‹ Molière; drama en cinq actesChapitre 95 sur 101 · ARMANDE, MOLIÈRE · texte numérisé non relu

ARMANDE, MOLIÈRE

Qu’est-ce donc, Armande, pleurez-vous?

ARMANDE, assise.

Je souffre, mon ami.

Quoi, à propos de cette requête du sieur Montfleury? vous ne pouvez point mépriser cette infamie dont votre sœur ni moi ne prenons nul souci.

Libre à ma sœur d’avoir ce courage-là , mais de telles calomnies rejaillissent sur moi et me font une situation odieuse.

Et , comme toujours , vous vous en prenez à moi de ce que j’ai des ennemis méprisables !...

armande, se levant.

Quoi, mon ami, toujours des reproches!... -

Des reproches ! non ; si vous l’entendez comme plaintes de

la jalousie , vous vous trompez... Armande, ces plaintes-là , je les ai si bien refoulées dans mon cœur qu’elles y sont mortes.

ARMANDE

Ainsi , vous ne m’aimez plus ?

Je no t’aime plus , Armande ! je te reprends , je te gronde, c’est que je t’aime toujours comme ma fille.

ARMANDE

Comme votre fille?

MOLIÈRE, troublé.

Ma fille!... ah !■ les infâmes? Ils prétendent souiller ce doux nom que j’avais l’habitude de te donner! Vouloir m’empoisonner cela, un sentiment si pur, si religieux, et qui a toujours été le refuge de mon propre cœur dans les orages qui l’ont bouleversé ! ( Il tombe dans son fauteuil.)

ARMANDE

Ne pensez plus à cela, Molière; je l’aimerai toujours, ce nom de votre fille que vous me donnez ,' et c’est pourquoi je suis jalouse d’entendre M. Baron vous appeler aussi son père.

Jalouse... vous, jalouse de mes affections, et depuis quand?

ARMANDE

Depuis que vous en honorez M. Baron qui en est indigne.

Armande, je t’en supplie, ne trouble pas mon âme par un caprice; si Baron est ingrat, ne me le dis pas! ne me le dis pas....

ARMANDE

Vous me fermez la bouche, Molière , je souffrirai en silence ; ah! vous êtes bien changé pour moi , puisque vous êtes aveugle à ce point sur ce qui me concerne.

(Elle a tiré son écrin, l’a ouvert et a pris une lettre qu’elle affecte de froisser.)

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