Molière et Guy Patin
La première partie de cette étude, Molière et Gui Patin, a paru d’abord, sous forme d’articles Variétés, dans la Revue médicale française et étrangère.
La publication actuelle vient la compléter.
C’est surtout en ce qui concerne Gui Patin, beaucoup moins connu que Molière, que l’auteur a pu enrichir ses recherches de nouveaux documents, puisés, pour la plupart, dans les lettres de l’ardent défenseur des doctrines et des droits de la Faculté de Paris. Cette mine étant inépuisable, il n’a eu qu’à en choisir les ûlons les plus fins et les plus délicats.
D’un autre côté, son premier travail avait été fait d’un seul jet et dans un résumé succinct pour chaque question qu’il avait voulu traiter. Il fallait laisser à ce résumé son caractère et craindre les surcharges.
C’est d’après cette considération qu’a été instituée la deuxième partie qui se rattache au sujet primitif. On reconnaîtra, au point de vue des disputes médicales du xvn e siècle, tout ce qu’a de rationnel un rapprochement entre Gui Patin et Théophraste Renaudot.
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La troisième partie ne concerne pins que Gui Patin seul. A ceux qui n’ont pas le loisir de lire toutes ses lettres, ce complément pourra donner une idée de la manière de penser et d’écrire de ce satirique trop peu connu.
L’auteur avait lu Molière bien des fois; il avait admiré la haute portée de ses observations, les riches couleurs de ses portraits, la limpidité de son style, les heureuses combinaisons de ses moyens dramatiques ; il s’était délecté aux saillies de son imagination, aux délicieuses finesses de son esprit, à l’imprévu de ses malices, quand le hasard fit tomber entre ses mains deux volumes d’une vieille édition des Lettres de Gui Patin.
Ici, il se vit entraîné par un aimant d’un autre genre. Il y rencontra surtout l’érudit, le grand admirateur des Saumaise, des Scaliger, des Grotius, de tous les vrais savants de son temps et des époques antérieures, mais aussi le fustigateur impitoyable des réputations mal
fondées, des vanités ambitieuses. Il vit dans ces Lettres-Journal l’Aristarque embrassant d’un coup d’œil les hommes et les choses de son époque : magistrature, noblesse, clergé,, corporations religieuses, rivalités loyolites et jansénistes, disputes médicales incessantes, histoire et menées de la cour, vénalités mazarines, faits de politique courants; car si Gui Patin ne fut pas frondeur militant dans la rue, il le fut dans les réunions intimes et dans son cabinet.
Certes, les dissemblances qui existent entre les deux satiriques qui ont vécu et écrit à la même époque, sont des plus accentuées. Molière dut être, par la force de sa profession, l’homme de la société, du monde, de la cour, et surtout l’homme de son Théâtre. — Gui Patin, en dehors de sa clientèle, de son professorat au collège royal, de ses obligations envers la Faculté, fut, avant tout, l’homme de son étude et de sa riche bibliothèque. Ses relations, assez rares, avec Gassendi, celles
plus fréquentes avec le premier président Lamoignon et avec son académie de savants, semblent constituer les principales distractions qu’il donnait à son existence médicale. Trois volumes de correspondances avec les -seuls médecins de Dijon, de Beaune et de Lyon, font supposer combien d’autres ont été perdues. Tout dénote donc, dans cette personnalité si originale, une vie intellectuelle active et fiévreuse.
Si-Molière fut, dans ses satires, l’écrivain fin, délicat, au style correct, distillant ses malices en des périodes mesurées au terme, desquelles la flèche atteint son but, Gui Patin, lui, homme de la fougue, néglige quelquefois sa plume pour arriver, dans ses critiques bilieuses, à l’emporte-pièce, à la griffe du lion, comme l’a dit Héveillé-Parise.
M. L. Moland, dans ses études sur Molière, lui applique la qualification heureuse de " grand justicier des travers de son temps ».
On en pourrait dire autant de Gui Patin. Mais, il y a cette nuance : que Molière fut, le plus souvent, un juge modéré et délicat dans ses formes, tandis que Gui Patin Heurte avec rudesse, quelquefois avec brutalité.
Si les satires de Molière contre la médecine et les médecins de son temps ont besoin de pièces justificatives, c’est dans Gui Patin qu’on en trouve. Le bilieux docteur ne se doutait guère, en écrivant ses Lettres, que certaines de ses critiques pourraient retomber sur luimême. D’autres médecins que nous citerons dans le cours de notre étude apporteront aussi leur appoint dans la question.
Cette première partie comprendra :
1° L’exposé succinct des doctrines médicales ayant cours au temps de Molière et Gui Patin. A ce sujet, se reliera nécessairement le rôle des hommes les plus remarquables qui prirent part aux luttes de cette époque;
2° L’appréciation des satires anti-médicales de Molière;
3° On essaiera de démontrer, contradictoirement à des'idées généralement admises, que l’animosité de Molière, contre la médecine et les médecins, a pu être excitée par des rancunes personnelles, et qu’elle a dû subir certaines instigations de son entourage.