‹ Molière: drame en quatre actesChapitre 78 sur 104 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

que vous voulez me chasser d'ici ; j'obéirai. Mais, au nom du ciel, remplacez bien auprès de Molière les amis que vous lui faites perdre ; rendez-le heureux, aimez-le ; je vous le demanderais à genoux, si je vous savais capable de m'écouter. (Elle veat sortir. Doparc s'adresse avec animation k Armande.)

C'en est trop , et j'éclate à la fin ; il faut que vous n'ayez point de honte de vouloir imputer des torts à qui vaut mille fois mieux que vous, à votre sœur, qui s'est sacrifiée pour vous. Oh ! nous le savons tous, encore qu'elle ne l'ait jamais dit. Vous qui le savez mieux que personne, vous lui en faites un reproche. Vous prétendez être vertueuse, vous ! Vous profanez un mot qui ne vous convient point ; vous ne livrez pas votre cœur, vous n'en avez pas ; mais vous prostituez votre froid visage à toutes les œillades impertinentes, votre oreille banale à tous les sots. propos, vos heures fainéantes à toutes les promenades et parades où se complaît la vanité des coquettes; oui, je vous le dis, vous êtes une coquette, et c'est ce qu'il y a de plus froid, de plus lâche et de plus méchant dans le monde. (II va s'asseoir à gaaclie. Armande fait un pas pour s'en aller. Baron fait un monvement. Il rencontre les yeax triomphants d'Armande, qni est restée comme impassible aux reproches de Qaparc. Baron effrayé se recale. Armande, perd son sang-froid, et laisse voir sa rage et sa donlear.)

ARMANDE, les regardant tons.

Je méprise les injures; mais puisque j'y suis exposée dans ma propre maison sans qiie Molière veuille m' accueillir comme sa femme et me protéger cemme il le doit, je cède la place à ceux qui veulent la prendre. (D'an ton impérieax et repoussant Brécourt et Magdeleineqai veulent la retenir.) Restez, restez VOUS autres, car je vous abandonne Molière, et c'est pour toujours. Ah ! c'est bien moi qui puis dire comme un de ses personnages : Ma maison m'est effroyable , et je n'y rentre point sans y trouver le désespoir !

(Elle sort en cachant sa figure dans ses mains. Magdeleine tombe pâmée. Baron' retombe la tête sar la table dans ses deux inains.)

Page 1