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L’ANTIMOINE ET LA POLYPHARMACIE

OMMAIRE. — Les partisans de l’antimoine entrent mieux que leurs adversaires dans les vues de Galien. — Delenda Carthago. — Procès, censures, pamphlets. — La légende contre Guénaut. — “Intervention du clergé. — Pouvoir du censeur de la Faculté dans ces disputes. — Un candidat au titre de docteur condamné comme dissident aux doctrines de l’École. — Le martyrologe de Pantimoine. — Le vin émétique. — Mauvillain, médecin de Molière.

La plupart des médecins polypharmaques, c’est-àlire des éclectiques, se montraient alors He par-isans de l’antimoine. | - Trouvant dans ses préparations un éméto-catharique puissant, ils l’employaient hardiment et de onfiance dans les cas nombreux où l’humorisme oyait un état de cacochymie des premières et des secondes voies digestives.

En agissant ainsi, ne se conformaient-ils pas enore, beaucoup mieux que leurs adversaires, aux loctrines du Galénisme ?

Ces doctrines étaient positives. Elles prescrivaient le combattre la cacochymie du canal alimentaire bar les évacuants ; celle des intestins, par lavements ; “elle de l'estomac, par vomitifs; celle de tout le système digestif, par le vomissement et la purgaion. Certes, il est permis d'affirmer qu'au temps de

Galien, la découverte des vertus évacuantes de l'antimoine eùûtexcité l'enthousiasme du père de l humorisme. À

Les dogmatiques le comprenaient, sans doute, mais depuis trop longtemps cetodieux produit des doctrines paracelsisies osait relever la tête contre les arrêts dé la Faculté, etalors, plus que jamais, il s'agissait d’ écraser |’ nids :

Au temps de Molière, la lutte engagée depuis plus d'un siècle élait dans toute sa violence. Le dogma tisme aux abois réunissait toutes ses forces, concen trait toutes ses haines pour frapper un coup mortel, au risque de succomber lui-même. |

Efforts inutiles ! le delenda Carthago ne devait pas aboutir ! ;

Vainement, les soi- He galénistes de l’École de. Paris, Re contre toute innovation des chi CEA , déclaraient hautement, solennellement : que”

t antimoine état un poison |

Faculté, etsignaient en masse que Pitié était un “hinge utile !

Procès au Châtelet, appels even la Cour, cen: sures au sein de la Faculté, querelles en public; FA ARAUEER confiées au papier, chaque jour amenait"

mr LS de

un nouveau scandale ! Et quand on recherche la source des pamphlets dont cette époque fourmille, trop souvent on trouve pour motifs : impudence mercantile, d’un côté ; et de l’autre : orgueil, envie, peutêtre mauvaise foi.

En 1653, Eusèbe Renaudot, le fils du gazetier, publie son libelle : l’Antimoine triomphant et justifié. On y répond par cette épigramme :

Nunc licet aurato ascendat capitolia curru, Nunc albis stibium jure triumphet equis :

Plaudite fumosi Balatrones, plaudite Agyrtæ Inter qui cedat, credite, nullus erit :

Victoris tanti meritis obstare triumphis,

Tot cæsis hominum millibus, invidia est (!).

Ce n’était pas assez que ces disputes livrassent le Corps médical aux écrivains les plus satiriques du Jour. Ce n’était pas assez que la magistrature eut à

(!) Voici une traduction assez littérale de cette épigramme en vers français. Je la dois à mon ami Ph. E. Poirson :

De l’antimoine il faut chanter la gloire !

Il peut monter, dans un char de victoire, < Au Capitole avec des chevaux blancs.

Applaudissez, enfumés alchimistes ;

Applaudissez, histrions, charlatans ;

Et d’une drogue enflez encor vos listes !

Héros, jamais, eut-il plus de lauriers,

S'il ne s’agit pour gagner une page

Dans les récits qui passent d'âge en âge,

Que de tuer les hommes par milliers ?

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