ARMANDE, DÜPARC, MAGDELEINE, BARON, BRÉCOURT
ARMANDE, allant an-devant d’enx arec aisance et présentant son front - à sa sœur, qui l’embrasse.
Bonjour, ma sœur, bonjour, mes bons amis. Molière n’est point avec vous?
MAGDELEINE
Molière n’est pas encore levé.
ARMANDE
Est-il malade? Je vais...
duparc , brusquement, se mettant contre la porte.
N’y allez point, c’est inutile ; il ne vous recevra pas. ARMANDE , avec hauteur.
Il vous a chargé de me le dire ?
DÜPARC.
Je m’en charge tout seul.
MAGDELEINE
Duparc, je vous en prie, laissez-nous parler.
(Elle mène Armande s'asseoir h droite.)
DUPARC
Non, non, point tant de façons; je lui dirai son fait, moi. Comment, pcrronnelle que vous êtes, vous avez le front de venir ici, dans un carrosse de Chantilly, aux armes de Condé !
BARON, agité.
Monsieur Duparc !
DUPARC
Je ne te parle point; je parle à madame Molière, et je lui dis
BRÉCOURT
Tu ne diras plus rien, ou nous aurons affaire ensemble. Armande, écoutez-moi. Je ne sais ce que signifie ce voyage à Chantilly ; mais à la vue du carrosse entrant dans la cour, Molière s’est senti si malade, que nous en avons été effrayés; il nous a repoussés dans un premier transport, et s’est enfermé * dans sa chambre sans vouloir s'expliquer*.
MAGDELEINE
Que ceci ne vous rebute point, Armande; vous savez que la réflexion l’apaise toujours. Il écoutera, je n’en doute pas, les bonnes raisons que vous aurez à lui donner pour expliquer votreabsence et déjouer les mauvais propos.
armande, regardant Baron , qui reste immobile.
Je n’ai rien à dire ^contre des calomnies trop basses pour m’atteindre, et que Molière, pour son honneur autant que pour le mien, devrait avoir appris depuis longtemps à mépriser.
BRÉCÔURT.
Ma chère amie, j’ai le droit de vous parler comme un vieux compagnon qui a chéri votre enfance ; ne soyez pas si fière : il n’y a point d’abaissement à ployer sous la main de qui nous aime. Si vous êtes irréprochable comme j’en suis assuré , justifiez-vous, et vous serez entendue ; si vous avez quelque léger tort, aimez et vous serez pardonnée. (il lui baise la main.)
armande.
Brécourt, vous êtes un homme de bon sens ; c’est pourquoi je vous dis que si vous étiez en ma place, vous n’auriez point la patience que vous me conseillez. Mon sort est cruel, et je ne l’ai point mérité : Molière a le malheur de son âge