Voir r Appendice, n
s'arrête à la porte de l'hôtelier. Un faux marchand vient remercier tout haut le faux mendiant du service que celui-ci lui a rendu en lui donnant le secret d'avoir un héritier. Un autre vaurien, également d'accord avec Pedrolino, lui apporte de l'argent pour le récompenser de lui avoir rendu le même service. Burattino, qui entend cela, appelle sa femme, et les voilà tous les deux à questionner ce mystérieux opérateur. Pedrolino ne peut leur . révéler son secret, mais libre à eux d'éprouver l'excellence de ses connaissances occultes. Le mari et la femme, s'étant consultés, le cajolent et l'entraînent chez eux. Lorsque ensuite Burattino rencontre Pantalon, il l'engagea tenir prêts ses mille ducats, parce que Franceschina ne peut tarder de mettre au jour un garçon.
Ces exemples, non choisis parmi les pires, suffisent à montrer qu'une grande licence régnait sur le théâtre des Gelosi, et pourtant il est certain que cette troupe était en progrès sensible sous ce rapport et qu'elle frappait, au contraire, les contemporains par une décence inaccoutumée. Niccolo Barbieri dit Beltrame, dans sa Supplica^ nous explique une amélioration que nous aurions, sans lui, quelque peine à comprendre. Parlant des comédiens antérieurs aux Gelosi^ a ils n'hésitaient
pâs, dit-il, à pousser la vraisemblance jusqu'à faire comparaître sur la scène un homme nu, s'échappant d'un incendie nocturne, ou une femme dépouillée par des brigands, attachée à un arbre par quelques lambeaux d'étoffe, et à produire d'autres spectacles du même genre ou plus indignes encore d'être mis sous les regards de galants hommes ^ » Chez les Gelosi^ au contraire, la scène était généralement respectée; et encore, et encore! il n'est pas rare qu'au dénoûment, les Isabelle, les Flamiuia, les Flavio et les Oralio arrivent sur le théâtre in camiscia. Mais enfin il est constant que les Gelosi se piquaient d'une certaine réserve et que cette réserve au moins relative paraissait fout à fait remarquable et de nature à écarter tout reproche. La troupe n'avait-elle pas pour devise un Janus à double face avec cette légende jouant sur le nom de Gelosi :
Virtù, fama ed onor n*ser gelosi.
Les bizarres équipées attribuées sur le théâtre
1. « Non haTevano riguardo, perstar nel Terissimile, di far comparire un' huomo ignudo per sottrarsi da un nottumo incendie, una donna svaligiata quasi ignuda, e aile volte lutta spogliata, ligata ad uno scoglio con velo trasparenle intorno, ed altre coae indegne d'esser vedule da galant' uomini. m {La SuppUca^ cap. vi. Che gli islrioni rappresentayano soTente casi viitosi.)
aux Isabelle, aux Gélia, aux Aurélia ne les empêchaient nullement, à ce qu'il paraît, d'être tenues en haute estime, quand elles savaient conserver dans la vie privée une dignité convenable. Niccolo Barbieri dit simplement à ce sujet : c( Ces fictions ne peuvent corrompre l'âme des comédiennes, puisque c'est l'usage de Tart. »
A une époque plus rapprochée de nous, le marquis d'Argens, remarquant aussi le contraste existant entre la liberté presque illimitée de la scène italienne et les mœurs souvent correctes des actrices de cette nation, l'expliquait par la considération même dont les comédiennes jouissent en Italie. «Elles participent, disait-il, à tous les honneurs de la société civile ; elles sont encouragées par les égards qu'on a pour leur talent ; et leur profession n'ayant rien que de brillant, elles tâchent de ne point se rendre méprisables. »
En ce qui concerne Isabelle Andreini, Théroïné de tant d'aventures cavalières, il y a parmi ses contemporains unanimité pour célébrer sa vertu. Dans des vers latins composés à sa louange, on l'appelle :
SaQCuli Sulpiciam, Florem illibatum populi, suadaeque medullam.
— On la loue de réunir en elle Gypris, Minerve et Jimon,
Gasto conjugio, sophia, vultusque décore.
Et plus tard, son fils Giovanni-Battista, dans le Théâtre céleste , revendiqua presque pour elle Tauréole de la sainteté.