heu de la Tour de-Gass,es; elle correspondait a la porte Saint-André pev^ dans le mur de l'ouest au bout de la rue des Tro.s-Con.ls. A l'embouchure de la Dévie "ouvrait la porte Savigcre; elle servait tf entrée au port intérieur La porte qui lui faisait face, a l'ouest, était a l'extrémité occidentale de la rue Mo»t-
""(plaè 6 ) «Baurein avance, dans un mémoire présenté, en 1760... que la porte fi«m était au bon de la rue Maumisant (Montméjan); mais cette dernière porte eS apPèlée%ux xiv et xv* siècles, porte de Saint-Symphonen, et au xvr, par
^rS^sST'-'SvPHOKUH: Porta de Sent-Syphorian te Sent - Sufriau Sentleuriat; porta sancti Symphoriani, Simplionani, Syphonam; porte de sSrtSSris* Saint-Simphorien, porte du Pape. - Cette porte, qui fa.sa.t
lord \ Il p m: «C'est cette chapelle (Saiut-Symphorten) qui avoit oc a-
.r^rte/.,^ s" »,»«'(«». BU» «oit murée, et ne parolsso.t qu'en dehors ta Te"?, Ironie ,'uélquefois nommée porte dé S«f-S«*».et S.{Trj«», , «ui né
f„t t B lit et 45) .En lamuraille de la crue de la ville, qui n'est la qu .
, „ • • i «t- <.x»r.r • « Archives municipales de Bordeaux. Bordeaux vers 1450. Description (a) En toici le titre exact . « Archive mu * Gounouilhou, 1874. Un volume grand
» topographique par Léo Brouyn. » B >rdeaux, imprime in-quarto; VIII-624 pages.
Nous connaissons, maintenant, parfaitement la rue Montmêjan, les différents noms qu'elle a portés depuis le xve siècle jusqu'à nos jours, les diverses rues qui la délimitent, qui la traversent ou auxquelles elle aboutit. C'est là un résultat, sans doute, et pleinement, et rigoureusement atteint.
Il ne nous reste plus qu'à nous occuper enfin du théâtre
» quant a cette porte murée que ie di, pour ce que ie l'ai quelquefois oui nommer » porte du Pape » (page 86).
(Page 116.) « Bertulh : Ile de Berlulh; île de Verteuil. — « C'est, dit l'abbé Bau- » rein [Ms. p. 147, v°j, le nom qu'on donne communément à un certain nombre de » maisons situées à l'extrémité de la rue Baubedat, vers Saint-Chrixtoly. » Ce pâté de maisons s'appelait, en 1400, puits de Verteuil, nous devons supposer que la dénomination : Ile de Verteuil, était antérieure au xv» siècle.
(Page 147.) « Sent-Christoi.y : Sent-Christohj ; Sanctus-Christophorus; SentChrislauli; Saint-Christolla. — La paroisse Saint-Christoly avait pour limites : à l'ouest, les rues de Magudas et du Temple; au nord, la rue Porte-Dijeatix et la rue Salabert ; à l'est, la rue Castillon et la rue du Ponl-de-Brion jusqu'à la Devise ; au sud-est, la Devise, et au sud, la grande rue Suint-André. Quelques rares textes lui donnent pour limites la Devise au sud et au sud-est. Les restes de l'église Saint-Christoly se voient encore sur le côté septentrional de la rue Montmêjan, en face de la rue Saint-Chiustoia, au coin de la rue de Grassi. »
(Page 165.) «Debise: ... La Devise... entrait dans la ville par une étroite ouverture faite dans le mur du xiv« siècle, au pied de la première tour qui s'élève au midi de la porte Saint-Symphorien ; elle traversait aussi le mur romain en face de la rue de Mimisan (Montmêjan), et, se dirigeant vers le sud-est, passait au nord et à quelque distance de l'église Sainl-Paul, suivait le flanc nord de l'hôpital neuf de Saint-André, coupait en deux la rue de Magudas (Baidadat); prenant ensuite la direction du nord-est, elle coupait la rue Judaïque (de Cheyeris)... «
(Page 251.) « Mimisan : Bua de Mimisan; rua de Mimisano, de Memisan, de Memisano, de Memissan, de Meniizan, de Memysan, de Mymysano; rue Maymisan, Mymisan ; rue Montmêjan. — Cette rue, ainsi que nous l'apprennent deux titres de 1355 et de 1367 [C de l'arch.], passait auprès de la Devise: «in rua Memisano, a parte
oDivicie.» Suivant un autre titre de 1300, elle faisait partie de la paroisse
Sainl-Paul. Dans un compte de 1457, le contrôleur de l'archevêché dénombre les maisons du côté oriental de la rue Saint-Paul; après avoir passé l'église, il arrive au coin de la rue de Mimisan, et il continue ainsi sa nomenclature : « Petrus Vi- » talis d'Arros débet pro domo magna juxta Diviciam, in angulo rue de Mimisano..., » et postea vertendo ad manum dextram etcundo, per dictam ruam de Mimisano, «versus ecclesiam Sancti-Christophori... » Il est évident que tous ces textes ne peuvent désigner que la rue à laquelle on a donné par la suite le nom de rue Montmêjan. L'auteur de l'inventaire des titres de l'archevêché l'appelle, en 1507, rue Memysan, Memisan et Memissan... En 1081 [Terr. de l'arch.], elle est appelée rue Memizan. Au x\» siècle, elle ne portait le nom de Mimisan que jusqu'à la rue du Temple; mais elle traversait la rue Saint-Paul, le mur romain, où existait une porte, et donnait issue dans la campagne par la porte Saint-Symphorien, ouverte dans le rempart du xivc siècle. Au bout de la rue, à l'est, et près de la porte, s'élevait une tour... >>
(Page 284.) «Pcjtz de Bertulh: Rua deu Pulz-de-Bertulli; rue Saint-Ciiuistoly (a). — ... Une maison située de cette façon était nécessairement placée dans l'île de Verteuil (voir ila de Bertulh, plus haut), au nord du puits, et ne pouvait
(o) Avant l'appellation définitive île rue Saint-Christoly, M. Léo Drouyn a oublié d'indiquer celle de petite rue Saint-Christoly, qu'on a donnée à cette voie pour la distinguer alors de la rue qui faisait suite à la rue Montmêjan,
où joun Molière, de celui dont parle le duc d'Espernon
dans la pièce de M. Minier, lorsqu'il s'écrie :
Qu'à Montméjan demain un spectacle se donne,
théâtre dont il faut nécessairement que nous nous ingéniions à retrouver les traces positives autrement et ailleurs que dans la tradition.
Un pareil sujet mérite bien que nous lui consacrions un paragraphe tout spécial; ce sera donc l'objet du suivant.
avoir sa façade que dans la rue Baibadat, entre la rue Montméjan et la fontaine qui remplace le puits de Verteuil, ou dans celle de Sainct-Ciiristoly. »
(Page 296.) « Sent-Ciiristoly : Rua de Sent-Christohj ; rua Sancti-Christophori ; la grand-carriere-Senl-Christoly ; rue de Saint -Chrisloly; rue Saint- Cristaty ; rue Saincl-Christophle ; rue îles Petits-Carmen; rue Montméjan (partie delà). — Cette rue, dont il est fait mention dès l'an 136J [C. de l'arch.], passait contre le flanc sud de l'église Saint-Christoly, et s'étendait depuis le bout oriental de la rue de Mimisan jusqu'au carrefour de Castillon : « ... in rua Sancti-Christophori, dit un texte » de 1400 |C. de l'arch.], que, ab ecclesia ejusdem sancti et trivio rue de trilheis, » ducit versus quadrivium de Castilhon. » En 1391 [Inv. Saint-Andr.], elle s'appelait là grand carriere-de-Scnl-Christoly. Une pierre placée à l'angle d'une maison qui fait le coin des rues du Temple et Montméjan porte cette inscription : « Kue Saint- » Christoly. » Dans les plans du commencement du xixc siècle {a), elle est nommée rue des Petits-Carmes depuis la rue des Treilles jusqu'à la rue Castillon; elle passait au nord de l'ancien couvent. »
(Page 337.) «Carrefour Mimisan: Cantoun de Mimisan, Memisan; furcata de Memisanu. — Un texte, daté de 1355 [G. de l'arch.], nous autorise îi placer ce carrefour au croisement des rues Saint-Paul et de Mimisan... »
{Page 403.) « Piits Bertilh: Puits de Berliilh; puteus de Vertolio; puits de Verteuil. — Ce puits a été remplacé par la fontaine qui est à l'embranchement des rues Beaibadat et Saint-Christoly; c'est ce qui résulte du texte suivant, de l'an UOO fC. de l'arch.] : « Arnaldus Dominici, presbyter, vicarius de Listraco, » débet, pro domo alta, lapidea, cum casali quod est a parte rétro, que est in par- » rochia Sancti-Christophori, in rua que, a putheo de Vertholio, ducit directe «versus ecclesiam Sancti-Christophori...» Il n'y a pas d'autre rue conduisant directement vers l'église Saint-Christoly que la rue Saint-Christoly, au bout méridional de laquelle est située la fontaine dont nous venons de parler. »
(Page 16.) «Au nord de \' Archevêché, près des remparts, l'église Saint-Paul baigne ses pieds dans la Devise; plus loin, la petite église Saint-Christoly s'élève à l'angle des deux rues, et le Temple, avec sa chapelle quadrilatère, couvre un vaste emplacement protégé, au nord, par les remparts romains. »
Qu'ajouter, maintenant, après avoir étudié avec soin tous ces renseignements, sinon que M. Léo Drouyn est le plus précieux, le plus exact et le plus clair des guides '.'Grâce à lui, grâce à son livre magistral, nous connaissons toute la partie du vieux Bordeaux qui composait l'ancienne paroisse Saint-Christoly aussi bien qur si nous l'avions habitée, nous-mème, en 1656, à l'époque précise où Molière vint dans notre ville.
a) Et aussi dans ceux du XVIII* s.ècle, nous l'avons vu plus haut.
432 Ghap. VIII,
§ 6. — Le Jeu de Paume de Barolla ou de Barroula.
« § III. La plus ancienne salle de comédie que l'on sache avoir subsisté à Bordeaux était située dans la rue Montméjan. Il ne paraissait alors dans cette ville, comme dans toutes celles de province, que des troupes de comédiens ambulants qui ne jouaient pas tous les jours
y> La salle des spectacles d'alors appartenait à un particulier nommé Barbarie [Barbarin], qui y tenait aussi un jeu de paume. Elle devint la proie des flammes le 14 juillet 1716 (*). Pour la reconstruire, les jurats
autorisèrent l'établissement d'une loterie (2) On sait seulement que le
14 janvier 1731, à la suite d'une représentation du Festin de Pierre, le feu consuma une nouvelle salle des spectacles, qui était située rue du Chai-des-Farines. » Bernadau, le Viographe Bordelais, ou Revue historique des Monuments de Bordeaux tant anciens que modernes, p. 101.
Bernadau ne perd pas, naturellement, une si bonne occasion d'évoquer le souvenir de Molière. Il nous ressasse précédemment au § II, page 100, — et nous jugeons complètement inutile de reproduire ici ce passage de son livre — l'indication des frères Parfaict, l'accueil que le duc d'Espernon fit à Molière, le racontar de Montesquieu au sujet de la Thébaïde, et le présent que Molière fit ensuite de son manuscrit « au jeune » Racine, qui commençait à se distinguer dans la carrière » des lettres ». Il y a longtemps qu'on l'a remarqué! Les erreurs et les inexactitudes font plus facilement et autrement vite leur chemin que les vérités!...
Un autre historien de Bordeaux nous a longuement intrigué, parce qu'il a été invoqué par Arnaud Detcheverry dans un passage très caractéristique de son Histoire des Théâtres de Bordeaux, passage que nous avons déjà reproduit au § 2 de notre chapitre premier (cf. t. Ier, p. 15):
(') Voir ci-après, pages 434 et 444. — La salle de spectacle, incendiée le 14 juillet 1716, n'est nullement celle où ont joué Molière et les acteurs de sa troupe en étéautomne de l'année 16j6, et l'on se rendra compte pourquoi.
(2) Voir plus loin, pages 445-446, au sujet de cette loterie, la lettre, partiellement brûlée, qu'a découverte et qu'a bien voulu nous communiquer l'archiviste actuel de la ville de Bordeaux, M. Ducaunnès-Duval.
«La Chronique Bordelaise, citée, on ne sait pourquoi, par M. Guillie [à propos de Molière], garde [sur lui J le silence le plus complet (p. 13). »
Mais où trouver cet ouvrage de M. Guilhe? Fort heureusement, la bibliothèque des Archives municipales le possède, et M. Ducaunnès-Duval, son conservateur, voulut bien avoir l'obligeance de me le communiquer. En voici le titre exact : « Études sur l'histoire de Dor- » deaux, de V Aquitaine et de la Guienne3 par Henri-Charles » Guilhe. Un volume grand in-8°. A Bordeaux, chez » Lavigne, imprimeur de la Préfecture, 1835, x-386 p. »
Avec un peu de peine, c'est-à-dire beaucoup de patience, nous finîmes par y découvrir le passage visé par Arnaud Detcheverry; en voici le texte :
« Vers la même époque, des règlemens furent faits pour la salle de comédie; elle était rue Montméjan, suivant la chronique, et l'illustre Molière y fit ses essais. » (P. 265.)
Il n'est pas difficile, en lisant ces lignes, de reconnaître l'erreur dans laquelle est tombé ici le digne archiviste M. Arnaud Detcheverry, plus préoccupé de livres et de documents sur la ville de Bordeaux que de toute autre chose : «Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse ! » Au lieu donc de donner à ces mots : «la chronique » leur sens le plus général, c'est-à-dire : la rumeur publique, la tradition, et comme dit Littré (Dictionnaire..., article Chronique) : « ce » qui se débite de petites nouvelles courantes, » Arnaud d'Etcheverry a cru que Guilhe voulait parler, en la présente occasion de la chroniqve Bovrdeloise de De Lurbe et D'Arnal...! c'est un peu prendre le Pirée pour un homme.
Mais revenons au livre de Guilhe, qui nous donne en outre quelques menus renseignements dont nous devons d'autant plus faire notre profit, qu'ils paraissent précis, et qu'il ne les a sûrement pas inventés :
« Les pièces [de théâtre] étaient annoncées au son du tambour. » Les prix des places étaient 24, 12 et 6 sous. » La fin du spectacle était à sept heures du soir.
» Outre que les juifs en étaient exclus, les honnêtes femmes ne devaient » pas y paraître. » (P. 265.)
Ainsi, du temps de Molière, on finissait le spectacle à l'heure où, aujourd'hui, le théâtre n'est pas, la plupart du temps, encore ouvert...! Et les israélites, qui n'étaient pas reçus dans ces temples profanes dont, de nos jours, ils font si souvent les plus grands frais, pécuniairement et artistiquement parlant! Quant à la clause qui empêchait les honnêtes femmes de paraître au spectacle et de venir entendre Le Cid, Polyeucte ou l'Estourdi, n'est-ce pas surtout la plus singulière?...
Autre temps, autres mœurs!
Mais revenons bien vite à la salle de spectacle, qui réclame spécialement toute notre attention. Elle «appartenait » alors, vient de nous dire Bernadau, «à un par- » ticulier nommé Barbarin qui y tenait aussi un jeu de » paume». C'est ce théàtre-jeu de paume, ou plutôt ce jeu de paume-théâtre, — car ce devait être tout un malgré le mot «aussi », — dont il s'agit de retrouver, décidément, l'emplacement, mais non pas cependant celui du théâtre qui (si nous voulions écouter sur ce point Bernadau), serait devenu, le 14 juillet 1716, la proie des flammes.
Avant toute chose, en effet, ce n'est pas \ejeu de paume de Barroula, — c'est-à-dire celui-là même dont nous allons avoir à nous occuper, — qui a été incendié en 1716 : puisque, raison majeure, il n'existait déjà plus depuis 167%, puisque c'est sur son emplacement même que les « Petits Carmes » firent bâtir leur église, ainsi que nous le verrons dans la suite : ce fut une autre salle, ce fut un autre jeu de paume, dont nous aurons, du reste, un peu plus tard à parler.
Rappelons-nous au contraire que M. Dast de Boisville, dans sa réponse du 12 décembre 1895 à la Correspondance historique et archéologique (cf. ci-dessus, chapitre huitième, § 4, t. II, p. i 1 3), donnait les premières indications positives à cet égard : « J'ajouterai en terminant que » la salle de spectacle où dut jouer Molière ne peut être » que le Jeu de Paume qui, en 1656, portait le nom du » jeu de taume de Barola ('), et qui se trouvait dans la » paroisse de Saint-Christoly, rue Montmejan, proche le j> palais du Gouverneur (2). ))
Et le jeune et sagace archéologue ajoutait: «c l'empla- » cernent de ce jeu de paume pourrait être facilement » déterminé avec les nombreux et importants terriers de » nos archives municipales et départementales. »
C'est en effet sur les indications mêmes de M. Dast de Boisville que j'ai demandé et obtenu, aux Archives départementales de la rue d'Aviau, communication d'un gros manuscrit sur parchemin : chapitre Saint-André 4650- 4660, coté 398 G, et dans lequel il est spécialement question de plusieurs propriétés, sises à Bordeaux, et au nombre desquelles se trouvait précisément le susdit jeu de Paume !
Continuellement, le jeu de Paume de Barolla est mentionné dans ce manuscrit, en partie de l'époque de Molière (3).
Nous ne chercherons pas maintenant à suivre, à l'aide
(i) Dans le registre des décès de la paroisse Saint-Christoly, a Bordeaux, M. Dast de Boisville a découvert l'acte suivant, qui paraît concerner la concierge du jeu de paume qui nous occupe :
« 28 juin 1665. — Décès, Anne Poitevin, demeurant au jeu de paume du Ravola. » — Inhumée aux Récolets. »
(2) Voici encore un document que nous a communiqué M. Dast de Boisville:
» S septembre 1676. — Décès, Phébus d'Albret, maréchal de France et gouverneur » de Guyenne. Son corps est porté provisoirement à Saint-Christoly (paroisse dans » laquelle se trouvait V hôtel du gouverneur), et ensuite transporté à Pons (en Sain* » tonge, sa principale propriété, celle où sa famille se faisait enterrer). »
(8) Pai exemple :
(Paye 48.) « ... Autre maison, qui estoit cy douant en jeu de paulme en ladite rue » Degaxies et la somme de 6,000 livres encore autre maison en la rue des Épiciers
436 Chap. VIII,
de ce manuscrit, le détail des différentes transactions, ventes, etc., qui ont eu lieu avant 1670 entre MM. Masson, Mathieu, etc., au sujet de la maison et jeu de peaume de Barolla; ce qui, par rapport au sujet spécial qui nous occupe, ne nous offrirait aucune espèce d'intérêt. Mais il est une remarque que nos lecteurs sans doute n'auront pas déjà manqué de faire : c'est que le dit jeu de paume, qui était bien celui de Barbarin, était certes situé, comme le veut la tradition venue jusqu'à nous, dans la rue appelée aujourd'hui dans toute sa longueur rue Montméjan; mais, ce qui est très particulier et ce qui vraiment étonne, dans la partie de cette rue qui s'appelait alors rue Saint -Christoly, et qui devait se nommer ensuite, de 1672 jusque vers 1840, rue des Petits-Carmes. Le fait est constaté par Bernadau, et aussi par les plans. Mais où était exactement situé le jeu de paume de Bar-
» et 10,000 livres la maison le jeu de paulme de Barolla rue Saint -Cristoly » autre maison et place vuide, y joignant en la susdite rue à la somme de » 6,000 livres... etc. »
(Page 73, recto.) « ... Lesquelles faisoit voir clairement qu'il n'auoict point d'hi- » potèque spéccialle sur lesdictes maison et jeu de paulme de Barolla pour ladicte » somme de 4,000 liures par luy. »
(Page 157, vehso.) « Autre maison le jeu de paume appelé de Barolla situé en rue » et paroisse Saint-Christoly, pour la somme de 5,000 livres. »
(Page 168, recto.) « Ledict Masson ausdictes 7)iaison Jeu de paume de Barolla » maison et place vuide par aultre contract du mesme jour dixiesme juin mil six » cent cinquante-cinq. »
(Page 222.) « Aujourd'hui neufviesme d'avril mil six cent soixante-neuf par- » devant moi, notaire royal à Bourdeaux en Guienne... et adiudication de la maison » et jeu de paulme appelé de Barolla et deppeudance... ez-rue et susdictes paroisse » Sainct-Cristoly. De Caussade. »
(Page 223.) « Ce jourd'huy treiziesme juillet mil six cent soixante-neuf c'est » présenté au bureau des consignations de la cour de parlement de Bordeaux, «lequel a dict que par... la maison en jeu. de paume de Barolla ayaDt appartenu au » Sr Ethaut Masson auvoir esté adiugé à M" Raymond Mathieu, aduocat en la cour, » pour la somme de 6,220 liures... xx auril 1669. »
(Page 224, recto.) «... La Maison et jeu de paume appelle de Barrofdascise en la »prisam ville auroit eslé adjugé à M. Raymond Mathieu, avocat en la cour. »
(Page 228, recto puis verso.) « ... Est toute icelle Maison et Jeu de peaume appelle » abarrolla siltuéé en rue et paroisse Sainct-Cristolly de la presanl ville et laquelle » confronte par entier de long en long du coslé du leuant à la maison el jardrin de » Monsieur Da'esme, seigneur du Labourel. »
(Page 229, recto.) « ... Par acte receu par M. Jean Caussade, notaire royal de » laquelle Maison et jeu de peau/ne... le quatriesme d'aoust mil six cent cinquante » par-devant feu M. Arnaud Saphin, notaire royal..., etc., etc., etc. »
roula? Pour le savoir, et sans me lancer personnellement dans des recherches qui seraient un peu étrangères à mes travaux habituels, j'ai fait beaucoup mieux : je me suis adressé à M. Dast de Boisville lui-môme, et l'érudit infatigable de la Société des Archives historiques de la Gironde m'écrivait quelques jours après : « J'ai enfin d'une » manière absolument certaine l'emplacement du jeu de » Paume de Barrola. Il se trouvait juste en face de la rue » de Grassi sur le terrain occupé à partir de 1671 par » l'église des Carmes, j'ai vu tous les contrats de vente ou » d'esporles qui me permettent de pouvoir affirmer ce » qui précède. »
Et voici en effet les précieuses notes que m'annonçait, dans sa lettre du 23 juin 1897, M. Dast de Boisville :
« Jeu de Paume de Barrola. ou mieux de Dibarrola. — Le nom de ce jeu de paume, où Molière dut très probablement faire exécuter ses œuvres à son passage à Bordeaux en 1656, est écrit improprement, dans les anciens textes, de Barrola, et aussi par une erreur de lecture jeu de paume de Ravolla. Il était établi dans l'ancien hôtel du conseiller Jean Dibarrola, prêtre, chanoine de Saint-André, qui fut conseiller clerc au Parlement de Bordeaux de 1515 au 11 décembre 1537, date de sa mort (l). Il eut dû par conséquent être nommé Jeu de paume de Dibarolla (2). Il était situé dans la rue Saint-Christoly (aujourd'hui rue Montméjan), presque en face de la rue des Treilles (aujourd'hui rue de Grassi), où il occupait l'emplacement de la rue Gouvion et des maisons portant actuellement les numéros 10 et 12 de la rue Montméjan.
» Il fut acquis par les Bévérends pères Carmes déchaussés, dits « petits Carmes», et sur son emplacement ces religieux firent bâtir leur église en 1672.
» La situation précise de ce jeu de paume nous est fournie par divers Hommages rendus au chapitre de Saint-André de Bordeaux, et par les contrats de vente de plusieurs maisons acquises par les petits Carmes pour
(!) « Voir sa notice, Archives historiques de la Gironde, tome XXX, pages 38 et 39. » Signature autographe. » D. de B.
(*) Dibarolla est un nom fabriqué exactement sur les mêmes modèles que D'Orléans, De la Rochelle, Du Crocq, D'Ezpeleta, etc., etc. Il faut lire ici D'Ibarotla. c^'est un nom d'origine basque, comme D'Ezpeleta : J'ai sous les yeux un Vocabulaire des mots basques bas-navarrais (1856) traduits en langue française par « M. Salaberry (d'ibarrolle), notaire à Saint-Jean-Pied-de-Port ». Ibarroi.a est une commune basque du canton d'Jholdy, de l'arrondissement de Mauléon, du département des Basses-Pyrénées. A. L.
438 Chap. VIII,
agrandir leur couvent et leur enclos : nous ne citerons que les deux plus importants de ces hommages et de ces contrats :
» 1° Archives série G (n° 398) 26 juillet 1669. [Grégoire, notaire à Bordeaux] (J).
» 2° 13 janvier 1671. [Betbeder, notaire à Bordeaux] (-). »
Je dois encore les très précieux renseignements suivants à l'obligeance de M. Dast de Boisville :
« 18 Xbre 1671. Grégoire Notaire, 1671, f° 798 et suiv., Établissement des Petits-Carmes rue S'-Christoly.
» Les BB. Pères Carmes Deschaussés ayant décidé de bâtir une église et un couvent rue et paroisse S'-Christoly durent obtenir l'autorisation des chapitres Sainct André et Sainct Seurin pour faire cet établissement : ces chapitres étant en droict d'empêcher l'établissement des communautés religieuses dans l'étendue de leurs paroisses.
» Cette autorisation fut donnée moyennant une redevance annuelle et perpétuelle de « une chandelle de cire blanche du poids de 2 livres 1/2, » payée alternativement à l'un des chapitres. »
» Les Carmes achetèrent le jeu de Paume de Barrola, et plusieurs maisons par contracls du
» 21 novembre 1670 (Brisson notaire). Maisons achetées joignant le jeu de paume.
» 13 janvier 1671 (Betbeder notaire). Maison de M. Dalesme de Labouret.
» En 1685, les PP. Carmes avaient leur nouvelle église sur l'emplacement du jeu de Paume de Barolla. Voir contrat du 18 décembre 1671, Grégoire notaire. Cette église est bien celle marquée sur le plan, car elle était confrontée au levant par les jardins et les bâtiments du couvent des
(*) « Hommage pour le jeu de paume de Barrolla, situé en rue et paroisse Sain t- Christoly et laquelle confronte par le levant paf entier du long en long à la maison de Mr Dalesme, seigneur de Labouret, duquel eosle elle contient de long en long 127 pieds et demi. Du couchant partie à la maison et jardin curialle de Saint- Christoly, partie au jardin de Mr Mathieu, avocat, et l'autre partie des escuries des héritiers du Sr Allenet, vers le nort à ladite rue Saint-Christoly et du Midi a un chai de Mr le président Grimard, contenant ledit jeu de paume par le devant du bout de ladite rue 33 pieds de large, 29 par le dernier dans œuvre le tout pied de terre, mesure de l'hôtel de ville. » D. de B.
(2) « Betbédé, notaire, 1671, f° 162 et suivants. Dame Anne de Pontac, épouse de M™ Jacques Guybard Dalesme, écuyer, seigneur de Labouret, Parempuyre et autres places, conseiller au parlement et commissaire aux requêtes du l'alais, *
» Vend aux B. B. P. P. Carmes déchaussés du couvent de Bordeaux, autorisés par Mgr Henri de Bëthune, « leur fondateur»,
» Toute icelle grande maison et 2 petites maisons y joignantes aux dits Dalesme et Pontac. advesus par le testament de Mr" Bernard de Pichon, seigneur, abbé de Bonlieu, oncle maternel de ladite dame du 30 août 1650 reçu par Thomas (Pierre), notaire royal.
» La dite maison sise rue et paroisse Saint-Christ oly confronte de devant à la maison des héritiers de feu Mr Dalesme, B«n d'Ares, procureur général au bureau des finances.
» Du couchant au jeu de paume de Barrolla appartenant à présent auxdits R. R. P. P. achepteur[s] ; du nord à la rue Saint Christoly, et par le derrière vers midy au ruisseau appelé de la Devise. » D. de B.
Carmes dont les jardins allaient jusqu'à la Devise. — Voir les plans du
Win11 siècle. »
C'est encore M. Dast de Boisville qui nous a signalé, aux Archives départementales de la rue d'Aviau, où il est catalogué G 399, un très gros recueil moins ancien que le premier [G 398. — Voir p. 435], mais, par son contenu, absolument de premier ordre. En voici l'intitulé :
« ciiAriTRE Saint-André. — Lieve des Fiefs, Bordeaux (ville). Nouuellement dressée par T. M. M. Hierome Lopes, chanoine Théologal de cette Église. 1685. »
Or, page 596 de cette lieve, commence la paroisse Saint Christoly avec celle de Saint-Paul unies.
P. 631. Paroisse St-Christoli et Sl-Paul son annexe.