‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 43 sur 70 · EN EFFET, DE LUI · texte numérisé non relu

EN EFFET, DE LUI

Récit (»).

La Nuit.

Dans le vaste sein de Neptune Laisse vite tomber ta lumière importune, O Jour trop envieux qui retarde mes pas. C'est aux vœux de ta sœur opposer trop d'obstacles : Un grand Prince aujourd'hui m'appelle à des spectacles Où l'on ne te veut pas.

Après que ses faits pleins de gloire T'ont rendu le témoin d'une illustre victoire, Dont l'orgueil de l'Espagne a poussé des soupirs, Dans cet empire égal que le sort nous partage, A mes feux maintenant ne plains pas l'avantage D'éclairer ses plaisirs.

» Quant au reste, pour oser le lui attribuer, il nous faudrait des preuves

troupe de La Pierre, troupe composée surtout dé musiciens et de danseurs, ont figuré Molière et Joseph Béjart... La plupart des seigneurs qui y figuraient à côté des acteurs de profession siégeaient aux États, remarque à peine nécessaire pour nous donner l'assurance que ce divertissement est du temps de la session (1635). Ce fut sans doute un des plaisirs du carnaval. Dans une des entrées, Molière eut a représenter un poète; Béjart, un peintre; dans une autre, Béjart, un ivrogne; puis, dans une autre encore, Molière, une harengère, choisie pour faire contraste avec l'Éloquence, que figurait le baron de Ferrais». Paul Mesnard, Notice biographique, p. 158.

(i) « Ce ballet, lequel est incontestablement de Molière, a été signalé et publié avec un commentaire par le bibliophile Jacob, dans une série d'arlicles qui furent insérés dans le feuilleton du journal le Siècle, en mars 1851, articles réunis depuis en un volume, sous le titre de la Jeunesse de Molière, Bruxelles, Schnée, 1899, in-16. » Paul Lacroix, Bibliographie Moliércsque, 2e édition, 1875, n° 188, p. 16.

(-) « Les ballets de cour se composaient d'entrées, de vers et de récits. Les entrées étaient muettes; on voyait s'avancer sur le théâtre des personnages dont le poète avait disposé les caractères, les costumes et les mouvements, en leur donnant à figurer par la danse une espèce d'action. Le programme ou livre distribué aux spectateurs les mettait au fait de ce qu'étaient les danseurs et de ce qu'ils voulaient exprimer. De tout temps on y avait joint quelques madrigaux à la louange des personnes qui devaient paraître dans les divers rôles, et c'était la ce qu'on appelait les vers, on ne se débitaient pas sur la scène, qui n'entraient pas dans l'action, qu'on lisait, ou des yeux ou à voix basse, dans l'assemblée, sans que les figurants y eussent part, sinon pour en avoir fourni la matière. Les récits, enfin, étaient des tirades débitées ou des couplets chantés par des personnages qui ne dansaient pas (le plus souvent des comédiens), et se rapportaient au sujet de chaque entrée ». A. Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, 2a édition, in-12, p. 164 et 165.

que nous n'avons pas. Il semblerait fort étrange au moins que Molière eût osé écrire, en parlant do lai-môme :

Je fais d'aussi beaux vers que ceux que je récite,

éloge que les vers suivants, qui sont un pur galimatias, ne justifieraient guère, et qui serait en tout cas fort singulier dans sa bouche. M. Paul Lacroix dit : « L'obscurité de ces vers laudatifs témoigne de l'embarras » qu'il avait à parler de son propre mérite [la Jeunesse de Molière (1858), » p. 99]. » C'est une explication fort ingénieuse; mais ne pourrait-on pas dire également que l'obscurité de ces vers, ainsi que l'éloge de Molière, prouverait tout aussi bien autre chose, c'est qu'ils ne sont pas de lui?... » Eigène Despois, Molière-Hachette, t. Ier, p. 523.

« Voici le sixain qui s'appliquait à Molière, lequel faisait un poète dans la première partie du ballet, et une harengère dans la seconde.

Pour le sieur Molières, représentant une harengère :

Je fais d'aussi beaux vers que ceux que y'<3 récite (*),

Et souvent leur style m'excite A donner à ma muse un glorieux emploi. Mon esprit de mes pas ne suit pas la cadence : Loin d'être incompatible avec cette Éloquence, Tout ce qui n'en a pas l'est toujours avec moi.

» Il faut dire, pour rendre ce phébus un peu moins obscur, que la partenaire de la harengère, dans cette entrée où Molière figurait, était l'Éloquence, représentée par le baron de Ferrais, et considérée comme l'incompatible (s) ou, si l'on aime mieux, l'opposée d'une marchande de marée.

(*) « Nous n'apprendrons à personne que Molière n'a pas eu à prononcer cet éloge de son talent, et qu'il ne l'avait pas lui-même composé. Les personnes qui paraissaient dans les ballets y faisaient un rôle muet [voir la note précédente, de M. A. Bazin], pendant que les vers à leur louange, rendus parfois plus piquants par un assaisonnement de traits malins, étaient lus par les spectateurs dans le livre qu'on leur avait distribué. On a pensé que les vers de la Harengère pourraient bien être de Joseph Béjart. La conjecture ne serait pas plus hasardée si on les supposait de Magdeleine. Mais de quelque encensoir que ces vers louangeurs soient sortis, de celui, si l'on veut, d'un camarade, d'un ami, ils attestent que dès ce temps-là il y avait des admirateurs de l'éloquence de Molière, que l'on connaissait de lui de beaux vers (a). Serait-ce donc une preuve qu'il ne faut pas retarder jusqu'en 1655 la représentation de l'Étourdi? Elle ne nous semblerait pas décisive. 11 n'est pas du tout dit qu'avant l'Étourdi, et sans parler môme de Lucrèce traduit, on n'eût pas connaissance de quelques-uns de ses essais poétiques. Une autre explication est possible. Sans ce glorieux emploi, que le style, devenu familier a sa mémoire de comédien, l'avait excité à donner à sa muse, n'y aurait-il pas une allusion à quelque compliment en vers adressé par lui soit à la princesse de Conti, soit au prince revenu dans le Languedoc avec une moisson de lauriers? Il y eut certainement à l'arrivée des Altesses plus d'un hommage de ce genre; on en trouve même un exemple dans le Récit de la Nuit, qui sort de prologue au ballet, et dont on n'a pas cru invraisemblable que Molière pût être l'auteur. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 159.

(-) « L'idée du Ballet des Incompatibles, c'est de faire paraître ensemble les

(a) Cela prouverait d'autant plus que ces vera auraient été composés par un des Béjart, Joseph, comme le pensent MU. Louis Moland et Despois, ou bien par Magdeleine, comme l'insinue M. Mesnard.

470 Chap. IX,

» On a conclu de ce dixain que Molière était l'auteur du ballet des Incompatibles ; M. Moland a remarqué qu'il faudrait en inférer tout le contraire. « On ne s'adresse pas des louanges si lourdes et si mal tour- » nées et on n'écrit pas des vers si pitoyables quand on a déjà fait » l'Estourdy. » Et le judicieux éditeur conclut que Molière put, en effet, dessiner et composer le divertissement, mais qu'il ne se chargea point de rédiger les couplets du programme. Selon lui, le véritable auteur de ces couplets pourrait bien être Joseph Béjart, qui s'occupait en ce moment de publier le Recueil des titres, qualités, blasons et armoiries des prélats et barons des états du Languedoc, tenus en 1654, recueil par lui offert l'année suivante au prince de Conti qui en accepta la dédicace.

» M. Paul Lacroix ne s'est rangé ni à ces raisons, ni à cette opinion. Il a fait remarquer qu'à cette époque le programme en vers des ballets de cour, qui faisait allusion aux danseurs, était toujours l'œuvre du poète d'occasion à qui appartenait l'idée. Or, à Pézenas, Molière était le seul imprésario de la troupe des Béjart. « Il composait, dit le savant bibliophile, » les vers de ballet comme les vers de comédie, et ces vers ont le cachet » de son style, ce cachet qu'on reconnaît entre tous, car Molière avait le » style précieux comme s'il était sorti d'une académie de précieuses. Voilà «comment deux autres ballets (>), dansés chez Gaston d'Orléans, ont été » reconnus, par Edouard Fournier et par moi, comme étant bien de » l'estoc moliéresque. Il est à peu près certain que les prologues et diver- » tissements ajoutés par Molière à ses pièces pour les représentations de la » cour sont remplis de vers qu'il avait dès longtemps composés en pro- » vince, soit pour les représentations chez le prince de Conti, soit pour » d'autres représentations dans les châteaux du Languedoc. »

» Ces raisons, il faut l'avouer, sont loin d'être convaincantes... On remarque, toutefois, par-ci par-là, dans les Incompatibles, des couplets qui ne sont pas indignes de lui, en particulier les strophes du prologue placées dans la bouche de la Nuit... Souvent, est-il dit, le style des ouvrages dramatiques que je représente m'excite

A donner à ma muse un glorieux emploi.

» On trouve justement, dans la seconde strophe de ce prologue, une allusion très marquée à la première campagne du prince de Conti en Catalogne et à la prise de Puycerda qui la termina honorablement (21 octobre 1654). C'est là cette illustre victoire

Dont l'orgueil de l'Espagne a poussé des soupirs;

extrêmes opposés, par exemple les quatre Éléments, qui passaient alors pour des principes irréductibles, puis la Fortune et la Vertu, la Vieillesse et la Jeunesse, des philosophes et des poètes, l'Argent et les Beaux-Arts, un charlatan et la Simplicité, la Dissimulation et des ivrognes suivant le dicton in vino veritas, l'Éloquence et une harengère, la Sagesse et des amoureux, la Vérité et des courtisans, la Sobriété et des Suisses, une bacchante et une naïade, enfin le dieu du Silence et six femmes. » Loris Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 92.

(l)U s'agit, bien entendu, des deux ballets que nous avons vus plus haut: la Fontaine de Jouvence et la Sibylle de Pansoust.

et voilà le glorieux emploi que la fréquentation habituelle des œuvres de Corneille engageait Molière à donner à sa mii9e.

» Notons, en terminant sur ce point et sans prétendre tirer de ce rapprochement plus de conséquences qu'il n'en comporte, que, dans Y Amphitryon, c'est la Nuit aussi qui, de concert cette fois avec Mercure, est chargée de l'exposition du sujet.» Jules Loisemi'r, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 174-177.

% 'S. — Farces et canevas comiques.

Après avoir (dans une magnifique page trop longue et trop importante pour pouvoir être reproduite ici) indiqué quelle éducation littéraire merveilleuse sut se donner Molière dans les premières années de sa carrière dramatique, M. Louis Moland, avec sa sûreté de coup d'oeil et son habileté de pinceau , embrasse et nous dépeint à grands traits cette période de la vie du grand homme futur pendant laquelle, courant la province, il tâtait le terrain, se pliait à tout, cherchait à se faire goûter de tous, et élevait l'ancienne farce des tréteaux jusqu'à la hauteur d'une œuvre littéraire.

«On voit, dit M. Moland, si, pendant ses pérégrinations provinciales, il [Molière] emploie bien son temps, et s'il perd de vue le soin de sa future destinée. — Molière est lent à se produire; il marche sûrement, mais pas à pas. Il recule son point de départ bien au delà de l'époque présente, comme pour mieux s'assurer qu'il est dans la tradition nationale; il prend pied le plus loin qu'il peut; il s'essaye tout simplement, et comme s'il n'était que le plus ignorant des histrions populaires, dans la vieille farce telle que le xvie siècle l'avait transmise au xvn9, c'est-à-dire un peu transformée par l'influence italienne, qui lui avait donné plus de mouvement et de pétulance bouffonne. Avant d'entreprendre d'écrire des pièces régulières, il acquiert quelque réputation par ces compositions qui avaient toujours la vogue en province. « Il fit des farces, dit de Vizé, qui réussirent » un peu plus que des farces et qui furent un peu plus estimées dans toutes » les villes que celles que les autres comédiens jouoient. » Il n'y renonça pas, lors même qu'il fut installé à Paris, et l'on retrouve sur le registre de la troupe les titres d'un certain nombre de ces facéties dont le public parisien, à ce qu'il semble, ne s'accommodait pas plus mal que le public

provincial C'étaient là des croquis comme ceux qu'un peintre en

voyage jette sur son album et dont il fait ensuite des tableaux. Ainsi, Molière se servira plus tard de ces canevas comiques de sa jeunesse et on

472 Ghap. IX,

les retrouvera presque tous dans ses grandes compositions... Fort peu de ces petites pièces, où l'acteur a plus de part que l'auteur, ont donc été inutiles à celui-ci, et sont en réalité perdues pour nous. » Louis Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 120 et 121.

Essayons, — après M. Eugène Despois, et en nous servant, bien entendu, de ses excellents travaux, — de cataloguer ces farces (en mettant à part le Docteur amoureux auquel nous consacrerons un paragraphe tout spécial) ; et, pour les mieux différencier s'il est possible les unes des autres, de donner à chacune d'elles un numéro d'ordre.

I. Les Trois Docteurs rivaux. — C'est la petite comédie que Grimarest nomme expressément comme ayant été jouée devant Louis XIV dans la salle des Gardes du vieux Louvre (*), après la tragédie de Nicomède, le M octobre 1658.

Évidemment Grimarest est dans l'erreur : c'est le Docteur amoureux, tout le monde est d'accord, qui fut représenté dans cette occasion solennelle et mémorable. Le Registre de La Grange et la Préface de 1682, — deux autorités antérieures à Grimarest, et ayant une bien autre valeur historique et «d'époque» que la Vie de M. de Molière, — ne laissent, sur ce point, aucune espèce de doute. — Le Registre de La Grange mentionne, en outre, à la date du 27 mars 1661, et sans doute par abréviation, les Trois Docteurs.

On s'est demandé, mais aucune certitude n'existe à cet égard, si. le Docteur amoureux et les Trois Docteurs rivaux n'auraient pas constitué, sous des noms différents, une seule et même pièce. On identifierait ainsi, comme nous dit M. Despois (t. I, p. 7), « les deux farces

(') « Aujourd'hui salle des Cariatides du Musée des Antiques, où Henri IV avait » épousé sa première femme, où il fut apporté mourant, le vendredi 14 mai 1610. » Georges Monval. Chronologie Molicresaue (1897), p. 96, note 1.

» dont les titres nous montrent le Docteur paraissant en » amoureux ou en rival de deux confrères — rival » d'amour, probablement, non de métier. » — Et M. Despois termine par cette phrase désolante : « Aucune » analyse, aucun canevas ne subsiste de ces farces... ! »

■ Cette farce, dont il ne nous reste que le titre [Les Trois Docteurs rivaux, jouée en province avant 1G59], fut encore représentée à Paris, suivant le Registre de La Grange, le 27 mars 1661, sous le titre des Trois Docteurs. Grimarest dit positivement que cette farce était une de celles que tout le monde en Languedoc, jusqu'aux personnes les plus sérieuses, ne se lassait pas de voir jouer (J). » Paul Lacroix, Bibliographie Moliéresque, p. 3il, n° 1655.

II. Le Docteur pédant. — C'est dans le Registre de La Grange que nous trouvons cette farce indiquée trois fois : le 18 juin 1660, le 1er février 1661, le 13 avril 1663. — Cette farce nous paraît très différente de la précédente, et aussi du Docteur amoureux, avec laquelle on l'a assimilée.

Le Maître d'École, cité pour la première fois par Grimarest en même temps que les Trois Docteurs rivaux (notre n° I), pourrait bien ne faire qu'un avec le Docteur pédant. M. Eugène Despois serait cependant, lui, tenté de l'identifier avec notre n° III : Gros René écolier.

« 165i. Le Maître d'École, farce jouée par la troupe de Molière dans les provinces, avant son établissement à Paris. — Cette farce, dans le goût italien, était une de celles qui avaient le plus de succès en province; cependant Molière ne parait pas l'avoir (ait représenter à Paris. — Le chevalier de Mouhy dit, dans son Abrégé de l'histoire du Théâtre François (Paris, L. Jorry, 1780, 3 vol. in-8% t. Ier, p. 290), que M. de Bombarde avait le manuscrit de cette farce dans sa bibliothèque, une des plus importantes pour le Théâtre, vers le milieu du xvni* siècle, et qui a été dispersée, sans nous laisser au moins le souvenir d'un catalogue imprimé. » Paul Lacroix, Bibliographie Moliéresque, p. 310-341.

(') « ... Il avoit acoutumé sa Troupe à jouer sur le champ de petites Comédies, » à la manière des Italiens. Il en avoit deux entre autres, que tout le monde en » Languedoc, jusqu'aux personnes les plus sérieuses, ne se lassoient point de voir » représenter. C'étoient les Trois Docteurs Rivaux et le Mattre d'École, qui étoient » entièrement dans le goût Italien. »> (Grimarest-Liseux, p. 16.)

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III. Gros René écolier. — C'est le joyeux Du Parc, sans doute, qui jouait le principal rôle de cette petite pièce inscrite sur le Registre de La Grange aux trois dates qui suivent : 18 avril 1659, 25 avril 1664, 27 avril 1664. A cette dernière date, le premier Registre de La Thorillière porte : Gros René petit enfant. « Ce qui prouve bien, » s'écrie M. Eugène Despois (p. 7), que ces farces n'avaient » pas de désignation très arrêtée. »

« Dans leur Dictionnaire des Théâtres de Paris (Paris, 1756), qui est à la fois un abrégé et une table de leur Histoire du Théâtre François, à l'article Molière, les frères Parfaict donnent une double liste des « comé- » dies du même auteur, non imprimées et jouées en province », et des « pièces représentées à Paris sans nom d'auteur et qu'on peut conjecturer » être de M. Molière». Dans la seconde liste figure... Gros-René petit enfant,... avec la date de 1664.

» En outre, à l'article « Gros-René petit enfant », du même Dictionnaire des Théâtres de Paris, la notice porte : « Petite comédie représentée le » dimanche 27 avril 1664, précédée de la tragédie de Cinna. On croit que » cette petite pièce est de M. Molière » (P. 225-226.)

« D'où vient, sinon d'une tradition antérieure et provinciale, cette

attribution générale d'ailleurs et totalement inadmissible avec la date donnée de 1664, inadmissible parce que Molière n'a plus composé de farces après l'établissement définitif de sa troupe à Paris (La Grange n'a pas mentionné celle-ci dans ses programmes) (J); inadmissible encore du côté de Gros-René, au moins pour les deux derniers mois de 1664 (J), parce que Gros-R.ené (Du Parc) est mort le 4 de novembre, et, qu'après lui, aucun comédien n'a porté, que dans une ancienne pièce, le nom de Gros-René au théâtre. — Le titre de Gros-René petit enfant fait remonter la farce qui le porte au répertoire des œuvres minuscules dont Molière et ses camarades amusaient la province. » Edouard Thierry, Le Molié' riste, t. X, p. 234-235.

IV. Gorgibus dans le sac. — Cette pièce, indique La Grange dans son Journal, a élé représentée six fois en 1663 et en 1664. Mais était-elle bien de Molière? « Ce » titre, disent les frères Parfaict, semble indiquer le » canevas de la scène du troisième acte des Fourberies » de Scapin, où ce dernier fait mettre Géronte dans le

(') Non, mais bien La Thorillière, nous l'avons vu plus haut.

t2) Mais très admissible, en revanche, pour les trois dates données ci-dessus.

» sac. » — C'est en se payant d'une raison du même genre que Ton a cru pendant si longtemps que le Grand benêt île Fils aussi sot que son père était de Molière : on croyait, au titre, que c'était l'embryon, le premier jet de la scène de Diafoirus et son fils dans le Malade imaginaire. On sait aujourd'hui à n'en pouvoir douter que cette prétendue farce était une pièce en plusieurs actes, de Brécourt, représentée le 17 janvier 1664 par la troupe

de Molière (*).

V. Le Fagoteux (Le Fagotier, d'après La Grange). — Ici, nous n'avons aucun doute. Le Fagotier est bien la première forme du Médecin malgré lui (2). — Le 14 sep-

(i) Si la pièce en question est bien de Brécourt, son titre, du moins [cf t. M, p. 20, notule (<*)], est incontestablement de Molière, puisque, à un article pris, il n est autre que le vers 504 des Fâcheux (acte II, se. VI) :

Nous présentant aussi, par surcroît de colère, Un grand benêt de fils aussi sot que son père.

(*) « 1662. Le Fagotier, farce jouée au théâtre du Palais-Royal, le 14 septembre 1661 - Cette farce, que les Registres du théâtre nomment aussi le Fagoteux tut reprise le 20 avril 1663. On croit que le Fagotier a servi de prélude au Médecin malgré lui comédie « composée, suivant le chevalier de Mouhy, du Fagoteux et de » quelques autres farces que l'auteur jouait avec sa troupe dans les provinces. » Bibliophile Jacob, Bibliographie Molicresque, p. 342. Aa .

« Assez longtemps avant le Médecin malgré lui, l'on avait joue, sur le théâtre du Palais-Royal, une farce où il se trouvait en germe; le sujet en était le même : nous ne croyons pas qu'on en puisse douter. Voilà d'abord le Registre de la Grange: à la date du 14 septembre 1661, avec le Cocu imaginaire, on représente le Fagotier; à celle du vendredi 20 avril 1663, avec les Fâcheux, une Farce. Cette dernière indication resterait vague, si le Registre de la Thorillière, sous la même date, ne nommait cette farce, qui était le Fagoteux. Dira-t-on que s'il y a fagots et fagots, il a bien dut avoir Fagotier et Fagoteux? Mais ailleurs le même registre de la Thorillière nous apprend que, le mardi 9 septembre 1664, on donna l'Héritier ridicule

de Scarronl et le Médecin par force. Cette fois, et deux ans seulement avant le Médecin malgré lui, le personnage de comédie qui s'appela d'abord le Fagotier ou Fagoteux s'annonce sans équivoque comme une première épreuve de notre Sganarelle Suivant toutes les vraisemblances, nous avons toujours affaire, sous trois titres dont le dernier seul est réellement différent, à une même farce, plus ou moins imparfaite ébauche du Médecin malgré lui. Le titre du Médecin par force est clair- il l'est d'autant plus, que bientôt après on le donna aussi à la pièce plus nouvel e: les vers déjà cités de Robinet et de Subligny en font foi; et beaucoup plus tard, Bossuet. qu'on ne s'attendait pas à rencontrer en cette affaire, peut être aussi pris à témoin. Trop célèbre est le passage de ses Maximes et W'*™* sur la comédie (§ V) où, foudroyant Molière dans sa tombe, il le représente recevant la dernière atteinte de sa maladie (a) « en jouant son Malade imaginaire ou son

, Médecin par force... « Madame de Sévigné la nomme en 1675 . la comédie du

. Médecin forcé ». et y fait allusion ailleurs sous ce même titre... Quant au titre de Fagotier, il est remarquable que Grimarest (1705) le donne au Médecin malgré lui,

(a) Ce qui e«t loin, ce qui est bien loin d'être exact, bous ne nous lasserons jamais de le redire : JtotUn n'est pas mort sur k théâtre!:.' on ne l'a pas emporté, chez lui, .rpirant.

476 Chap. IX,

tembre 1661, le Fagoiier fut joué avec le Cocu imaginaire.

« II [Molière] eut probablement vite fait de refondre une farce, tirée des vieux fabliaux, qu'il avait fait jouer en 1661 sous le titre du Fagotier, et qu'alors on désignait quelquefois sous celui du Médecin par force. Elle devint en 1666 le Médecin malgré lui, qui fut représenté pour la première fois le 6 août. Avec quelque rapidité que Molière lui eût donné une forme nouvelle, peut-être n'a-t-il rien écrit d'inspiré par une verve plus plaisante. Il y court d'un bout à l'autre un torrent d'esprit; et, cbose bien rare dans une farce populaire, le badinage est semé des traits des plus fins. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 373-374.

VI. La Casaque. — M. Eugène Despois ne nous apprend pas grand'chose sur cette petite pièce :

« Cette farce, dit-il (Molière-Hachette, t. Ier, p. 9), n'est mentionnée qu'une fois, et en ces termes, dans le Registre de La G-range, à la date du 25 mai 1664 : l'Ecole des Maris avec la farce de la Casaque... »

Et voilà tout ce que M. Despois a pu recueillir sur son compte! C'est court, et fort peu instructif...

Fort heureusement, la Bibliographie Moliéresque, du bibliophile Jacob, nous offre à son sujet les renseignements très curieux et fort inattendus qui suivent :

<il664. La Casaque, farce jouée au théâtre du Palais-Royal, le 25 mai 1664 (i).

» Les historiens du théâtre disent que cette farce est une de celles que Molière jouait dans les provinces, avant de venir se fixer à Paris. D'après une ancienne tradition de la Comédie-Française, le canevas de la Casaque se serait conservé dans les archives du théâtre, et Alexandre Duval l'aurait remise à neuf dans la Tapisserie, comédie-folie en 1 acte et en prose, représentée au Théâtre de l'Impératrice (Odéon), le 1er mars 1808, reprise au Théâtre-Français le 9 janvier 1824, publiée sous le voile de l'anonyme (Paris, Vente, 1808, in-8°), et non recueillie dans les Œuvres

et plus remarquable encore que dans le Registre de La Grange, aux dates des 7 et 9 octobre 1679, on trouve le Fagotier joué, le premier de ces deux jours, avec le Disespoir extravagant (de Subligny), le second, avec le Cid. L'ancienne petite

farce, depuis longtemps si bien remplacée, est, en 1679, hors de question On ne

nous dit pas que cette ébauche fut de Molière, mais comment ne pas le croire?» Pall Mesnard, Molure-Hachelte, t. VI (1881), p. 6, 7, 8.

(*) 1664 est à la fois la date de la représentation de la Casaque, et le numéro d'ordre sous lequel elle est inscrite dans la Bibliographie Moliéresque du Bibliophile Jacob. Je fais cette remarque pour que l'on ne puisse croire, ici, à aucune faute d'impression.

complètes de l'auteur. » PàUL Lacroix, Bibliographie Moliéresque, p. 3i3.

Le bibliophile Jacob nous avait déjà mis sur la piste du Maître d'École; il nous indique maintenant celle de la Casaque. Mais qu'est devenue la Bibliothèque dramatique possédée, vers le milieu du xvnr8 siècle, par M. de Bombarde? Mais qu'est devenu le manuscrit emprunté aux archives de la Comédie-Française par Alexandre Du val?

Qui rétablira, qui replacera enfin, dans les Œuvres de Molière, le Maître d'École et la Casaque?

Nous arrivons enfin aux deux farces retrouvées au dernier siècle et publiées dans celui-ci : la Jalousie du Barbouillé et le Médecin volant (l).

(*)Le manuscrit de ces deux farces était, en 1731, entre les mains de Jean- Baptiste Housseau, qui habitait alors Bruxelles (a). Des cette époque, Chauvelin de Beauséjour... s'était adressé a Rousseau... « me priant..., dit Rousseau dans une » lettre à Brossctte du 17 septembre 1731, de lui envoyer deux ou trois pièces » qu'on lui avait dit que j'avais de Molière, dans le temps qu'il couroit les cam- » pagnes avec sa troupe. » Rousseau... avait répondu à Chauvelin: « Quant aux » petites pièces que notre auteur représentoit en province, il est vrai qu'il m'en » est tombé deux entre les mains ; mais il est aisé de voir que ce n'est pas lui qui » les a écrites. Ce sont des canevas tels qu'il les donnait à ses acteurs, qui les » remplissoient sur-le-ehamp, à la manière des Italiens, chacun suivant son » talent. Mais il est certain qu'il n'en a jamais digéré aucun sur le papier, et ce » que j'en ai est écrit d'un style de grossier comédien de campagne, et qui n'est » digne ni de Molière, ni du public. Les plus grands hommes n'ont pas toujours été » grands en tout: ils n'ont pas même toujours voulu l'être; et loin qu'on doive » regarder comme précieux tout ce qui est sorti de leur plume, on devrait, au con- » traire, si on le pouvait, supprimer avec discrétion tout ce qui n'auroit pas dû en » sortir (/')• " Ln rendant compte de cette correspondance à Brossette, Rousseau ajoute: « M. Chauvelin ne se contenta pas de cette raison, et... il me pressa » de nouveau de lui envoyer ces chefs-d'œuvre impertinents que je lui avais

(a) Comment était-il tombé entre ses mains? Yenait-il de la famille d'Estriché, on, bien plutôt, de la famille La Grange? Et n'est-il pas remarquable que J.-B. Rousseau ait écrit une comédie intitulée l'Atrabilaire, titre précisément choisi d'abord par Molière pour son Misanthrope .' II y a certaines pistes que l'on ne saurait trop suivre... !

(6) Voici la façon éloquente dont M. Jnlts Claretie (ifoliP're, ta vif et srs etuvres, p. 66-67) répond, sans les citer, ni peut-être sans se les rappeler, à ces horribles paroles de Jean-Baptiste Rousseau :

- Sans doute la découverte de ces essais et de ces œuvres de la première heure n'ajouterait rien a la gloire, à la physionomie littéraire de Molière, mnis on aime à connaître la génie jusque dans ses balbutiements. Ces reliquUr et ces fragmenta sont comme les hochets de l'enfant que la mère conserve avec piété et qu'elle regarde encore quelquefois, lorsque l'enfant est devenu un homme. Il faut tout aimer dans ceux qu'on aime, et c'est pourquoi les recherches des érudits, les patientes études des amoureux de Molière ne pourront, même si elles aboutissent seulement k demi, que servir utilement à la littérature entière de tous les pays et de tous les temps, en augmentant la renommée du grand comique français. »

Ceci est juBte, ceci est digne, ceci est vrai. On ne «aurait mieux dire.

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