ACTE III, SCÈNE VIII
DUPARG.
Molière n'est pas tellement plus vieux que vous , que vous deviez mépriser tant sa caducité ; vous avez bien au moins la trentaine, ma mie, et ce n'est plus Tâge de faire Téventée.
MAGDELEINE, à Armande.
N'écoutez pas ce bourru, qui vous aime au fond, et ne songez qu'à Molière. Il est bien malade et bien malheureux, croyez-moi.
ARMANDE
Je m'en afflige profondément. Mais pourquoi veut-on que je m'en accuse ? Quoi ! ce n'est point assez de cette amertume sans y ajouter une honte que je ne mérite point !
MAGDELEINE
Eh ! qui vous parle de honte, ma chère Armande? Je sais bien, moi, que votre conduite fut toujours pure ; mais ce n'est point dans le monde, c'est dans le sein de votre famille que votre vertu devrait chercher son éclat véritable. Vous menez un train de dissipation qui n'est point coupable par lui-même, mais qui le devient dès qu'il coûte lé repos , le bonheur et la vie à un époux. .
ARMANDE , se levant.
Mais pourquoi s'alarme-t-il à ce point?
BRÉCOURT
Ah ! ma pauvre Armande, c'est que vous ne répondez point à la passion qu'il a pour vous.
ARMANDE
Vous voulez que je sois passionnée pour lui, quand je ne l'ai encore été pour personne ! Si telle était mon humeur, eussé-je épousé Molière? Ne se peut-il contenter d'une amitié tranquille, la seule que je puisse avoir pour un mari (Elle regarde Baron, qai se détourne; puis elle ajoate avec dépit.) et pour un homme , quel qu'il soit?
MAGDELElNE, 86 leiant et atterrée.
Oh ! mon Dieu, vous ne pouvez pas aimer Molière 1 un cœur comme le sien n'a pas réchauffé le vôtre 1 Vous ne voyez en lui qu'un mari quelconque, un homme pareil aux autres hommes! Malheureuse femme 1 si la postérité te juge, elle te condamnera, quelque aimable et sage que tu puisses être d'ailleurs. Elle dira que la femme de Molière n'a point aimé Molière , et ce sera un crime aussi grand à ses yeux que si tu l'avais trahi. Voilà ce que tu n'as pas cx)mpris, ma pauvre sœur. Toi, si avide de gloire, tu as cru que son nom suffirait à te rendre illustre , mais tu n'as point vu qu'il t'imposait la tâche de le rendre heureux. -
D u P A R C , allant à Magdeleine.
C'est bien, cela !
ARMANDB, ayec dépit.
Je trouve votre blâme fort déplacé , ma sœur ; je pourrais vous répondre que votre présence assidue et vos empressements autour de mon mari rendent les miens inutiles et découragent mes bonnes intentions.
MAGDELEINE, avec sorprise.
Je ne vous entends point.
ARMANDE
Vous m'entendez trop, car vous rougissez 1 Regardez au fond de votre cœur, Magdeleine Béjart, et vous verrez s'il n'y a pas plus d'une manière d'être coupable. Il se peut bien que je sois criminelle de ne point assez aimer Molière ; mais il se peut aussi que vous le soyez davantage de Taimer plus que ne fait sa propre femme.
MAGDELEINE, avec doulear.
Oh ! dureté profonde, cœur amer l C'en est trop, Armaude... Armandc, je n'ai pas la force de vous répondre... Je vois bien