GUI PATIN
.Sommaire. —L’École de Paris. — Riolan. — Gui Patin. — Doctrine de la saignée ; ses exagérations. — Dégoût de Gui Patin pour la polypharmacie ; sa haine' contre la chimie et l’alchimie. — Jugement trop sévère’ contre Van Helmont. — Parallèle au point de vue moral entre le dogmatisme et l’éclectisme.' — Charlatanisme et vénalité de ce temps. —Le grand monde passionné pour et contre la saignée. — Madame de Sévigné. — Les éclectiques semblent l’emporter'.
Les doctrines de Galien, conservées et apportées en Europe par les Arabes, au moyen âge, avaient pu fournir, pour un temps, un aliment suffisant aux esprits avides d’instruction et de science.
Basées sur des phénomènes organiques apparents et appréciables, assaisonnées de vues abstraites et métaphysiques et accompagnées surtout des brillantes subtilités de la philosophie d’Aristote , elles avaient le grand avantage de satisfaire, à la fois, les esprits positifs et d’ouvrir aux imaginations un champ suffisamment vaste. C’était du dogmatisme, mais tellement tempéré par la diversité de ses vues et de ses principes, qu’il excitait souvent les plus vives oppositions entre ses adeptes les plus fervents.
Au temps* de Molière ces doctrines, heurtées antérieurement par Paracelse, et ébranlées alors par Y an
Helmont, s’étaient réfugiées surtout dans l’École de Paris. Défendues, dans le siècle précédent, par Fernel et Duret, elles avaient alors pour grand prêtre Riolan et son entourage passionné.
Mais il faut le reconnaître, cettë dévotion de l’École de Paris était plus apparente que réelle ; elle existait dans les querelles, dans les disputes, bien plus que dans les faits pratiques. Le nom de Galien était alors une arme puissante à opposer aux partis rivaux. Si l’École de Paris s’en servait pour combattre l’École de. Montpellier, on peut dire que celle-ci, dans son Éclectisme, respectait plus et appliquait mieux les préceptes du médecin de Per game..
Il est curieux de voir, dans les écrivains de cette époque, combien sont absolues les prétentions que chaque secte affiche pour ce mot si rempli d’orgueil, lorsqu’il s’applique aux sciences de spéculation: Dogmatisme!
h. Meissonnier, l’extravagant médecin de Lyon, qui traite des maladies spirituelles ; ■— des influences astrales; — de l’intervention des anges dans nos affections et nos guérisons, a soin d’intituler son ouvrage : Cours de médecine selon les principes tant dogmatiques que chimiques.
Certes, ses folles théories l’autorisaient à accaparer pour lui seul ce grand mot.
Gui Patin, l’esprit le plus incisif et l’un desprati-
ciens les plus érudits de cette époque, élève aussi, pour lui-même et pour ses amis de l’École de Paris, d’incessantes prétentions au titre de médecin dogmatique. Il le refuse hautement à ceux qui, tout en professant les d'octrines galéniques, se laissent aller aux idées nouvelles, chimiques ou autres.
On pourrait croire, en voyant son animosité contre les moindres dissidences, et son adoration pour Fernel et Galien, qu’il suit exclusivement et à la lettre les principes de ces hommes célèbres.
Il n’en est rien pourtant, et, dans ce sens, il ne se montre pas lui-même plus dogmatique que ceux qui se trouvent en butte à ses virulents sarcasmes.
En 1663, il écrit, à propos du Traité des fièvres de Sennert:
Cet ouvrage est une belle ville pour y passer ; Galien et Fernel, pour y demeurer. Ces deux derniers contiennent une doctrine ferme et constante dans laquelle il faut mourir, jusqu’à ce que Dieu nous ait fait voir le contraire par quelque grand miracle ; à quoi il n’emploiera jamais nos nouveaux empiriques, ni tels prophètes qui ne font que du bruit et ne sont bons qu’à faire sonner les cloches.
Mais, en 1669, il ajoute :
Des beaux et bons secrets de notre métier sont dans les aphorismes et les pronostics d 'Hippocrate et dans la méthode de Galien, avec le livre de la saignée; que si cela ne suffit pas, qu’on y ajoute 1 e .Botal.
Voilà son système avoué!... Quoi qu’il puisse prétendre dans toutes ses lettres, il ne se montre pas
D' NIYELET
plus dogmatique, dans le sens galénique, que ne le font eux-mêmes Guènaut , Valot, Rivière et tant d’autres contre lesquels il récrimine sans cesse.
La grande différence qui existe entre eux, comme praticiens, provient de l’interprétation qu’ils donnent, aux principes de Galien lui-même. Les uns voient dans la plupart des maladies un état de pléthore humorale, et concluent aux évacuants; les autres, un état de pléthore sanguine, et concluent à la saignée.
Nos Parisiens, dit G-ui Patin, font peu d’exercice, boivent et mangent beaucoup et deviennent fort pléthoriques. En cet état, ils ne sont presque jamais soulagés de quelque . mal qu’il leur vienne, si la saignée ne marche devant puissamment et copieusement.
Ailleurs il ajoute :
Pour la fréquente saignée qui se fait ici, c’est la débauche qui est universelle, et la trop bonne chère qu’on fait qui nous y oblige. Nous ne saignons point par coutunde, mais par nécessité, par règles et par indications. Les prétendus réformateurs et législateurs se plaignent toujours et n’avancent rien pour cela. Ce n’est pas grand’chose de dire à un homme qu’il n’est pas dans le bon chemin ; il faut lui montrer quel chemin il doit tenir. Quelques étrangers blâment nos fréquentes saignées, qui n’en savent ni la cause ni le fruit, pas même la nécessité. Si nous saignons trop, qu’ils nous donnent le moyen dé nous en abstenir ; et quel
autre remède peut être mis en usage au lieu de la saignée?
En attendant, laissons parler les mécontents. Dieu laisse -bien vivre les tyrans, les usuriers et les jureurs de son saint nom.
Son dogme de la saignée n’a pas d’autres arguments.
Ne fallait-il pas que les vues systématiques de l’École de Paris fussent poussées jusqu’à l’aveuglement, pour que Gui Patin croie devoir rapporter, comme concluantes en faveur de la saignée, les observations suivantes :