MOLIÈRE, ARMANDE
MOLIÈRE, se levant d'an air accablé et allant à Armande.
Je VOUS le disais bien, Armande, que vous ne preniez nul souci de ma pauvre comédie,
66 MOLIÈKE.
ÀRllANbÈ.
Je sais pourtant qu'elle a grandement réussi.
Comment le sauriez-vous? vous n'y étiez point.
AftMANDB.
Ne savais-je point qu'elle est bonne, et croyez-vous qiié je m'y connaisse si peu que de douter de la fortune de vos ouvrages?
Je donnerais volontiers ce complinient pour un regard d'intérêt; vous le savez, Armande, ce n'est point pour le public, pour tout le monde que j'écris et que je joue la comédie. Que m'importe l'opinion de cette cour, de ces muguets qui viennent coqueter autour de vous, à mes côtés, sur le théâtre; que m'importe l'opinion de ces faquins enrubannés, qui me détestent, que je méprise et qui m'honorent malgré moi de leur humiliante protection, pour plaire au maître 1 et tenez, je le dis à vous seule, Armande , il est des instants où je âtiis indifférent même à l'opinion du roi ; je ne puis m'expliquér cet état de mon âme, je ne sais ce qu'il me faudrait pour la ranimer quand je suis en scène, mais les éloges, les applaudissements de cette foule dorée, la laissent calme et triste; oui , Armande, oui , je • donnerais volontiers tous vos beaux compliments de coulisses et toute cette gloire qu'on m'envie, pour un regard d'intérêt quand je suis en scène. C'est là que j'aurais besoin de sentir un cœur qui envoyât un peu de chaleur au mienl...
ARMANDE , se levant.
Ne savez-vous point que j'étais retenue ici par la présence de M. le Prince?
Oui, ou par les fadeurs de quelque officier du palais, ou bien