ACTE I, SCÈNE XIII
m'accoutumer à vous autres, et que je vas bien m'ennuyer de n'avoir plus personne à qui parler.
Eh ! elle est gentille, cette petite : elle n'a point la mine d'une sotte.
PIERRETTE
Oh ! si fait, monsieur, pour sotte, je le suis, car on me le dit sans cesse, et personne ne me veut tenir compagnie ; mais je suis de bon cœur, allez, et si vous me vouliez emmener pour engraisser vos poules, garder vos oies, traire vus vadies...
Je le voudrais bien, mais le malheur est que je n'ai aucune de ces bêtes-là. Voyons, ne saurais-tu soigner et aider les personnes ?
PIERRETTE
Voire, j'apprendrai.
Mesdemoiselles, vous n'avez point de fille de chambre , et vous en cherchez une ; est-ce que celle-là ne vous réjouirait point par sa bonne humeur ?
MÀGDELEINfi.
Si fait. Comment t'appelles-tu, mon enfant ?
PIERRETTE
Pierrette Laforest, toute prête à vous suivre, mam'selle.
MAGDELEINE
N'as-tu point de parents qui s'y opposeraieat ?
PIERRETTE
Je n'ai jamais eu ni père ni mère, ni oncles ni tantes ; je suis un enfant du bon Dieu ; j'ai été trouvée au mitant d'im bois, et c'est pour ça qu*on m'a donné le ncrni de Laforest. .
Elle a de Tesprit §ans le savoir I prenez-la, mesdames. Que veux-tu gagner?
PIERRETTE
Ma fine, il me faudrait bien une bonne livre de pain par chaque jour de Tannée.
MAGDELEINE
Cela va sans«dire. Et tes gages ?
, PIERRETTE
Oh I je n'entends rien à ces affaires-là ; vous me baillerez ce qui vous plaira.
Eh lûen ! ta confiance prouve que tu es de bon cœur ; viens avec nous, et tu n'en repentiras point.
PIERRETTE
Oh 1 ma fine, tout de suite. Je vas rendre le compte de mes
oies, et remercier les gens de la ferme.
(Elle sort en saatant, ««' plan.)
Vous, mes aipis, laissez-moi seul un instant avec notre hôte, car le voici prêt à partir.
( Tous sortent, excepté Molière, par la droite, 2^ plan.)