ACTE I, SCÈNE XII
brave ; et ce caractère-là n’a rien qui vous doive surprendre... car vous-même...
LE CAVALIER
Eh bien! quoi? pourquoi me regardez-vous ainsi?
Parce que je veux mourir ou je voys connais.
LE cavalier, baissant la voix, mais d’an ton absolu.
Vous vous trompez, vous ne me connaissez pas.
Ce ton absolu, ce regard d’aigle, cette crinière de lion... oh ! pardonnez-moi, monsieur, je vous connais fort bien, et qui vous a vu une fois ne saurait vous oublier. (Haut.) Brécourt, je connais monsieur ; c’est un galant homme, un peu prompt... j’ai à lui parler : servez le déjeuner, mes enfants , et mettez un couvert de plus. Allons, Du parc.
( Les antres personnages s'occupent, vont, viennent, autour des apprêts du déjeuner.)
LE CAVALIER
Vous me reconnaissez, dites-vous? Eh bien, le mensonge me répugne, et même pour sauver ma vie et mes destinées, je ne saurais m’abaisser jusque-là. Voyons, que comptez vous faire ? (Il se retourne et regarde derrière lui.) Vous voilà trois hommes contre un ; mais vous devez savoir que, fussiez-vous dix, vous n’auriez pas bon marché do moi.
Fussions-nous vingt peut-être, je le sais. Ayez cependant assez bonne opinion de moi pour croire que je cède au respect bêaucoup plus qu’à la crainte ; croyez aussi, monsieur, que ce n’est point votre rang qui m’éblouit, mais que c’est au génie , à la vaillance, au malheur peut-être que je me sens porté à rendre hommage.
LE CAVALIER
Le malheur, oui ou non... qûi sait? Dieu est le maître ; vous,
monsieur, vous me paraissez être un homme de sens, gardezmoi le secret, et comptez que si je triomphe, vous en serez un jour grandement récompensé.
Monsieur, encore que le roi ne m’ait point donné charge de garder son royaume, je pourrais m’emparer de votre personne parla violence (Le cavalier sonrit.), ou parla trahison. (Le cavalier tressaille.) Quant à la violence, je ne puis me défendre d’un grand respect pour vous ; et quant à la trahison, regardez-moi et voyez si vous m’en croyez capable.
LE CAVALIER, le regardant.
Jamais homme 11e fut pourvu d’un plus mâle et plus honnête visage ! Je me fie à vous.
Et vous faites bien. (A ses camarades.) Allons, amis, à table ! à table ! (Au cavalier.) Ceci est une métaphore ; chacun fait comme il peut , et vous savez encore mieux que nous comment on vit en campagne.
BRÉCOURT, au cavalier.
Monsieur a donc gagné son procès?
Oui , mon ami , oui.
BRÉCOURT
Allons, puisque vous êtes ami de Molière, touchez là , je regretterais de vous avoir gâté.
(Us s’asseyent : les dames sur des coussins, les hommes sur des souches ou sur des pierres qu’ils ont disposées les viandes, fruits et bouteilles. Tout est à terre ; Coudé est assis sur le panier et Duparc devant le trône d’arbre.)
A table ! à table ! Monsieur est hommo de qualité ; je n’ai point l’honneur d’être son ami , mais j’ai eu celui de le voir à