‹ Molière et l'EspagneChapitre 35 sur 109 · Pai-is · texte numérisé non relu

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conceptions médicales, les façons ridicules et les méthodes surannées alors en vogue. Il constate aussi que Molière continue la tradition populaire, hostile aux doctes élèves de Galien ; il cite, entre autres, une véhémente satire du XVI® siècle : Le médecin courtisan^ ou la nouvelle et plus courte manière de parvenir à la vraie et solide médecine, où les airs pédants et le langage barbouillé de latin des médecins sont raillés de façon caustique. En voici un portrait qui date du commencement du xyii*^ siècle :

« Affecter un air pédantesque, Cracher du grec et du latin, Longue perruque, habit grotesque.

De la fourrure et du satin.

Tout cela réuni, fait presque Ce qu'on appelle un médecin. »

Molière a-t-il connu ces satires ? Ce n'est qu'avec la plus grande réserve que Ton peut parler de Tinfluence directe de toutes ces productions des xv^et xyi*^ siècles sur Fœuvre de notre poète : car la plupart d'entre elles ont été révélées par l'érudition contemporaine. On peut et Ton doit admettre que l'esprit qui anime les vieux contes et fabliaux français, cet « esprit

gaulois », foncièrement hostile aux médecins, n'est étranger ni à Toeuvre de Rabelais, ni à celle de Montaigne, ni à celle de Molière luimême. Cet esprit, inhérent, pour ainsi dire, à la race française, pénètre d'une manière, en quelque sorte invisible, toutes les œuvres satiriques à travers les siècles, et cependant ni la tradition, ni Finfluence de Rabelais, ni celle de Montaigne, ni l'état de la science médicale « contemporaine » n'expliquent cette haine persévérante dont Molière poursuivit les médecins. Tous ces facteurs n'interviennent que comme accessoires dans le rôle prépondérant que joue, dans son œuvre, la satire de l'art hygiénique; pour en comprendre le rôle et en marquer la véritable importance, il faut sortir des limites de « la littérature nationale » et l'examiner d'un point de vue « européen ». Et d'abord, il faut nous rappeler ce qu'a dit M. Ferdinand Brunetière du caractère essentiel ^ ou mieux, de la philosophie de l'œuvre de Molière : l'auteur du Malade imaginaire est un apologiste de la nature, et il accable de ses railleries les gens

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