ACTE I, SCÈNE XIV
Non, prince, je Taime, cette condition : j'y veux vivre et mourir.
LE CAVALIER
Eh bien 1 vous êtes, j'imagine, acteur sérieux et tragique; ces temps agités passeront. On pourrait vous faire engager à THÔtel de Bourgogne.
Je n'ai pas tant d'ambition,
LE CAVALIER
Ou vous en avez une plus haute... parlez...
Que monsieur le Prince me le pardonne, mais je n'aime que les vers du grand Corneille, et ne me sens point assez grand pour les dire.
LE CAVALIER
C'est de la modestie?...
Nullement ; j'ai l'humeur enjouée et non point héroïque.
LE CAVALIER
Vous préférez la comédie?...
Oui , mais je ne m'amuse qu'à celles que je fais moi-même,
LE CAVALIER
Ah ! VOUS êtes auteur?...
Point 1 Je n'écris que des canevas sur lesquels mes cam^^ rades et moi brodons à l'impromptu des dialogues libres à la manière des Italiens.
LE CAVALIER
Ce genre réclame beaucoup d'esprit.
Il y faut du naturel, et Tobservation des caractères humains ; cet exercice me plaît et m'instruit, ce me semble, plus que tous les livres.
LB CAVALIER
Eh bien, ce divertissement platt aux personnes instruites comme au peuple, et si je venais à rentrer dans mes biens...
Ne me promettez rien, monseigneur, car il vous faudrait, pour me contenter, engager toute ma troupe, dont vous n'avez vu ici qu'une partie. Tous les sujets ne sont point bons ; cependant je ne les abandonnerais pour rien au monde, ces pauvres gens qui comptent sur moi pour résister à- la rigueur du sort. Nous n'aurions, pour le moment, qu'une grâce à vous demander.
LE CAVALIER
Dites donc vite, car je suis pressé de vous l'accorder.
MOLIÈRE, souriant
Et de partir. Eh bien ! prince, ce serait de vous soumettre au roi pour finir la guerre civile, laquelle nous dérange et nous fait beaucoup de tort, en nous chassant de province en province, à travers beaucoup de périls et de misères ; si vous pouvez nous accorder cela, je vous tiens quitte de tout le reste.
LE CAVALIER, riaiit.
On y fera son possible, monsieur Molière ; priez pour que le roi nous y aide un peu. En attendant, veuillez agréer ce petit présent en souvenir du bon accueil que vous m'avez fait.
( Il veal lui donner une bagne.)
Oh ! pour ce qui est de cela, prince, je n'en ferai rien ; nous ne sommes point ici dans des circonstances ordinaires, et je vous dirai la vérité comme il convient à un honnête honmie de la dire, à un grand homme de l'entendre : « Prince, vous tra-