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J . César. Scarron lui adressait un sonnet à cette oc- “casion ; le Père Carneau, un poème. A la Cour et “dans le public, l'enthousiasme était général, et l’en- 4 gouement pour l’antimoine ne fit que s’accroitre Jus- “qu'à ce que, en 1665, le doyen du jour, Jacques Thévart, présenta au Parlement une requête qui, ap- “puyée par 92 docteurs de la Faculté sur 102, devait “amener le fameux décret du 10 avril 1666. L’anti- “moine, proscrit et honni en 1566, avait son centenaire triomphal.
…. Cette magnifique revanche fut encore suivie, deux “ans plus tard, d’un arrêt du grand Conseil qui recon- “naissait aux étrangers le droit d'exercer dans la capitale, moyennant certaines formalités à remplir. Telle fut l'insigne réparation du coup de foudre “de 1644. Mais le pauvre Théophraste n’eut pas le “bonheur d’y assister. Il était mort treize ans aupara- Lvant.
(3 Nous allons prendre dans Gui Patin le développe- “ment des faits dont nous n'avons donné ci-dessus “qu'une courte analyse; nous laisserons à l’auteur ses
“exagérations passionnées et son évidente partialité.
“luttes par son Plomb sacré des sages. CI. Germain y pri répondu par son Dialogue de l’orthodoxe, ow De
; Jean Chartier avait ouvert le feu des grandes " DT NIVELET L
l'Abus de l’antimoine, la seule pièce modérée qui s6M soit produite dans ce tohu-bohu de libelles et de | pamphlets. ‘4
Voici le jugement qu’en porte Gui Patin dans ses lettres à Belin et à Falconnet:
Le jeune Chartier a été chassé pour n'avoir pas voulu soumettre au jugement de la Faculté son libelle la Science, du plomb sacré des sages, ou l’Antimoïne, qu'il n'avait fait qu’en intention de flatter feu M. Vautier, afin quil lui à donnât quelque chose. Mais les Provençaux ne donnent . rien ; aussi n'a-t-il rien eu, et est gueux comme un peintre, | tout près de mourir en prison pour ses dettes, comme un à petit safranier...; son livre est indigne d’être lu; celui de | M. CI. Germain est plus raisonnable... Comme, le lende- ; main de la Saint-Luc, il pensait entrer après la messe dans notre assemblée, ilen fut chassé avec opprobre ; c'est un « petit fripon qui doit dix mille livres plus qu'il n’a vaillant, : et qui est au bout de son rolet, redactus ad incitas. ca
Ce J. Chartier, fils de René Chartier, le célèbren traducteur des œuvres d'Hippocrate et de Galien, ‘| était médecin de la reine d'Angleterre, seul titre qui. le recommande. Ce qu'il y avait de plus remarquable dans son ouvrage, insignifiant au fonds, c'était lei frontispice d’un symbolisme des plus agressifs et . qui explique l’indignation de ses adversaires. On y. voyait un hibou, portant des lunettes, et entouré den torches allumées. Au-dessous on lisait : :°
Le hibou fuit la clarté vivifique; Et, quoiqu'il ait lunettes et flambeaux, 4 Il ne peut voir les secrets les plus beaux De l’antimoine et du vin émétique.
Fa:
Le pamphlet d'Eusèbe Renaudot, l’Antimoine justi- “fé et l'Antimoine triomphant, fut pour Gui Patin la con- “sommation d'un double scandale; car plus de 60 dis- #sidents de la Faculté avaient adhéré à cette œuvre. Voici comment il s’en épanche près de son ami Spon :
L'in-quarto du gazetier pour l’antimoine est gros d'un “doigt. C’est un méchant livre et un misérable galimatias de gazette ; vous ne l’aurez jamais vu deux heures qu'il ne vous fasse pitié, Il aura sa réponse quelque jour, combien qu'il ne la mérite pas ; mais c’est afin que le peuple soit Édétrompé : d’honnûtes gens s'en mêlent et que vous ne haïs- sez pas.
| nl Et à ici une pièce fort secrète, en deux demi-feuilles “imprimées, touchant le mérite de HéEu es. uns de nos docteurs, qui ont, par la cabale de Guénaut, signé que l’antimoine est un CIRE remède. Je vous les envoie afin que “vous les lisiez et les gardiez fort secrètement sans les montrer à personne ; je ne les ai que d'hier au soir. Je ne sais pas encore au vrai qui en est le propre auteur ; mais “je crois que c’est M. Merlet le père, et même on me l’a às- Suré. Il y alà-dedans beaucoup de choses que jeluiaiouïdire, joint qu'il haït fort l’antimoine et Guénaut encore davantage. Vous verrez là dedans propudium scholæ nostræ et infamiam sœculi. Aussi, à vous dire vrai, tous ces maîtres signeurs sont le bn et la racaille de l'École, qui la plupart en ont “honte et en sont en une extrême non Les gens de à bien n’en demeureront point là.
L Dans une autre lettre à Falconnet, sur le même “sujet, il annonce que le gazetier sera relancé, non- “seulement par Perreau et Merlet, mais encore par “Germain, et surtout par le vieux Riolan. Mais, pour . ces deux À Craie ces beaux projets n’ont pas abouti.
La légende qu’il attribue à Merlet, ne passe pas out. à fait inaperçue dans sa cotes Malgré le.
peu de cas qu’il en fait, © est toujours, pour lui, une
occasion de déverser sa bile. Il écrit à Spon:
La troupe stébiale et stygiale est ici fort scandalisée de la
légende que je vous envoyai dans ma derniere: ils sont fort en peine d’en découvrir l’auteur, afin de le mettre en. procès et d’en tirer réparation d’ bases Qui qu'il soit, je ne le tiens pas fort bien caché, puisque cela a passé par
les mains de l’imprimeur, qui pour quelque récompenses
PÉGURUATS le peut déceler. Plusieurs en ont été soupçonnés ;
j'en ai eu ma part, mais le soupçon a passé et est allé sur
d’autres. Il est encore malaisé de savoir qui en est le vrais
auteur, quoique celui que je vous ai mandé en soit plus soupçonné, La pièce est un peu trop bassé et chétive pour, ce que méritent ces infâmes et lâches âmes qui, por de l'argent ou des promesses, se sont laissées gagner à Grué-
naut et ont signé que l’antimoine est un remède innocent.
Le fameux Rabat-joie de J. Perreau avait été an
noncé comme devant draper vigoureusement E. Renaudot; mais, après l'annonce, Gui Patin n’en dit plus rien date ses lettres. :
Quant au pamphlet de Merlet, qui dépassait en violences toutes les agressions qui l’avaient précédé,
Gui Patin ne ( accorde que cette courte apprés Ciation :
FA
Le livre de M. Merlet est bon ; il n’y a rien que de vrais. mais il est trop court et trop sec. Quand on lui à dit celass il a répondu qu’il n'avait écrit contre le gazetier que pour montrer ses fautes et ses PRO D 2 qui sont presque ine
nombrables. 4
bat he obama 0 ne, RESUET dut m0 AR REA. :
LAN > LR Lo ra
. Nous arrivons à la maladie du Roi, à ce coup fa- “al dont Gui Patin voudrait réduire la portée et qu’il m'envisage qu'avec un optimisme factice et de convention pour lui-même.
- La première lettre à Spon (16 juillet 1658) est un exposé alarmiste et une critique amère de la situation ponire les médecins de la Cour:
+ Le Roi est tombé malade à Mardick, d’où il a été a à Calais; on commence ici les prières publiques pour sa convalescence. Le Saint-Sacrement est exposé sur les autels, et les prières des quarante heures se disent dans Îles églises. Je prie Dieu qu'il guérisse, car j'aurais appréhension de grands désordres à la Cour, et même dans tout le royaume si quid humanitus ei ideter: Néanmoins, on n’en fait point iei la petite bouche : on dit ici publiquement que pe- “riclitatur ratione morbi et ratione medicorum, qui sont Valot, Guénaut et Daquin. Je ne sais pas si ce dernier voit le Rue mais il est allé avec Guénaut sans y avoir été mandé, sous ombre qu'il est médecin par quartier, et auparavant il était garçon apothicaire de la feue Reine mère. Ne voilà-t-il pas un puissant Roi de France en bonnes mains ? Ne diriez-vous “pas que les charlatans ne sont soufferts et tolérés que pour -maltraiter les princes? Vide et ride impudentiam sæculi. En attendant, pourtant je souhaite que bientôt il nous vienne “quelque bonne nouvelle de sa convalescence On prie Dieu ici partout pour sa santé dans les paroisses, etc. M. le chancelier a envoyé à chaque monastère une aumône de 100 livres, afin qu’ils prient Dieu aussi bien que les autres.
Verum quid sunt illæ preces profuluræ, si decreta Dei sunt immutabilia ? Quomodo verum erit illud sibyllinum : Desine fata Deum flecti sperare precando.
La seconde lettre rabat le rôle du vin émétique et exalte La valeur de la saignée :
M. Baralis le fils est revenu de la Cour, où il était en quartier ; il nous a raconté toute la maladie du Roi. Je vous assure que le Roiï n’a pris que le tiers d’une once de vin émétique ; car l’once n'avait été mise qu’en trois doses d’infusion de casse et de séné, et d'autant que la première prise n'avait que trop opéré, il ne prit pas les deux autres, car il le fallut saigner, s'étant trouvé plus mal, et aussi futil saigné plusieurs fois depuis. De sorte que le Roi ne doit du tout rien de sa santé à ce remède mortifere. Si le Roi fût mort, l’on n’eût jamais manqué de leur reprocher qu'ils eussent donné du poison au Roi, et ils se sont, mis en grand danger d'un tel reproche,
Ensuite, il tâche de se consoler en produisant des vers latins, passablement forcés, qu’on vient de lui donner sur la maladie du Roï, et dans lesquels l’in= tervention de Dieu est opposée à celle de l’émétique :.
Vaivis ab epoto cur, rex Lodoïce, veneno, Quid mirum ? stibio plus valuere preces : :
Id cœli non artis opus, etc.
De la sentimentalerie au lieu d'arguments, ce n’est pas son genre ordinaire ! :
Au reste, si Gui Patin n’avoue, dans aucune de ses lettres, qu’il est vaincu et abattu par l'arrêt de
1666, son mutisme, à partir de cette époque, a son
éloquence.
L'arrêt du Parlement avait été rendu le 10 avril
- 1666; voici les seules paroles qu’il lui inspire dans
une lettre à Falconnet du 80 juillet suivant:
Je ne sais pas qui est celui des nôtres qui a écrit à Lyon
- que ce n'est pas sans mystère que l’antimoine a prévalu.
“ Donnez-vous un peu de patience, il en sera parlé. Il viendra un factum, un arrêt, et un livre en latin. Il est ici - peu de malades, 5 le vin émétique y est fort décrié. La
- cabale de cette dernière assemblée a fait tort à sa réputa-
4 tion. Ces messieurs disent qu'un poison n’est point poison dans la main du bon médecin. Ils parlent contre leur » propre expérience, car la plupart d’entre eux ont tué leur
. femme, leurs enfants et leurs amis. Quoi qu'il en soit, pour favoriser les apothicaires, ils disent du bien d’une drogue » Jont eux-mêmes n'oseraient goûter. Je me console parce
qu'il faut qu'il y ait des hérésies, afin que les bons soient . éprouvés; mais je n’ai jamais été d'humeur à adorer le veau
LS ni à considérer la fortune comme une déesse. Dieu » m'en préserve àl’avenir. Je suis content de la médiocrité dela “mienne. Paix et peu. Dès que le vent aura changé, tous
“ ces champions de l’antimoine se dissiperont comme la * fumée de leurs fourneaux, Jpsi peribunt : dit meliora püs.
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À partir de 1666, Gui Patin sent le terrain devenu glissant sous ses pieds, et il ne parle guère que de Vaffaire de Gorris contre Blondel, le dernier lutteur
de la Faculté, qui, lui, succomba sur la brèche.
La seule flèche qu’il ait lancée, dans cet intoryalle, est à l'adresse d’'Eusèbe Ro 6 octobre | 1671 :
Nous avons ici un de nos médecins fort malade, c'est E. Renaudot qui à fait autrefois l’Anfimoine triomphant. I a ressemblé à celui qui pensa une fois en sa vie à l'empire, il a pensé à la charge de premier médecin, espérant beau" coup en M. de Montausier, gouverneur de M.le Dauphin. Mais son épée s’est trouvée trop courte, il n’a pu y atteindre, dont on allègue trois raisons: la première est qu'il est puant de corps et d'âme, je crois même qu'il est. punais ; la deuxième, c'est qu’il a la vue presque perdue la troisième, qu'il est grand charlatan, et il a eu raison d'in-w tituler son livre l’Antimoine triomphant ; car pour triompher il fallait en avoir tué pour le moins six mille. Ainsi a faitl l’antimoine et bien par delà, avec son écrivain et sa sequelle, qui sont plusieurs faux frères gagnés par les apothicaires, qui enragent que le peuple connaisse la casse, le séné et le sirop de roses pâles, dont il est fort soulagé. Je ne saurais souffrir cette tyrannie, laquelle nous fait passer pour des coupeurs de bourses, Pour souffrir ecla, il faut avoir une | âme vénale et aussi mal faite qu’un apothicaire, qui était défini par M. Hautin: Anëmal fourbissimum faciens benew partes et lucrans mirabiliter (*).
Ce jet de sa verve enfiélée contre le nom de Re naudot fut le dernier.
Gui Patin mourut 10 mois après, le 30 août 1672.
('} On voit comme cette fin de lettre explique bien les né moires d'apothicaires contrôlés par Argan dans le Malade ima= ginaire. Mais, la satire de Molière, plus fine et plus modérée/s “4 est aussi plus délicate dans sa forme.