ACTE I, SCÈNE XII
la cour, où j'étais, par hérédité de fonctions, attaché à la personne de Sa Majesté Louis XIII. (Tout le monde mange.)
(Pendant le commencement de la conversation Pierrette a passé la salade à toni le monde et garde le saladier; elle vient s'asseoir k terre près de Duparc ; elle a nne grande tartine de pain et mange à même le saladier.
LE CAVALIER, tressaillant.
Du feu roi î
Je l'ai suivi à Narbonne, et j'ai vu Richelieu, voyageant sur son lit de mort , porter au bourreau les têtes de Cinq Mars et de Thou : c'était cruel , mais c'était grand comme la tragédie antique. Ce que nous voyons aujourd'hui n'est plus que de la comédie.
LE CAVALIER
Ah! vous trouvez?
RRÉCOURT.
Nous sommes là-dessus de l'avis de tout le monde.
DUPARC
Ce n'est même point de la bonne comédie, car c'est ridicule sans être divertissant.
LE CAVALIER
Et le Mazarin n'est point un Richelieu, à votre avis?
Je ne sais point quel est le vôtre , mais je li'ai point coutume de celer le mien : le Mazarin.,.
RRÉCOURT.
Le Mazarin est tout ce qu'il vous plaira ; je suis pour lui à cette heure que Turenne est pour lui.
LE CAVALIER
Ah ! vous êtes pour Turenne, vous?
BRÉCOURT
Pardieu oui , monsieur, car j'ai servi sous ses ordres, et il ne ferait point bon me venir dire qu'il n'est pas le plus grand homme de ce temps-ci.
MO L I È B B , toyant l'agiuUoB da caTalier.
Monsieur pense de même, car il est attaché à son service.
LB CAYALIBR, surfis.
Moi?...
Mais oui ! ne m'avez-vous point dit que vous étiez diargé d*une mission importante, et que vous vous rendiez auprès de lui? ,
LB CAVÀLiBa, souriant
Oui , oui , vous avez raison, c*est conune cela; c'est ce qui me doit excuser auprès de monsieur (Montrant Brécourt.) d'avoir fait main-basse sur les apprêts de ce repas champêtre... Puisque vous avez porté le hamois de guerre, mon brave, vous savez bien que faim et soif sont deux grandes diablesses qui ne parlementent point volontiers.
BRÉCOURT, allant an cavalier.
Eh bien ! oui , je l'avoue, on agissait souvent comme vous ;
on twiitait son propre pays en province conquise : tant pis pour
le pauvre paysan, tant pis pour le pauvre voyageur.
(U retourne à sa pUce.)
DUPARG.
Aussi s'est-il tsài comédien par dégoût du métier de pillard , et à seules fins de redevenir bon citoyen.
MOLIÈRE, riant.
Monsieur verra plus tard si , pour expier ses péchés, il lui convient de prendre le même parti que toi.
. BRÉCOURT, levant son verre.
En attendant , je lui porte la santé du grand Turenne I
LE CAVALIER
Volontiers, et celle du roi avec, si bon vous semble.
( Brécourt, Molière et le cavalier trinquent.)