‹ Molière et Gui PatinChapitre 14 sur 45 · ART CS · texte numérisé non relu

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centuries de Rivière, l’une des célébrités de Mont-

pellier que Gui Patin méprisait tant.

OBSERVATION LVII. — Première centurie. — Une:

fièvre continue en une petite fille. — «L’an 1632, au mois de janvier, la fille de M. Davenes, avocat, âgée” de sept ans, avait une fièvre continue peu véhémente, «

mais qui lui redoublait par intervalles, savoir sur le

soir. La fièvre commença avec un vomissement de. pituite qui fut, peu après, suivi d’un flux de ventre aussi pituiteux quine dura qu'un jour, savoir le second. jour de son mal. Son urine était pâle et trouble, son M haleine aigre et puante. Je lui ordonnai une potion d'uneinfusion d’une dragmede rhubarbeavecune once * de sirop deroses pâles. Avant qu’elle prît ce remède, » un autre médecin survenantvoulut l'empêcher, disant.

que la saignée lui serait plus favorable. Toutefois,

elle prit ce remède qu’elle vomit tôt après avec dem pituite crasse, épaisse et fort pourrie. J’ordonnai ensuite qu'on lui donnât sur Le soir un clystère avec) demi-once de catholicum double, qui, opérant avec | les autres remèdes qu’elle avait pris, elle fut cinq” fois du ventre toute la nuit d’une matière pituiteuse » bilieuse et fort puante. Elle eut fort peu de fièvre le” matin, et en étant entièrement exempte à midi, elle”

fut parfaitement guérie.

« Il faut recueillir de cette observation, combien

errent ces médecins qui croient qu'il faut com-.

mencer la curation de toutes les fièvres continues par®

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ne saignée, vu que ces fièvres procèdent le plus ouvent aux enfants, des humeurs pourries retenues ans. la première région, qui sont parfaitement vacuées par la purgation. Or, le vomissement pituieux et le flux de ventre indiquaient une telle redonlance d’humeurs en cette jeune fille. »

“On peut le dire, la thérapeutique suivie par Rivitre, lans cette observation, aurait obtenu l’assentiment le Galien lui-même et la médecine moderne ne la lésapprouverait pas. Cette observation témoigne que e praticien éclectique étudiait avec soin les indicaions , et que, touten usant largement de la saignée, lsavait éviter la routine des Botalistes.

(Gui Patin, avec son idée fixe pour les émissions anguines, était loin d’avoir toujours des vues pra- Îques aussi judicieuses.

Le Roi, dit-il dans une de ses lettres (!), a été saigné rois fois cette semaine, pour une diarrhée bilieuse ; décitur mbecillior factus quam antehac propter ty veoyau.uay (?).

Ici la véritable indication échappe à Gui Patin, lussi bien qu'aux médecins de Louis XIV. La signée répétée ne pouvait que nuire dans cette cir- >onstance, où un purgatif eût fait merveille. Le Roï

: (:) Novembre 1660. Édition Jean Petit ; Paris, 1692. “(2) riy veoyauuuv, noces nouvelles. Passage supprimé dans édition de 1846. J.-B. Baillière.

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se trouvant plus mal de ses trois FAienses Gui Patin explique ce mauvais résultat propter +ny VO ELUAY À il ferme les yeux à la réalité ; son esprit systéma” tique se montre là dans tout son jour. L.

OBSERVATION xL111. — Première centurie. — Une . fièvre maligne avec des parotides. — « L’an 1623, après le siége de Montpellier, il courut pendant plusieurs. mois une fièvre fort maligne dont quasi la moitié, des malades mouraient, et particulièrement ceux aux® quels survenaient des parotides (ce qui avait coutumé d'arriver le neuvième ou onzième jour de la maladie) mouraient tous. Or, comme j'en avais vu plus sieurs et que je ne les avais pu sauver par aucuns remèdes cordiaux, je commençai à penser que ces parotides étaient mortelles parce que cette partie n’était pas capable de recevoir toute la matière mors bifique, qui, étant retenue au dedans, était la causé de la mort, et qu’il fallait, par conséquent, suppléef à l’œuvre dé la nature. Et quoique les malades eus* sent le pouls fort fréquent et presque formillant, en sorte qu'ils semblaient être dans l’agonie, qui avait même accoutumé d'arriver en peu de temps, toute= fois, pensant en moi-même cette sentence de Corne: lius Celsus, savoir : que l’on met plusieurs choses en usage Fr un évident péril, que l’on ne ferait pas en un autre temps, et qu’il valait mieux expérimens ter un remède douteux en un ou deux malades, quë d’en laisser mourir un si grand nombre, j ‘ordonnai)

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lonc la saignée partagée en plusieurs fois, à cause le la faiblesse des forces, deux ou trois fois, le même our, et le lendemain la purgation, et par ce moyen, jous ceux à qui furent faits ces remèdes échappèrent, den étant pas mort, par après, un seul. »

» Aujourd’hui on pourrait dire que ces petites saiënées répétées coup sur Coup, venaient aider à la réaction vitale. Quelle que soit l'explication à laquelle on s'arrête, le fait pratique n’en reste pas moins à l'honneur du médecin.

Nous pourrions donner ici des exemples de Ia polypharmacie que les éclectiques savaient déployer, Surtout dans le traitement des maladies chroniques. Mais à quoi bon farcir.nos pages de cette médecine fardée, de ce fatras d’apothicaires si propres à ridiculiser l’art médical ?

…— Si Gui Patin se livre contre la plupart des médecins de l’École de Montpellier à des emportements trop souvent injustes, sa bile et sa colère incessantes trouveraient cependant leur raison d’être dans lob- Servation suivante. <

— OBSERVATION LXIII. — Quatrième centurie. — Un Danaris. — « Au commencement du mois de mars 10651, la fille aînée de M. le baron d’Aumelas, trésorier général de France, avait un panaris au doigt index de la main gauche, qui la tourmentait cruelle-

tisse à ment depuis quatre jours, en telle sorte qu’elle né pouvait dormir la nuit. La douleur étant fort vio= lente, je lui ordonnai de mettre son doigt malade dans l’oreille d’un chat et dans deux heures elle fut soulagée et guérie. Elle sentait par intervalles que son doigt était attiré dans la cavité de l'oreille et en même temps la douleur occupait tout le bras jusques. à l’humérus. Dans ce temps le chat criait, faisant. connaître par ses cris qu’il souffrait de douleur du. venin attiré, Car le panaris est une tumeur vénés neuse. Toute la main lui enfla et par après désenfla,… excepté le doigt qui resta enflé et libre de douleur. » É

; On le voit, les éclectiques admettaient tout ,. croyaient à int et certaines de leurs croyances ne pouvaient qu’inspirer la pitié à des hommes positifs. À

En dehors de ces appréciations médicales, si nous cherchons dans Rivière des faits propres à nous éclairer sur SOn Caractère particulier, nous serons forcé de reconnaître qu’il a pu mériter les qualifications. d’emballeur, de charlatan affamé, de pipeur de pis* toles, que lui donne Gui Patin. | |

Ponte d’un fébrifuge qui n’était sans doute autre chose que le calomel, il multiplie, dans ses | centuries, les observations de guérison qu'il lui doit ; 4 mais il s’en réserve l'exploitation exclusive; il 18 tient secret. Ce n’est que fort tard qu’il se décide à livrer aux hommes de l’art ses procédés préparas |

BRL

toires : et peut-être faut-il voir encore un moyen de charlatanisme dans son langage mystique?

« Je n'ai pas encore voulu, dit-il, proposer une

exacte et fort claire description de ce remède jusques à ce que sa vertu ait été connue par plusieurs “observations de quelques années. Toutefois, afin de donner occasion aux esprits curieux qui recherchent les secrets de la nature, je propose une description un peu obscure et couverte d’un voile fort léger, la- “quelleles enfants de l’art expliqueront et découvriront fort facilement, en s’y appliquant avec un travail assidu.

« Ce précieux médicament est donc composé d’un triple hercule élevé à sa plus haute noblesse par douze travaux auxquels est enfin ajouté un quatrième athlète qui achève l’accomplissement de l'ouvrage. : On le peut donner aux enfants à la pesanteur de dix * à douze et quinze grains, et aux adultes, depuis vingt “crains jusqu'à trente et quarante, elc. »

Ces paroles sont-elles bien dignes d'un conseiller, * médecin du Roi, et doyen de l’Université de Mont- pellier?

A Paris, plusieurs médecins de la Cour, Valoi, \Vautier, fondaient aussi leur célébrité sur certains secrets qui les faisaient exceller dans la préparation de l’antimoine. Cette prétention mercantile fait dire * à Gui Patin:

« Les charlatans tâchent, avec leurs remèdes chi-

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miques, de passer pour d’habiles gens et plus savants

que les autres ; mais ils s’y trompent bien souvent,

et au lieu d'être médecins, ils deviennent empoison- ?

neurs. Ils se vantent de préparation et ce n’est que de l’imposture. Thaïs était anciennement une belle p..... qui tâchait de passer pour femme de bien, et

qui se déguisait tant qu’elle pouvait. Ainsi fait la

chimie auprès de la médecine. »

Le bilieux dogmatique ajoute alors, avec bonheur, .

cette épigramme sanglante qui courait contre Valot,

à l’occasion de la mort d'Henriette, reine d’ Angle-#

terre

Le croirez-vous, race future,

Que la fille du grand Henri

Eut en mourant même aventure Que feu son père et son mari.

Tous trois sont morts par assassin :

Ravaillac, Cromwell, médecin ; Henri d’un coup de baïonnette, Charles finit sur un billot :

Et maintenant meurt Henriette Par l'ignorance de Valot.

Gargan, intendant des finances, étant mort aussi dans les mains de Valot, Gui Patin raconte qu’à la

Cour ce médecin ne s Pen plus que Gargantua.

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