Guiseppe Sergi : La decadenza délie nazioni latine
un peu vague et indécis, de même Arnolphe : qu 'est-il au juste ? S'il épousait Agnès, il serait, pour parler la langue de Molière, cocu ; mais il ne l'épouse pas ! Je crois bien que dans la réalité il se serait uni à elle par de justes noces ; il serait alors le père littéraire des maris trompés : mais peut-on ainsi négliger les dénouements d'un auteur parce qu'ils paraissent invraisemblables ? Il faut accepter Arnolphe tel qu'il est : type du cocu possible ou in spe^ voué, comme dirait Balzac, au Minotaure. Il est, en tout cas, hors de doute que tous ces caractères, au point de vue de la littérature européenne, ne peuvent rivaliser avec ce « monde de types immortels » que créèrent un Shakespeare ou un Balzac. En France, le culte de Molière est entretenu par la tradition livresque ; à l'étranger, on le lit et on le joue encore, mais bien que sa renommée soit un peu surfaite, il faut regretter que les représentations au programme desquelles il figure ne soient pas plus suivies. Ses vues sur l'homme, documents d'une valeur incomparable, sont éparses dans l'ensemble de ses comédies ; en les lisant, le lecteur admirera toujours la justesse et la profondeur de son observation ; mais
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prise à part, à la scène, aucune presque n'est susceptible de captiver, d'émouvoir et d'entraîner un public international. Peut-être trois siècles écoulés ont-il lég-èrement terni Téclat de la gloire de Molière, il reste cependant assez grand pour n'avoir pas besoin des fades louanges dont on l'accable trop souvent; son génie, sans être (( incomparable », assure à sa renommée dans le domaine de la littérature française un très haut piédestal et une véritable prééminence ; il mérite aussi que, dans la vaste république des lettres européennes, son nom soit prononcé avec le plus grand respect.