‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 40 sur 70 · BIZARRE PARTICULARITÉ (J). » PAUL LACROIX · texte numérisé non relu

BIZARRE PARTICULARITÉ (J). » PAUL LACROIX

Nous le croyons facilement.

Nous venons de l'aire intervenir tour à tour M. Paul Mesnard, Gailhava, nous- même, Germain Garnier, Bret, J. Taschereau, C. M... (dans le Moliériste, t. III), M. Paul Bonnefon, Grimarest, les frères Parfaict, M. Jules Loiseleur, M. Ch. Marty-La veaux, M. Paul Lacroix, le chevalier de Mouhy...

On n'avait certainement pas encore rassemblé, nous croyons avoir le droit de le dire, autant de menus renseignements de toute espèce et de toute provenance, par rapport à la Thébaïde de Molière; et nous croyons même,

(') 0 imagination brûlante et vagabonde, toujours en éveil, du bon bibliophile !...

à propos de Trallage, et grâce à l'extrême courtoisie et à la complaisance rare de M. Paul Mesnard, avoir contribué fortement à débarrasser cette « légende » d'un détail qui ne contribuait pas peu à l'obscurcir. Malgré toutes les citations qui précèdent, nous ne sommes cependant pas sûrs du tout que la Thébaïde de Molière ait jamais existé... Mais nous croyons du moins avoir fidèlement rapporté, dans ce paragraphe, tout ce qu'on peut apprendre à son sujet, tout ce que l'on peut, surtout, essayer de présager, étant donné l'état actuel des connaissances moliéresques.

§ 2. — Ballets et Mascarades.

Nous empruntons beaucoup, pour ce paragraphe, au § 6 de notre chapitre quatrième portant exactement le même titre que lui, et nous tenons à en prévenir tout d'abord le lecteur : Être complet ici et là, au chapitre IV et au chapitre IX, nous semble chose infiniment préférable à celle de chevaucher continuellement, et de renvoyer tour à tour de l'un à l'autre paragraphe et vice versa. Il ne faut pas toujours reculer devant les redites : elles sont quelquefois même précieuses et importantes, on ne doit pas s'y tromper, et mieux vaut parfois une répétition et même un double emploi voulu et à l'avance presque forcé, qu'un oubli fâcheux ou qu'une lacune par trop apparente.

Molière, dans la dernière partie de sa carrière, et aidé du divin Lully, fit de nombreux ballets pour Louis XIV, et dans notre premier volume nous nous sommes longuement étendu sur ce sujet rempli d'intérêt. Le genre lui était d'autant plus familier, qu'en province il eut souvent l'occasion de le cultiver, comme arrangeur et comme auteur sinon comme acteur.

464 Chap. IX,

Le Balet (sic) de l'Oracle de la Sibyle (sic) de Pansoust, dansé en 1645 par les gentilshommes et les officiers de Gaston d'Orléans à une époque où Molière n'avait peutêtre pas encore quitté la capitale, a eu l'insigne honneur, dont il se serait certes facilement passé, d'être attribué par le bibliophile Jacob à l'auteur très futur du Misanthrope et du Tartuffe. « Ce ballet, » dit Paul Lacroix en parlant de cet ouvrage, « que les connaisseurs attribuent à Molière...! (*) » Ayez donc, après cela, l'audace de mettre en doute celte paternité au moins singulière, aussi flatteuse pour l'œuvre qu'elle le serait peu pour le poète! Halte-là, mon bon monsieur: cela prouvera évidemment que vous n'êtes pas un « connaisseur » !

Ce ballet, à dix-huit entrées, a été publié à Paris chez J. Bassin, in-4°, 1645, douze pages. Il a été réimprimé, de nos jours, au moins deux fois :

1° Par M. Victor Fournel, dans les Contemporains de Molière, sans nom d'auteur;

2° Par le bibliophile Jacob, déjà nommé, — dans le recueil dont nous donnons le titre exact et détaillé dans la dernière note indiquée avant ces lignes, — en le mettant trop généreusement sur le compte de l'illustre dramatiste que l'on sait.

M. Edouard Fournier, pour sa part, était si bien persuadé que ce ballet émanait directement de Molière, qu'il n'a pas hésité, dans sa comédie intitulée la Valise de Molière, représentée au Théâtre-Français le 15 janvier 1868, d'y faire figurer les vers suivants, tirés de la quatrième entrée de l'Oracle de la Sybile de Pansoust :

« Qt'ATRlESME ENTRÉE.

» Panurge, avec deux de ses compagnons, consultant les docteurs s'il se doit marier ou non.

(*) Ballets et Mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII (de io81 à 1632), recueillis et publiés d'après les éditions originales la plupart introuvables aujour-

» Monsieur de Saincte-Frique, les sieurs Souville, Balon. » Je ne sçai si le mariage Est le party qu'il nie faudrait,

A voslre avis, seray-je fou?

A vostre avis, seray-je sage? »

iNous avons déjà donné ce couplet dans son entier, plus haut, tome II, page "239.

Comme le dit fort bien M. Louis Moland, page 523, « Molière, âgé de vingt-trois ans, n'était pas en situation » de composer et diriger un grand ballet comme celui-là, ï> qui n'a pas moins de dix-huit entrées; et s'il l'avait fait, » cela eût paru assez rare et extraordinaire pour que le » bruit en fût parvenu jusqu'à nous. » — Citons encore, de ce ballet peu connu, un simple quatrain (cinquième entrée) : la Réponse de l'oracle à Panurge :

Si ta maistresse est jeune et belle, Tasche de n'en pas mal user; Mais te mariant avec elle, Garde-toy bien de l'épouser.

C'est juste la situation dans laquelle se trouvait Molière vis-à-vis de Magdeleine Béjart. Loin de vouloir se faire épouser, du reste, par cet adolescent, la bonne fille ne lui donna-t-elle pas, bien plus tard, en mariage sa petite sœur et filleule Armande Grésinde, de vingt ans plus jeune que son ancien amant, devenu depuis son ami le plus affectionné?

La Fontaine de Jouvence, ballet divisé en deux parties, et dans lequel MM. Paul Lacroix et Edouard Fournier croyaient voir la griffe de Molière, date de 1643 (in-4°, de 8 pages)!... L'auteur futur des Femmes savantes l'aurait donc fait jouer à vingt et un ans, l'aurait donc composé

d'hui, par M. Paul Lacroix [Turin, J. Gay et fils, 1870], tome VI, page 103, note 1. — Cf. Biblioi/raphie Molièresque, 2' édition, 1875, n° 225, page 58.

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