‹ Molière; drama en cinq actesChapitre 36 sur 101 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Ah! voilà que vous devenez bourru.

MOLIÈRE, riant.

Non, je m’exerce à la scène de comédie que je vas jouer tout à l’heure.

PIERRETTE, riant.

v Tiens, c’est vrai ; c’est comme dans votre Mariage forcé , où Sganarelle ne veut point avoir l’âge que son compère prétend lui prouver. Mais vous n’êtes point si barbon que Sganarelle, et vous n’êtes point si fou que de songer comme lui au mariage.

Pourquoi donc n’y songerais-je point ?

PIERRETTE

Parce que vous y avez toujours été contraire.

Ce n’est point une raison.

PIERRETTE

Oh bien ! si vous vous ravisez, je ne connais qu’une femme pour vous, c’est mademoiselle Béjart.

Molière, vivement.

Es-tu folle? Armande!...

PIERRETTE

Oh ! que nenni, celle-ci est trop jeune et trop amoureuse d’clle-même; mais mademoiselle Béjart l’aînée, qui est un peu plus mûre et encore jolie femme, dà! c’est une personne, voyez-vous, qui a du cœur, du courage et de l’esprit, quasiment autant que vous.

Pauvre Magdeleine !

PIERRETTE

Eh bien ! monsieur, est-ce que vous ne l’aimez point?

Si fait, de tout mon cœur, autant que je l’estime ; mais je n’eus jamais pour elle qu’une honnête amitié.

PIERRETTE

Eh bien! monsieur Molière, quelle sorte d’amitié voulezvous donc avoir pour votre femme?

Tu as raison, Pierrette. (A part.) Cette fille-là a des mots d’un terrible bon sens. ( liant.) Mais de quoi diable viens-tu me parler? je ne veux point me marier.

PIERRETTE

Oh ! mariez-vous si bon vous semble ; moi, je respecterai et je servirai votre femme, quand elle serait le diable en cotillons.

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