‹ Molière à ChambordChapitre 48 sur 48 · ACTE IV, SCÈNK IV. (^"i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNK IV. (^"i

Mais par mille chemins, d'une source inconnue

L'affreux poison découle et parloul s'insinue.

Moi seul, moi seul je sais de quel main il pari,

El je ne puis saisir celle main nulle pari.

C'esl Tartufe ! gardant toujours son caractère,

Tartufe ! enveloppé de fraude et de mystère.

Si devant lui les gens dénigrent mes écrits,

II calme leur transport, il modère leurs cris,

Et semble tout d'abord prendre en main ma défense.

11 me pardonnerait de grand cœur mon offense,

Tout le mépris amer que sur lui j'ai versé,

Si le ciel là dedans n'élait intéressé.

Il me plaint, moi, flétri par un hymen infâme.

Par un hymen qui fait de ma fille ma femme ;

Il me plaint, moi, damné pour ma profession.

Une école de vice et de corruption.

Il veut me voir rentrer au giron de l'Eglise,

Edifiant ainsi ceux que je scandalise,

Car il estime plus un pécheur converti

Qu'un saint qui ne s'est pas une fois démenti.

Il répand pour cela sa prière et ses larmes

Devant Dieu. Si la gloire avait pour moi des charmes.

Je devais attaquer mille petits travers.

Berner l'un pour sa prose et l'autre pour ses vers...

Mais toucher aux dévols !.. c'est toucher à Dieu-méme !

El la foule aussitôt de crier : anathéme !

Anathême à celui qui distilla son fiel

Sur ce Monsieur Tartufe, un saint tombé du ciel !

Et j'aurai sans retour empoisonné ma vie.

Ameuté contre moi l'ignorance et l'envie.

Sans en tirer jamais d'autre fruit que cela...

Et sans les corriger, car cette espèce-là.

Quelque rude que soit la leçon qu'on lui donne.

(jG MOLIÈRE A CHAMBORD.

Jamais ne se corrige et jamais ne pardonne ! Aussi, que d'ennemis h ma perle animés! Que de bruits odieux dans le public semés, De soupçons outrageants, de noires calomnies ! Je me suis vu traîner, vivant, aux Gémonies ; Et si je meurs demain leur^ligue éclatera Contre moi plus ardente, et peut-élre il faudra Jusques à la prière auprès d'elle descendre "^ Pour avoir une place où déposer ma cendre ! Vous serez sans pitié, tartufes, je le sais : Vous ne faites pas grâce à^qui vous a blessés !.. Oh! vous m'avez tué... déjà ma tombe s'ouvre... Mais à l'œil des mourants l'avenir se découvre... Tartufes ! je vous vois dans la postérité ; Mes vers vous ont donné leur immortalité. Oui, par raoi vous vivez chez les races futures. J'ai de traits si profonds marqué vos impostîires, Que tout fourbe dévot y porte votre nom, Et l'œuvre où je vous peins fait mon plus beau renom.

LE ROI, se tournant vers la cour.

Oui, qu'on le sache bien, Molière est un grand homme ; Et grand entre tous ceux que le ciel renomme, La gloire de la France et de l'esprit humain...

(A Molière).

Despréaux le disait hier. Voici ma main, Molière : devant tous marchez la tôte haute. Et qu'en vous on respecte un grand homme... et mon hA(e.

(Le rideau tombe).

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