‹ Molière et Gui PatinChapitre 42 sur 45 · ES RE · texte numérisé non relu

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Nu umquam sus Minervam docebit, lesquels me semblaient injurieux en quelque façon, quocumque sensu acciperentur :

mais je vois bien, et j'ai bien cru, par ci-devant, que ce n'était non plus votre dessein que mon désir, c’est pourquoi à cela prés nous demeurerons, s’il vous plaît, en bonne in-

telligence, amoto omnt fuco et omni subdola cavillatione.

Ce conflit n’eut pas de suite : Les intérêts respectifs

des deux bibliophiles devaient rendre leurs attaches

durables.

En 1649, il revient sur ce sujet avec Ch. Spon, à

» propos des remèdes soi-disant anti-épileptiques.

Aorès lui avoir SERRE les mêmes idées, il.termine ainsi :

Prenez donc en gré ma bonne volonté, et jugez sincère-

ment de mon avis, comme je le soumets sincèrement et humblement à votre censure. Candidus imperti meliora,

… vel utere nostris. Gardez-vous bien de me prendre pour

un glorieux ni pour un obstiné; je ne suis ni l’un ni l’autre,

4 je n’ai envie que d'apprendre et de profiter. Je ne. prends

nulle part au distique de Martial, qui n’a pas assez vrai-

* ment dit:

Aurum et opes et rura, frequens donabit amicus; Qui volet ingenio cedere, rarus erit.

| C’est tout au contraire de moi, je suis tout prêt d'apprendre ; faites donc et que je vous aie cette obligation “après tant d’autres dont je vous demeurerai éternellement

+ obligé, afin que j'amende mon ignorance par votre charité.

. La mesure qu’il met dans ses paroles et les pré-

cautions dont il les entoure portent à croire que,

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pour lui, après vingt années d'intervalle, le souvenir de la nb de Belin n’était pas encore effacé. 4

La seconde lettre est le tableau des agitations douloureuses qu’entraîna pour lui le malheur le plus” imprévu qui püût atteindre sa famille. Ç T4

Gui Patin avait deux fils; l’un, sa vie et son or- | gueil, Charles Patin, avocat, docteur en médecine, fut en même temps un littérateur et un numismate de premier ordre. Libre penseur, comme son père, il s’attira les violences du despotisme de son temps, 4 et dut mourir en exil. ë

La lettre suivante est l’une de celles où le malheureux père se laisse aller aux détails émouvants de” cette affreuse disgrâce. |

A Falconnet, 7 mars 1668.

Je vous écrivis dernièrement touchant l'affaire de mon fils, à laquelle je m'attendois que la connoissance de la 6 vérité et le secours de nos bons amis pourroient remédier ;mais l’espérance, selon le sentiment de Sénèque, est. té songe d’un homme qui veille. Néanmoins, puisqu'elle est une vertu, je ne la voulois pas abandonner, quoi qu'il en dût arriver, car il est permis même aux plus méchants de songer et de se tromper. Tout le monde le plaint, personne ne l'accuse, et hors de quelques libraires, il est aimé de tout. 3% le Does Cependant il est absent et nous l’avons oblige, de s’y résoudre malgré sa stoïcité. Il avoit toujours espéré F que la justice du Roi s'étendroit jusqu’à lui, mais nos | ennemis ont eu trop de crédit. Cependant pour adoucir | notre plaie, on dit: 1° que c'est par contumace que son.

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procès lui à été fait, comme à un homme absent quina pu se défendre ; 2° que ç'a été par commission souveraine et particulière sans droit d'appel, ce qui est extraordinaire

et marque d'autant plus le dessein qu'on avoit de le perdre ;

3° que la plupart des juges ont das des lettres de cachet et-de recommandation sur ce qu’on avoit besoin d’un exem-

- ple. Mais à quoi peut servir cet exemple? Est-ce que,

tandis que les Hollandois et autres impriment des livres

d'histoire, et principalement de la nôtre, dont les auteurs

sont à Paris, on pourra ôter aux particuliers l'envie et la curiosité de lire ces nouveautés ? 4° On allègue que c’est

‘un homme de grand crédit, qui étoit notre partie secrète,

su poussoit à la roue et qui briguoit contre nous, parce qu’on à trouvé parmi ces livres quelque volumes du factum de M. Fouquet et de l’histoire de l’entreprise de Gigéri.

Que ne punissent-ils donc les auteurs de ces livres? Que “ n'en empêchent-ils l'impression en Hollande, ou que l’on

n’en apporte en France? Tous ces livres et d’autres pareils … ont été vendus à Paris par les libraires au Palais et à la rue Saint-Jacques. C’est faire venir l'envie de voir ces | livres que l’on veut FHpprmer et cacher avec tant de ri-

- gueur. Je m'en rapporte à ce qu'en dit Tacite dans ses

“ Annales, livre IV, chapitre 34, en parlant de Cremutius

6 Cordus. C'est done à bon droit que tant de gens demandent

ce que J uvénal a dit quelque part de Séjan : Sed quo cecidit

1 sub crimine? où est ce grand crime? qua fait cet homme + pour être si injustement traité? On a nommé trois livres,

savoir: un plein d'impiété; c’est un livre huguenot intitulé:

“ l'Anatomie de la messe, par Pierre Dumoulin, ministre de

… Charenton; comme si l’Inquisition étoit en France ; c’est un = livre de six sous. Paris est plein de tels livres, et il n'y a 4 guère de bibliothèques où l’on n'en trouve et même chez È les moines ; il y a liberté de conscience en France et les li- È braires en Séndent tous les jours. Il est même permis à un homme de changer de religion et de se faire huguenot, s'il

veut, et il ne sera pas pernis à un hé d'étude d'évets un livre de cette sorte, car il n’en avoit qu’un seul exem.. d. plaire. Le second étoit un livre, à ce qu'ils disent, contre le 4 service du Roi; c’est le Bouclier d'État, qui s’est rend dans | le Palais Dublido ment, et auquel on imprime ici deux ré- R ponses. Le troisième est l Histoire gaie de la Cour, qui sont de petits libelles plus dignes de mépris que de colère. : Je pense que ces trois livres ne sont qu'un prétexte, et: È qu’il y a quelque partie secrète qui en veut à mon fils et | qui est la cause de notre malheur. J'espère que Dieu, le : temps et la philosophie nous délivreront et nous mettront à en repos ; et en attendant, Seigneur Dieu, donnez-nous pa=M tience. Il faut être en ce monde enclume ou marteau. Je M ne me suis jamais donné :rand souci; mais en voici bien 4 tout d'un coup à mon âge de soixante-sept ans. Il faut supporter patiemment ce à quoi on ne peut apporter aucun remède. Enfin, Dieu l’a voulu ainsi. |

L'humiliant échec de 1666 que Gui Patin avait dû ° subir après trente ans de luttes, souvent triomphales, À toujours passionnées ;.. les RE déceptions que. “3 lui amenèrent, en 1670, les prévarications et la mort | de son fils Renbite 06) Cabal la désespérance de revoir près de lui son cher CAES toutes ces causes déprimantes portèrent atteinte à son énergie « morale et à sa forte constitution. Il mourut deux ans 2 après son fils Robert. 54

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