ACTE ÏII, SCRIVt: III. Cy
Egaré loin de vous mes désirs inconslanls;
Mais c'était vous toujours (jue j'aimais : mon hommage,
Vous cherchant, s'arrêtait parfois h votre image
Oui, tout charme où mon cœur s'est attaché, c'était
Quelque chose de vous qu'une autre reflétait.
L'une me ravissait par sa voix : c'est la vôtre
Que je croyais entendre, Armande. Dans une autre
J'aimais un esprit fin... c'était vous. Celle-ci
Me charmait par sa grdce... Oh ! c'était vous aussi.
Celle-là me plaisait par son humeur rieuse...
C'était vous. Rencontrais-je une capricieuse ?
Pardon, mais c'était vous encor, car on sait bien
Que parfois vous boudez, méchante, pour un rien.
Et je reviens à vous chez qui brillent ensemble
Tous ces charmes divers qu'aucune autre n'assemble ;
Je reviens ; dans vos fers mon sort sera bien doux :
Je me croirai volage et n'aimerai que vous.
ARMANDE
Il n'est plus temps, la paix avec Molière est faite.
LAUZUN
Pour huit jours.
ARMANDE
Vous serez, Comte, un mauvais prophète.
Nous verrons.
ARMANDE
Nous verrons,
LAUZUN
D'abord, il est jaloux!..
ARMANDE
Jl cessera de l'être.
LAUZUN
El vous, Madame, vous, Vous cesserez aussi de plaire et d'élre belle... Cela n'est point aisé.
ARMANDE
Moi, je serai rebelle A tous galants propos, et déjà me voilà En bon commencement : est-ce bien ?
LAUZL'N.
C'est cela.
Je suis fort rudoyé ; mais un autre, sans doute. Sera moins malheureux, Madame. Je redoute Pour votre beau projet ce monde où vous vivez, Monde tout de plaisirs, plein d'écueils, vous savez. Qui vous voit là, Madame, en songeant à vos charmes, Soit époux, soil amant a cent sujets d'alarmes.
ARMANDE
Nous vivrons seuls.
LAUZLN. -^
C'est bien. Oh ! vous avez raison !
Au foyer conjugal bornant votre horizon, Vous vous consacrerez à ces soins terre à terre Qui remplissent les jours d'un couple solitaire. Là, si, pour vous troubler, parfois un souvenir, Trop cher, toujours chassé, s'obstine à revenir ; Si quelque amère regret dans votre exil surnage, Vite, vite songez au\ choses du ménage, Et contre eux évoquez, comme un épouvantai!, De votre intérieur tout le menu détail. Le monde autour de vous soudain change de face : Illusions, regrets, souvenirs, tout s'efface,