ACTE III, SCÈNE VII
m’adresse ! Mais le hasard m’a fait conserver et retrouver ces jours-ci une certaine lettre que j’ai reçue autrefois à Versailles...
BARON
Vous vous souvenez , et vous ne voulez pas que j’oublie ! Oh ! vous ne croyez à rien ; vous n’estimez personne ; vous ne respectez aucune chose...
ARMANI) E.
Oh ! sans doute , je suis bien sacrilège de deviner que les hommes ne blâment et ne décrient que les femmes qu’ils convoitent.
BARON
Ah ! vous feriez douter d’elles-mèmes les consciences les plus fermes ; mais pour ne vous point confirmer dans de pareils soupçons, je sors d'ici pour n’y rentrer jamais... Adieu, Madame. (11 va pour sortir.)
A R M A N D E , sèchement .
Pardonnez-moi... Vous resterez, Baron.
Non , certes !
ARMANDE, riant.
Vous resterez, vous dis-je !
BARON, redescendant.
Vous le croyez ! vous pensez me retenir ici malgré moi, pour vous servir de risée, pour vous donner le plaisir d’avilir à votre gré un cœur honnête en le rendant parjure et traître à son meilleur ami, et en le flattant d’espérances que vous savez bien ne vouloir jamais favoriser.
ARMANDB.
Ah ! voilà donc enfin le grand mot lâché, Baron ! Si vous aviez de l’espérance, vous resteriez, apparemment, et trouveriez autant de belles paroles pour faire broncher ma vertu que vous en
avez maintenant au service de la vôtre 1 (Baron ontrc vent sortir; elle le retient.) Voyons , Baron , nous disons là des folies. Dieu merci, nos âmes valent mieux que nos discours, et nous sommes d’anciens amis qu’une plaisanterie ne doit point désunir. Je rends justice à vos bons sentiments ; connaissez mieux les miens. Je veux guérir Molière de sa jalousie ; je veux essayer de me soumettre à la rigidité de ses goûts et de ses habitudes ; je renonce aux amusements du monde quelque innocents qu’ils aient été pour moi ; je ne veux plus quitter mon mari d’un seul pas. Mais le pourrai-je, si personne ne m’aide et si chacun, autour de lui, me repousse et me fuit? Beaucoup de combats et de chagrins m’attendent donc ici , je le sais. Comment les surmonterai-je si je ne puis compter sur l’affection de personne? Comment supporterai-je l’ennui d’une retraite si mesquine, si je n’y retrouve au moins le jeune et riant compagnon de mes études ?
' BARON
Non , non , ne me parlez plus ; j’aime encore mieux votre haine que votre perfide amitié.
ARMANDE , à part.
C’est ce que nous verrons... (Haut.) Eh bien ! partez donc ; je partirai de mon côté. et pour toujours.
BARON
Vous voulez donc tuer Molière ?
ARMANDE
Et vous ne voulez donc point qu’il vive , puisque vous me mettez au défi de l’abandonner? (On entend du bruit à droite.) On vient par ici ; j’entends des voix que je connais , et qui m’annoncent des tempêtes. Je les affronterai avec courage ou j’abandonnerai la partie, selon que vous me délaisserez ou me soutiendrez....
BARON
Mais dans ces orages domestiques , je ne puis rien faire ; je ne dois rien dire, moi ; je ne dois même point assister...