‹ Molière et la comédie italienneChapitre 96 sur 121 · Vbjei l'AptïèndiJîb, n · texte numérisé non relu

Vbjei l'AptïèndiJîb, n

comprend aisément, si Ton réfléchit que, devant un auditoire qui n'était pas italien, cette partie de la représentation était de beaucoup la plus intelligible et la plus saisissante.

Aussi, au contraire de ce qu'on remarque dans les canevas des Gelosi^ la pièce n'est presque plus rien ici : les lazzi sont tout. Nous voyons beaucoup de scènes comme celle que nous allons, par exemple, emprunter au scénario des Quatre Arlequins :

« Arlequin vient, tenant une guitare à la main, et dans le dessein de donner une sérénade à sa mattresse Diamantine. Il pose sa guitare à terre, et, pendant qu'il tourne la tète d'un autre xôté, l'Arlequin butor met sa guitare auprès de la première et se retire. Arlequin est fort surpris de trouver deux instruments au lieu d'un : a Gomment diable, c( dit-il, je crois que ma guitare est accouchée! » Sans qu'il s'en aperçoive, l'Arlequin butor lui dérobe les deux guitares : nouvelle surprise ; enfin, on lui remet la sienne en place. Il la prend, commence à en jouer : pendant ce temps-là , Arlequin butor se place derrière lui, et joue avec la sienne. Le premier reste immobile d'élonnement : a Voilà, « dit-il, un instrument bien singulier, il joue tout « seul. » Dans l'instant il se retourne, et apercevant l'autre il fait des gestes de frayeur. Arlequin

butor rimite en tout : « C'est sans cloule mon ombre « que je vois, » dit Arlequin. Ils se demandent alors réciproquement : « Qui es-tu? » et se répondent en même temps : a Arlequin. » Le véritable est tout à fait confondu lorsqu'il voit paraître aussitôt deux autres Arlequins : « ciel! s'écrie-t-il, il « faut qu'il soit arrivé une barque pleine d'Arle- (( quins ! » Comme le butor est toujours à ses côtés, Arlequin s'imagine que c'est la mélancolie qui lui trouble la vueet lui présente des objets fantastiques, a Voyons pourtant, ajoute-t-il^ s'il y a de la réalité a dans tout ceci.» Il se met d'abord des lunettes sur le nez, et voit que les autres en mettent aussi et se tiennent en pareille posture. Il prend un sifflet, une sonnette, etc. Les autres font de même. Arlequin se désespère, fait des sauts, des extravagances ; les autres l'imitent en tout, à l'exception du butor qui se remue lourdement. »

Ces jeux se '^ontinuent longtemps et forment à eux seuls une partie du spectacle; comme ils n'avaient pas eu grand succès à la première représentation, Dominique les redouble : il inscrit sur son livre : a II faut que nous fassions des postures d'estropiés, de gros ventres, de tourner les mains derrière le dos, de former des attitudes singulières. Ces corrections ont fait leur effet et ont mieux réussi à

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la seconde représentation. » Tout cela est, comme on le voit, purement funambulesque.

L*esprit de Dominique, tel qu'il nous apparaît dans ses canevas, n*est pas des plus fins^ et nous doutons fort^ malgré le dire de Saint-Simon^ qu'il le recueillit à la bibliothèque de Saint-Yictor. En veut-on quelque spécimen ? Arlequin est valet de Pantalon. Ils arrivent ensemble et trouvent Octave en conversation avec Eularia. Arlequin $ voulant faire le serviteur zélë$ se met entre ces amants, querelle Octave : «Je devine aisément, lui dit-il, que vous en voulez à Thonneur de ma maîtresse : elle n'en a point, entendea-vous ? Allez vous promener. »

Dans le Médecin volant^ le capitan vient consulter Arlequin qui fait le médecin^ et lui demsinde un remède pour le mal de dents : « Prenez une pomme j répond Arlequin, coupez-la en quatre parties égales : mettez un des quartiers dans votre bouche, et ensuite tenez-vous ainsi la tête dans un four, jusqu'à ce que la pomtne soit cuite, et je réponds que votre mal de dents se trouvera guéri. » Voilà qui prouve bien ce que dit un de ses panégjHstes : « qu'il avait plusieurs connaissances partieuliëres des seerets de la nature '. y*

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