ACTE Ilf, SCÈNR IIF. 6l
LAUZUN
Ali! c'est un jeu cruel que celui-là, Madame!
ARMANDE
Suis-je bien en Lucile?
LAUZUN
Et vous avez dans l'ame Quelque nouvel amour...
ARMANDE
Molière sûrement Blâmera ma toilette... Il veut absolument Le costume prescrit, mie tenue exacte; Mais nous l'apaiserons... Je joue au troisième acte, Et vous viendrez me voir... je l'espère du moins.
LAUZUN
Non.
ARMANDE
Non?
LAUZUN
Non. Je vous vois seule ici, sans témoins, Il suffit.
ARMANDE
C'est très bien.
LAUZUN
Moi, que j'aille au théâtre !
J'y compte cent rivaux dans la foule idolâtre. Et quelque soit Tespoir dont je (latte mon cœur, Je crains de rencontrer dans le nombre un vainqueur. S'il vous faut, en un mot, avouer ma faiblesse. Tout un public amant est chose qui mo blesse;
El je souffre d'ouïr ces éloges sans fin : Charmanicî que d'esprit ! quel regard doux et fin! Quel ravissant parler! quel jeu parfait! quelle ame!
AUMANDE.
Flalleur!
Ce n'est pas moi qui dis cela, Madame : C'est le public. Ohl moi! dans mes transports jaloux, Je me surprends formant cent desseins contre vous. Oui, je voudrais parfois m'unir à vos rivales, Au parterre, au foyer soulever des cabales, Et si vous en étiez à vos débuts, morbleu! Pour vous faire tomber je mettrais tout en jeu.
ARMANDE
Merci !
LAUZUN
C'est que j'enrage, en effet, quand je pense Que pour des fictions sur la scène on dépense Tant de si doux regards, tant d'élans amoureux. Qui, s'ils étaient pour moi, me rendraient trop heureux. Mais non, c'est ou Valère, ou Cléonte, ou Dorante...
AKMANDE,
Citez, citez encore... Oh ! j'en ai vingt ou trente !
Pour moi les fictions, mais vous, en vérité,
Vous donnez bravement dans la réalité,
Et qui vous aimerait d'un amour jaloux, Comte,
Serait à plaindre au moins... Je sais ce qu'on raconte..
Il suffit.
LAUZUN
J'ai peut-être, en effet, quelque temps,