LA COMMEDIA DELL' ARTE
La comédie italienne est double, elle se divise en deux genres distincts : la comédie écrite en vers ou en prose ou comédie régulière, et la comédie populaire et improvisée, commedia deW arte, La comédie régulière ou soutenue, comme on disait encore, n'a commencé qu'au quinzième siècle. Elle compte, à partir de cette époque, beaucoup de noms illustres et d'œuvres remarquables. Citons TArioste, le cardinal Bibbiena, Machiavel, Ruzzante, Pietro Aretinô, Francesco d' Ambra, Ludovic© Dolce, Annibal Caro et des milliers d'auteurs qui firent admirer surtout la complication et la singularité des intrigues qu'ils inventaient et les grâces souvent trop libres de leur dialogue.
La comédie de l'art, aW improvisa, paraît avoir toujours existé en Italie; on la rattache aux Atel-
lanes; on en retrouve les principaux types dans les fresques de Pompéi et d'Herculanum. On suit assez bien les transformations de ces types à travers le moyen âge, jusqu'à l'époque de la Renaissance, où leur rôle s'agrandit et leur succès prit des proportions nouvelles. Aux quinzième et seizième siècles, la comédie improvisée devint un art trèssavant qui lutte avec la comédie régulière, qui crée plus que celle-ci des caractères durables, qui laisse dans l'imagination des peuples une trace plus profonde, et qui se vulgarise et se popularise dans toute l'Europe.
Si cette forme de l'art s'est uniquement produite en Italie, c'est que les Italiens ont porté plus loin que tout autre-peuple le talent du mime et de l'acteur. c« La nation est vraiment comédienne, disait encore le président de Brosses en i740; même parmi les- gens du monde, dans \a conversation, il y a un feu' qui ne se trouve pas chez nous qui passons pour^ôtre si vifs. » Ajoutez que dans l'Italie* catholique la profession du théâtre fut sans contredit plus considérée qu'en' aucun pays du monde'; les princes et les cardinaux témoignaient pour cet art une adttiliiâtîon sans scrupules. Les sainte même lui témoignaient une certaine indulgence. On a souvent cité à ce propos le trait curieux de
ET LA COMEDIB ITALIENNE. il
radimmstraiion dessint Charles Borromée, le grand archevêqàe de Milan, qne M. Ch. Mapin rapporte en ees termes :
« Des récits contemporains, dit-il, nous apprennent que le gouverneur de cette ville ayant appelé, en iS83, Adriano Yalerini avec la trôiipe qu'il diri geait, fit saspendre leurs représentations, ému par de soudains scrupules de conscience. Le pauvre directeur réclama, et le gouverneur embarrassé s'en remit à la décision de l'archevêque. Le bon prélat donna audience swi comédiens, discuta leurs raisons, et, finalement, les autorisa à continuer leurs jeux dans son diocèse, à la condition de déposer entre ses mains le catoeVas des pièces qu'ils voudraient représenter^ Il chargea de l'examen le prévôt de Saiîit-Barriaha, ei, quand il n'y trouvait rien de réprébensible, le saint archevêque doiïnait son approbation et signait les canevas de.sa main. Louis Riccoboni raconte que, dans sa jeunesse^t il avait mimn une vieille actrice nommée Laviniaqm avait trouvé danfc l'héritage de son père, comédieû comme elle, lin assez grand nombre de ces précieux canevas revêtus de la signature de Charles Bonromce* )y
he& €adémies,^si noÉibreuses et si influentes en Itelie^ s'empressaient dé rtcevoir dans leur sein
les comédiens et les comédiennes distinguées. Il s'ensuivit que ceux qui embrassèrent cette profession furent souvent des gens bien nés, instruits, poètes et beaux esprits. Il n'est pas surprenant, dès lors, qu'ils ne se bornèrent point au rôle d'interprète, qu'ils se chargèrent d'inventer, non-seulement le scénario, mais le dialogue. Une imagination vive, un langage souple et harmonieux leur rendaient facile l'improvisation qui était, du reste, dans les habitudes de la nation. On comprend donc, au milieu de l'épanouissement de tous les arts que faisait fleurir la Renaissance, les progrès de la commédia delParte.
Elle partit des tréteaux, des parades de foire, des mascarades et divertissements de carnaval, cela n'est pas douteux. Les bouffons et les masques créèrent les types qui allaient se perpétuer et devenir bientôt cosmopolites. En même temps qu'ils conservaient les souvenirs et souvent les costumes et les attributs des grotesques antiques, ils inventaient des caricatures nouvelles, des parodies satiriques. Chaque province, chaque ville concourait à la fête, fournissait son personnage. Les villes d'université comme Bologne enfantèrent tout naturellement le docteur, le pédant ridicule, dont chaque mot est une délicieuse ânerie ; les modèles