ACTE IV, SCÈNE XI. M
MOLIÈRE, éuiO.
Quel papier tenez-vous là? voyons, parlez ! donnez-le moi !
Non! vous en souffrirez trop, vous aimez tant M. Baron! !
M. Baron... toujours M. Baron... dites-donc ce que vous vou lez dire.
ARMANDE
Molière, c’est une affaire fort délicate... M. Baron me poursuit de son amour... Je trouve révoltante cette trahison envers vous, et n’en puis être plus longtemps complice par mon silence ; je vous prie donc de l’éconduire sans lui en dire le motif... promettez-le-moi.
Tout ceci me met en méfiance ; je ne vous ferai point cette promesse , que vous ne m’ayez donné la preuve de ce que vous avancez.
ARMANDE
Cela m’est bien facile ! mais c’est un échange ! ma preuve contre votre parole de n’en souffler mot à Baron.
Je vous promets de ne lui point parler de cette preuve ; c’est à moi de la juger.
ARMANDE
Molière n’a jamais donné sa parole en vain.
MOLIÈRE, avec impatience.
Vous le savez ; mais le papier, donnez-moi le papier !...
ARMANDE, taésitanl.
Mais, Molière...
m MOLIÈRE.
Donnez donc, je le veux. (Armande lai donne la lettre en tremblant. — Molière , lisant avec nne tranquillité étrange.) Oui, c’est bien l’écriture de Baron !! « Armande, vous n’aimez point, vous n’ai- « merez jamais Molière, n’est-ce pas? il ne vous aime pas « non plus, lui, c’est impossible ; il est trop grave pour vous ! « vous êtes trop jeune pour lui... la jeunesse, l’amour...» (il lit des yeax.) Oui, une déclaration, des lieux communs... (Fermant la lettre dans sa main.) C’est une lettre d’amour comme toutes les autres.
ARMANDE, avec inquiétude.
Eh bien, Molière!...
MOLIÈRE, se levant avec un calme affecté.
Je ne suis plus jaloux y je vous l’ai dit, Armande; mais je chasserai Baron : sa conduite est déloyale.