ACTE it, sfcÈîïk XIII. è
par les enfantillages de Baron, que sais-je? vous ne vous plaisez qu'à des riens, et vous avez toujours quinze ans.
ARMANDE
Non, mon ami, j'en ai vingt-cinq et je m'en aperçois, car je raisonne, je réfléchis ei je comprends.
Eh bien ! moi qui n*ai plus vingt^cinq ans, je ne donne point encore à ces ifiroides combinaisons de l'esprit le temps que je puis dérober aux affaires ; c'est mon coeur qui me mène dans ces itioments-ià, él je sens alors que je vis, que j'aime et que je souffre.
ARMANDE, caressaûte.
Qui donc aimez-vous, Molière?
MOLIÈRE, avechumear.
Oh ! ce n'est point VOUS.
ARMANDE, piqaée.
Je sais que j'ai trop peu de mérite pour cela, et que vous chérissez ma sœur plus que moi,
Oui, certes ; elle vaut mieux que voiis; votre sœur.
ArïIandè, inèmejen.
Alors, pourquoi donc ne l'épousez-vous point f depuis qu'elle sèche sur pied à vous attendre, elle a eu le temps de reverdir.
Que me dites-vous là ? vous êtes une niéchàntè langue ; ni votre sœur, ni moi, n'avons jamais songé à nous iharifer.
ARMANDE
Quant à elle, cela lui plait à dire ; quant à vous, il est possible que vous ayez le mariage en horreur.
Oh! je l'ai certainement, surtout depuis que je vous connais.
ARMANDE
Alors, Moli^, de quel droit me souhaitez-vous si attentive et si aimante auprès de vous ?
MOLIÈRE , étonné.
Je ne vous entends point. Ne vous regardé-je pas comme ma fille? ne dëvriez-vous pas m'aimer comme votre père? et l'amitié que j'exigerais de vous peut-elle blesser les bienséances?
ARMANDE, aT«c faasse modestie.
Mais, oui, si je m'y laissais emporter sans prudence et sans
retenue. ^
MOLIÈRE, entre l'émotion, et la méfianee.
Vous ''moquez-vous, Armande ? et voulez-vous faire la prude avec un l.omme qui se rend trop de justice pour donner lieu à vos niiVances?
ARMANDE, avec aplomb.
Si vous appelez pruderie la vertu, alors, Molière, il ne me reste plus qu'à vous quitter pour toujours.
MOLIERE, avec dooleor.
Me quitter 1 et pourquoi donc, mon I>ieu? Quel est ce caprice? Ah l elle me rendra fou.
ARMANDE
Ce n'est point un caprice, et je pense ètfe plus sage que vous, monsieur Molière, en vous disant que je considère le mariage comme le but des âmes honnêtes, et le seul vrai moyen d'être aimée. Ici on me flatte d'un côté, on me sermonne de l'autre. Je ne profite ni de l'amour qu'on me témoigne, ni des remontrances que l'on me fait, puisque je résiste à la séduction et ne mérite point le blâme ; je .me veux donc marier, vous dis-je : il faut que vous le sachiez et ma sœur aussi.