‹ Molière et BossuetChapitre 3 sur 6 · DORINE · texte numérisé non relu

DORINE

Il passe pour un Saint dans votre fantaisie,

Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.

A lui, non plus qu'à son Laurent,

Je ne me fierais, moi, que sur un bon garant.

Deuxième avertissement. La servante raconte l'ordinaire de l'hôte d'Orgon, et montre ce goinfre, cet égoïste :

.... Contre tous les maux fortifiant son àmc, Pour réparer le sang qu'avait perdu madame, Bavant à déjeuner quatre grands coups de vin.

Troisième avertissement :

CLÉANTE

Hé quoi! vous ne ferez nulle distinction Entre l'hypocrisie et la dévotion"?

Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré, Et le savoir chez moi n'est pas tout retiré. Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science, Du faux avec le vrai faire la différence .

Quatrième avertissement : « Quelles sont les pratiques de la fausse dévotion et celles de la vraie dévotion? Là, deux tableaux qui seront mis tout à l'heure en pleine lumière (1).

(I) Voir Chap. VII, p. 136.

Cinquième avertissement :

CLÉANTE

Votre homme (Tarfirffe), à dire vrai, n'est pas de ce modèle (Du modèle des vrais dévots.)

On est surabondamment édifié. . . et encore je néglige bien d'autres. . . avis au public.

Avant la lecture ou la représentation il était permis de craindre ; l'oeuvre une fois connue, jouée, toute inquiétude devait disparaître, et s'il restait quelque doute sur les intentions de l'auteur la Préface le dissipait.

Pourquoi donc, après tant de temps écoulé — plus de vingt ans — , Bourdaloue accuse-t-il Molière de jeter artificieusement la confusion dans les esprits ?

C'est un procès de tendance.

« Gomme la fausse piété et la vraie ont je ne sais combien d'actions qui leur sont communes ; comme les dehors de l'une et de l'autre sont presque tout semblables, il est non-seulement aisé, mais d'une suite presque nécessaire, que la même raillerie qui attaque l'une intéresse l'autre, et que les traits dont on peint celle-ci défigurent celle-là, à moins qu'on n'y apporte toutes les pré-

cautions d'une charité prudente, exacte, et bien intentionnée, ce que le libertinage n'est pas en position de faire. Et voila, chrétiens, ce qui est arrivé, lorsque des esprits profanes, et bien éloignés de vouloir entrer dans les intérêts de Dieu, ont entrepris de censurer l'hypocrisie, non point pour en réformer l'abus, ce qui n'est point de leur ressort, mais pour faire une espèce de diversion dont le libertinage pût profiter, en concevant et faisant concevoir d'injustes soupçons de la vraie piété par de malignes représentations de la fausse. Voilà ce qu'ils ont prétendu, exposant sur le théâtre et à la risée publique un hypocrite imaginaire, ou même, si vous voulez, un hypocrite réel, et tournant dans sa personne les choses les plus saintes en ridicule, la erainte des jugements de Dieu, l'horreur du péché, les pratiques les plus louables en elles-mêmes et les plus chrétiennes. Voilà ce qu'ils ont affecté, mettant dans la bouche de cet hypocrite des maximes de religion faiblement soutenues, au même temps qu'ils les supposaient fortement attaquées; lui faisant blâmer les scandales du siècle d'une manière extravagante ; le représentant consciencieux jusqu'à la délicatesse et au scrupule sur des points moins importants, où toutefois il le faut être, pendant qu'il se portait d'ailleurs aux crimes les plus

énormes ; le montrant sous un visage de pénitent, qui ne servait qu'à couvrir ses infamies (1). »

M. Veuillot admire le jugement de Bourdaloue. Ce jugement est discutable et révisable en toutes ses parties, dans chaque considérant, car il admet la mauvaise foi, sans la prouver.

Voilà le cas de rappeler que pour les vrais dévots :

L'apparence du mal a chez eux peu d'appui, Et leur âme est portée à juger bien d'autrui.

Oui, sauf le passage qui vise les maximes de religion faiblement soutenues — vous voyez que c'était bien comme continuateur de Pascal qu'on poursuivait Molière , — toutes les articulations manquent de fondement.

C'est à cause de cette absence totale de preuves a l'appui de la sentence qu'on a pu insinuer et écrire que « Bourdaloue, occupé des saints travaux d'un ministère dans lequel il eut souvent l'éloquence deDémosthène, s'en était rapporté sur la comédie de Molière aux cris et aux déclamations d'une cabale oui l'avait rempli de son zèle amer. » (2)

Dominicales. ~e dimanche après la Pentecôte, sur l'J/y- . lie, I. VI.

L'hypothèse nous semble inadmissible (1).

Bornons-nous à regretter que le sévère Bourdaloue n'ait pas examiné moins superficiellement Y œuvre et la défense avant de juger et de tonner.

Un prédicateur ne doit pas se contenter de « frapper comme un sourd », il doit frapper juste et justement.

(1) Un prêtre, M. l'abbé A. Hun;], dans son livre : Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV, en a fait une autre que nous n'eussions jamais risquée : Bourdaloue — dit-il — se trouvait presque forcé à cette sortie par la condamnation publique pro- - dans des termes presque identiques par l'archevêque de Paris, Ilarlay de Champvallon, lequel pouvait craindre d'être reconnu dans le personnage que le poète remettait alors en sous le nom de l'Imposteur.

Nous, laïque, nous ne supposons pas qu'un prêtre — Bourdaloue! — consenti' à servir dans la chaire un intérêt privé, et d'ailleurs M. l'abbé Hurel commet une erreur qui détruit son allégation : Le mandement d'interdiction est de l'archevêque Hardouin.

si je me sauve, je devrai mon salut au Tartuffe. La dévotion est si raisonnable dans la bouche de Cléante qu'elle me fait renoncer à toute ma philosophie. Sain't-Ëvremond.

Celuy qui a pénétré la Cour connaît ce que c'est que vertu et ce que c'est nue dévotion ; il ne peut plus s'y tromper. La Bruyère. De la moite.

Bourdaloue aimait Boileau, lisait ses vers et les appréciait (1).

(1) « Je fis de ses sermons mes plus chères délices ; Mais lui, de son côté, li.-ant mes vains caprices (!) Des censeurs de Trévoux n'eut point pour moi les yeux. Ma franchise surtout gagna sa bienveillance :

J'ai idée que le prédicateur a dû trouver fort sensés les conseils donnés par l'auteur de Y Art Poétique, et dont, même dans la chaire, il pouvait faire son profit :

Ne faites point parler vos acteurs au hasard,

Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.

Etudiez la cour et connaissez la ville.

Oui, une des règles de l'art oratoire comme de l'art dramatique est d'approprier le ton et les sentiments avec le milieu , le temps et les caractères.

Son ardeur de chrétien a empêché M. Veuillot de se souvenir do ces règles de la logique. Certes, il se garderait bien de vouloir que Bourdaloue parlât dans la chaire comme un personnage de comédie; mais pourquoi s'étonner que Molière n'ait point mis dans la bouche de Cléante le langage d'un théologien et d'un confesseur?

Tout le chapitre des dévots de cœur tend à démontrer que Bourdaloue est plus orthodoxe que

Enfin, après Arnauld, ce fut l'illustre en France Que j'admirai le pins, et qui m'aima le mieux. »

Les relations de Bourdaloue et de Boiieau sont piquantes. Le prédicateur et l'écrivain se disputaient sans cesse; Bourdaloue étant « d'une grande vivacité d'humeur », et Boiieau non moins vif, et, de plus, grondeur. (Voir sur ce sujet l'étude de M. Anatole Feugèr-e sur Bourdaloue, p. 27 à 30.)

Molière. — Belle trouvaille! — Eh quoi? les spectateurs du Petit-Bourbon, du Marais et du Palais- Royal auraient-ils toléré le prêche ? Je n'ignore pas que La Bruyère nous révèle qu'au dix-septième siècle « le discours chrétien était devenu un spectacle, une sorte d'amusement entre mille autres, un jeu où il y a de l'émulation et des parieurs (1) »; mais la réciproque n'était pas vraie ; quand un « clerc » versait ses quinze sols au receveur de la comédie, ce n'était point pour être catéchisé, évangélisé.

Ah ! le joli succès qu'eût obtenu Gléante, s'il eût été assez mal inspiré pour débiter, au lieu de sa tirade vive et claire, les sermons de Bourclaloue en trois points sur la vraie et unisse piété, et sur Y hypocrisie !

Eh bien! cependant si c'est cela que M. Veuillot voulait... qu'il soit heureux!

Heureux... et confus !

Heureux, car le prédicateur et le poète comique ont dit presque identiquement les mêmes choses : il semble parfois — profanation et anachronisme ! — que Molière a mis Bourdaloue en vers.

(i) De la Chaire. Les Caractères.

M. Veuillot n'a donc pas imaginé de comparer les deux textes?

Accomplissons pour lui ce travail, qui, s'il ne convertit pas l'ennemi de Molière, causera, j'ose le préjuger, une douce joie à ceux qui plaignent la victime de Bossuet et de Bourdaloue.

Bourdaloue :

« Je soutiens (1) qu'un chrétien n'a jamais de sujet légitime pour craindre qu'on le mette au rangdeshyprocriteset des faux dévots. Pourquoi? parce qu'il lui est aisé, pour peu qu'il fasse de réflexion sur sa conduite, de se garantir de cette tache. »

CLÉANTE

Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître.

Bourdaloue :

« Il sait fort bien comment il peut servir Dieu de telle sorte que le monde même soit convaincu de sa droiture. »

Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux, Qui peuvent nous servir d'exemples glorieux :

(1) Citations tirées du sermon sur l'Hypocrisie, édition Gaume, vol. III, p. 86.

Regardez Ariston, regardez Périandre, Oronte, Alcidamas, Polidore, Clitandre ; Ce titre par aucun ne leur est débattu.

Bourdaloue :

« Quoiqu'en matière de religion, il y ait eu, en tout temps, de l'artifice, quoiqu'il soit vrai que les apparences sont trompeuses, quoique le discernement en soit quelquefois difficile, et que les hommes s'y laissent assez souvent tromper, il faut, après tout, convenir que la vraie vertu a certains traits éclatants où elle se fait bientôt connaître.

« C'est un modèle qui ne peut être si bien contrefait , qu'il ne se distingue toujours de ses copies. »

GLÉANTE.

Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré, Mais en un mot, je sais, pour toute ma science, Du faux avec le vrai faire la différence.

Voilà qui commence assez bien !

Ouels sont maintenant les caractères de la vraie dévotion d'après Bourdaloue?

Ce sont :

1° L'humilité sans affectation;

2° Charité sans exception et sans réserve;

3° Un désintéressement réel et parfait ;

4° Une égalité uniforme dans la pratique du bien ;

5° Une soumission paisible dans la souffrance.

Gomment Cléante dépeint-il Ariston, Périandre, etc?

1° Humilité :

Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu. On ne voit point en eux ce faste insupportable. Ils ne censurent point toutes nos actions : Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections.

2° Charité:

. . . Leur dévotion est humaine et trnitable. L'apparence du mal a -chez eux peu d'appui, Et leur âme est portée à juger bien d'autrui.

Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement, Ils attachent leur haine au péché seulement.

3° Désintéressement :

Point de cabale entre eux, point d'intrigues à suivre. On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre.

4° Pratique du bien :

. . . Laissant la fierté des paroles aux autres,

C'est par leurs actions qu'ils reprennent les nôtres.

LES IH. \ (IIS u i; CŒ1 li 137

5° Soumission :

Non, non, ils font toujours ce que le Ciel prescrit

Et d'aucun autre soin ne se brouillent l'esprit.

Voyons, à présent, les portraits du faux dévot par le peintre laïque et le peintre religieux!

Bourdaloue (1) :

« Les pécheurs par hypocrisie contrefont la piété des justes. Piété toute superficielle , toute sur le visage, et rien dans le cœur. Mais à quoi le Sauveur du monde les comparaît-il? A des sépulcres blanchis. »

Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux

Que le dehors plâtré d'un zèle, spécieux ;

Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,.

De qui la sacrilège et trompeuse grimace

Abuse impunément et se joue à leur gré

Ue ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré.

Jésus-Christ dit : Sépulcres blanchis. Molière : Dehors plâtré. Le bouffon a lu l'Evangile.

Bourdaloue (2) :

« Vous savez, chrétiens, ce qui se pratique, et

1 Sur la Vraie et Fausse Piété.

' Dominicales. Sur l'Hypocrisie.

l'expérience du monde vous l'aura fait connaître bien mieux qu'à moi. Qu'un homme artificieux ait une mauvaise cause, et qu'il se, serve avec adresse du voile de la dévotion, dès là il trouve des solliciteurs zélés, des juges favorables, des patrons puissants, qui, sans autre discussion, portent ses intérêts, quoique injustes, et qui, sans considérer le tort qu'en souffriraient de malheureuses parties , croient glorifier Dieu en lui donnant leur protection et en l'appuyant. Que sous ce déguisement de piété un homme ambitieux et vain prétende à un rang dont il est indigne et qui ne lui est pas dû, dès là il ne manque point d'amis qui négocient, qui intriguent, qui briguent en sa faveur, et qui ne craignent ni d'exclure pour lui le plus solide mérite , ni de se charger devant Dieu des conséquences de son peu d'habileté : pourquoi? parce qu'ils sont pour ainsi dire fascinée par le charme de son hypocrisie. »

t;LKANTK.

Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise,

Font île dévotion, métier et marchandise,

Et veulent acheter crédit et dignités

A prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés ;

Ces gens, dis-je, qu'on voit, d'une ardeur non commune

Par le chemin du Ciel courir il la fortune.

Bourdaloue (1) :

« Enfin , qu'un homme violent et passionné, mais en même temps hypocrite, exerce des vexations, suscite des querelles, trouble par ses entreprises le repos de ceux qu'il lui plaît d'inquiéter, et qu'en tout cela il fasse le personnage dévot, dés là il est sûr d'avoir des âmes dévouées qui loueront son procédé, qui blâmeront ceux qu'il opprime, et qui, ne jugeant des choses que par cette première vue d'une probité fausse et apparente, justifieront les passions les plus visibles, et condamneront la vertu même. »

Ils savent ajuster leur zèle avec leurs vices,

Sont prompt*, vindicatifs (2), sans foi, pleins d'artifices,

E\, pour perdre quelqu'un, couvrent insolemment

De l'intérêt du Ciel leur fier ressentiment.

X'avais-je pas motif de dire — et ce ne sont pas les seuls rapprochements possibles — que le poète et Y apôtre ont été inspirés de même façon ?

T n malicieux crierait au plagiat !

(1) Même sermon.

2 Bourdaloue. a L'hypocrite veut-il pousser une venr/> ien ne lui résiste. » {Sur la Vraie et Fausse Piété.)

Je rétracte donc bien haut ce que j'ai eu la faiblesse d'écrire en tète de ce chapitre, par vénération pour Boileau et pour les choses sacrées.

C'est décidément un sermon que Gléante débite, et je suis forcé de reconnaître que la chaire peut, parfois, être transportée utilement, honnêlement, sur la scène.

. En résumé, de deux choses l'une : ou Bourdaloue n'est point orthodoxe, ou Molière a bien défini ce que sont la vraie et la fausse piété, le vrai et le faux dévot.

Il vous plaît de no pas vous rendre à l'évidence. . . il vous accommode de vous tenir pour offensés! A votre gré.

C'est ainsi qu'agit un certain bourgeois de Paris après la représentation de Sganarelle ou le Cocu imaginaire. Il voulait absolument que ce fût lui dont Molière s'était joué, dans cette pièce. On avait beau lui affirmer le contraire,' — d'autant plus que les malheurs de ce tenace étaient, paraît-il, fort réels, — l'original n'en démordait pas.

Cet exemple ne vaut pas d'être suivi par les défenseurs de la religion.

Si c'est, de leur part, une tactique, elle est maladroite.

M. Veuillot veut-il me permettre, à ce propos, une observation toute personnelle?

Gomme je n'ai point la prétention de croire que mon nom ait jamais attiré son regard, je lui apprendrai que j'appartiens à un groupe de professeurs libres , qui cherchent à populariser , dans les Matinées littéraires fondées par M. Ballande, les chefs-d'œuvre de notre littérature nationale, aussi bien ceux de la chaire chrétienne que ceux de la chaire comique (1).

Dans l'une de ces Matinées, à la réelle satisfaction d'un public intelligent — quoiqu'il fût du dimanche — , M. Ballande a fait dire par un comédien , excellent diseur , des fragments d'Oraisons funèbres de Bossuet. Cette audition avait été précédée d'un Éloge de Bossuet — oui, un Éloge! — par... — M. Veuillot, vous allez frémir! — par... mon confrère, M. Francisque Sarcey.

On peut écrire dans le journal d'Edmond About et admirer le génie de Bossuet.

(1) « 11 s'est trouvé, parmi la génération à laquelle j'appartiens , des fou- pour affirmer que, pour inventer, il fallait ni. t 1 ut-être est-il temps qu'il s'en rencontre pour

dire et répéter que le présent et l'avenir sont fil- « de ce qui fût y>, et que c'esl à nos grands hommes d'hier qu'il faut demander de forger, d'inspirer, de créer les hommes de demain.» (Jules Claretie. Sur Molière.]

Dans la chaire laïque, où nous enseignons le culte du beau, j'ai, naturellement, eu à parler de Tartuffe.

A quoi me suis-je appliqué? A dégager le plus possible l'auditoire des préoccupations politiques, religieuses, dont on se plaît trop — les gens pieux comme les libres-penseurs — ■ à farcir l'esprit du public en face de Tartuffe. Laissant de côté la bataille de Tartuffe, qui a eu tant d'historiens — notamment M. Deschanel — ; ne cherchant point la popularité dans la lutte facile avec le cléricalisme, je m'attachais à faire admirer l'œuvre par ses mérites purement littéraires. J"élevais l'âme de mes auditeurs au-dessus des passions sociales, et je ne leur inculquais que la passion de notre langue si merveilleuse , de notre esprit français si charmant, si gracieux et si souple. J'enlevais tout le fiel que vous prétendez être clans ces vers, qui, s'ils sont enûellés, l'ont été par les dévots seulement; je ne versais à mes fidèles que le suc de cette poésie tant vantée par Boileau. Aussi, grâce à cette préparation, Tartuffe n'était plus une machine de guerre contre l'Eglise : c'était bien pour les gens de petite rente et de petit négoce, ou autres, ce que Molière avait voulu composer : une satire contre les hypocrites. Il n'y avait plus dans les

cinq actes des mystères d'iniquité. Ces braves gens s'amusaient franchement, sans arrière-pensée, sans se croire des voltairiens hardis, sans afficher des allures libertines , et sans crainte d'être damnés.

N'est-ce pas plus sain , plus juste et plus utile?

Encore une fois , la tactique qui consiste à transformer Tartuffe en une œuvre de démolition est inhabile. Le suprême avantage de l'art est de tout purifier et de tout moraliser.

Mieux vaut admirer que haïr.

L'Europe regarde le Misanthrope comme le chef-d'œuvre du haut comique.

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