BARON, ARMANDE
A R M A N D E , entrant. Premier pla n.
Eh! bien , rentrons-nous, à la fin?
BARON
Mais, madame, c'est Molière qui vous attend.
ARMANDE
Que ne venait-il dans ma loge ?
BARON
' Oui , pour y trouver M. de Visé, Thomme qui lui déplaît à plus juste titre!
ARMANDE
Il y eût trouvé deux marquis et un conseiller au parlement.
BARON
Il est bien malade , ce soir, madame , et il ne faut peut-être pas faire sonner si haut à ses oreilles les noms et les titres de vos brillantes relations; vous savez qu'il n'aime point à souper avec ces gens de qualité qu'il n'invite point lui-même.
Les hommes de 'qualité ne sont point si pressés de souper avec des comédiens; je ne les ai point invités, sachant, mon cher, que vous étiez des nôtres, ce soir.
BARON, tranquillement.
Oh ! vous avez fort bien fait.
ARMANDE
J'admire le ton doctoral de monsieur Baron qui soupe avec des marquises , on dit même avec des duchesses.
BARON
Quand Molière est malade , je ne soupe point , je ne le quitte pas, et n'amène point chez lui des gens faits pour l'importuner, préférant de beaucoup son contentement à mon plaisir, et sa société à toute autre.
ARMANDE
Baron , avez-vous résolu de me pousser à bout ! Songez-y bien , je ne pardonnerai cette morale qu'à votre jalousie ; est-ce encore de la jalousie comme autrefois?...
BARON
Non , Madame , mon coBur est aussi tranquille auprès de vous, que ma conscience auprès de mon bienfaiteur; je n'ai plus pour vous que le sentiment du profond respect que je dois à la femme de Molière...
ARMANDE
Ah î c'est donc vrai que vous aimez ailleurs!...
BARON
Pourquoi non , madame ? . . .
ARMANDE
Je vous en félicite, monsieur Baron ! (A part) Oh ! je me vengerai...