LE CAVALIER, BRÉCOURT, PIERRETTE
(Pierreite, après avoir montré le cavalier à Brécourt, se sauve à droite, 3« plan.
Brécourt lient an bâton derrière lui et s’approcbe doucement sans que le cavalier l'observe. Après l’avoir examiné un instant, il se place à cbeval en face
de lui, â l’antre bout du panier.)
BRÉCOURT
Bon appétit ! mon camarade.
le cavalier, prenant une bouteille dans le panier.
Grand merci. A votre santé! (Brécourt lève son bâton que le cavalier pare avec un pistolet qu’il a tiré rapidement de sa ceinture.) Doucement , mon ami : j’ai faim, j’ai soif, je suis pressé; j’ai de l’argent, je récompense qui m’oblige, je tue qui me dérange !
BRÉCOURT, tirant sa rapière.
Tuez donc si vous pouvez , car je prétends fort vous déranger.
LE CAVALIER, jetant son pistolet.
Si vous prenez ces armes-là, à la bonne heure, (il tire aussi sa rapière et s’arrête. (A part.) M’est avis que je fais ici mal à propos le gentilhomme. Une querelle ne peut que me retarder.
BRÉCOURT
Eh bien ! monsieur, je suis à vos ordres. Est-ce que vous reculez déjà?
LE CAVALIER
Non pas ; mais nous couperons-nous la gorge pour si peu ? Vendez-moi votre part de ce déjeuner, car si j’avais un royaume je le donnerais à cette heure pour un morceau de pain.
BRÉCOURT
Monsieur, je ne suis point marchand vivandier, et no tiens point auberge en plein vent. Je suis fort marri de vous chagri-
ntT, mais il faut, s’il vous plaît, que vous receviez une petite leçon pour avoir touché sans ma permission à des choses cou 1 fiées à ma garde : choisissez de la rapière ou du bâton !
LE CAVALIER
Allons, vous l’exigez? j’en suis fâché pour vous, je vous jure. (ils croisent l’épée.)