MARQUÉS
i Descontiada, pîcara! Pagadla, Y buscad, Camarero, otra guantera Que fie, y que no pida (jue la pague, Que yo estoy luego alla para servirla.
CAMARERO
Esto falta no mas û los criados Para ser cscuderos ensillados.
Vanse todos y sale un Paje
PAJE Aqui esta un Alguacil de Corte, y dice Que quiere hablar A Vuesorîa.
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bien que Molière a fait de cet épisode une véritable création, mais il est curieux, en tout cas, de
MARQUÉS. — Dile Que aunque venga de punta, (lue entre liiego. l. Que ([uerra el Alguacil de Corte agora ? Querra pedirme alguna colgadura, 0 carias de favor para alguii Principe ? ; Amigo mio !
Sale el Alguacil y arrime la vara.
ALGUACIL. — Deme Vuesoria Las manos. marqués ; Oli, seiiorl Los l>razos tengo Para estas ocasiones; tome silla.
alguacil. — Muy bueno estoy en pie.
>iARQUÉs. Silla. — A Yo vengo -Mas de prisa, seiior. — M. Silla por vida de la Marquesa: silla, Alguacil mio:
Silla por mi salud. — A. Pues quiere lionrarme Vuesoria, yo quicro obedecerle.
— M. Cûbrase por mi amor : bonete digo.
— A. yo estoy ansi muy bien. — M. Acabe, acabe. A personas honradas. — A. A(iui es justo Obedecer a Vuecelencia en todo.
— M. i Cômo esta mi senora dona Barbara ?
— A. Dona Juana se llama. — M. Eso no importa: Para con Dios lo mismo es uno que otro.
(•. Como esta su merccd, al fin ? — A, Muy bucna Y muy criada desta casa. — M. Tiénela Aficiôn la Condesa muy notable.
— A. No se yo (}ue haya visto doiia Juana Mi senora la Manpiesa. — M. Reconoce Lo que merece, aun sin liaberla visto. —
A. Y'o le beso los pies. — M. i.X que venimos.
Al tin? — A. Solo â pedira Vuesoria,
Con este mandamicnto de la Sala,
Licencia, que importa en taies casos.
Para una ejecuciôn. — M.oQuién me ejecuta ? —
A. El sastre de l'siria. — M. Es un bellaco.
trouver dans un entremes comme une ébauche d'une des scènes de mœurs qui passent pour être le plus proprement parisiennes.
Ce sont, au contraire, deux scènes qui restent à l'espagnole que celles où dom Carlos montre si noblement sa reconnaissance à dom Juan qui vient de lui sauver la vie (III, 3 et 4). La protestation du frère d'Elvire contre les lois de l'honneur, dont il regrette la sévérité injuste sans vouloir pourtant s'y dérober, n'est guère qu'un écho de ces plaintes que font trop rarement entendre les gentilhommes de la comedia contre un pundonor dont ils suivent presque toujours les commandements, et même ceux qui offensent de la plus odieuse manière la nature et la religion (i). La trêve cheva-
(1) Cf. Dom Juan, III, 3: «Et c'est en quoi je trouve la condition d'un gentilhomme malheureuse, de ne pouvoir point s'assurer sur toute la prudence et toute l'honnêteté de sa conduite, d'être asservi par les lois de Ihonneur au dérèglement de la conduite d'autrui, et de voir sa vie, son repos et ses Jiiens dépendre de la fantaisie du premier téméraire (lui s'avisera de lui faire une de ces injures pour qui un honnête homme doit périr». Et: Et pintor de su deshonra (III, 13) :
<« (. Que a otro mi honor se sujete,
y sea (joh injusta ley traidoral)
la afrenta de qui en la Uora,
y no de quien la comète !...
(•. Cômo bârbaro consiente
et mundo este infâme rito ?
/. Donde no hay culpa, hay delito ?
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leresque que dom Carlos impose à son frère lui était inspirée par une situation que Thomas Corneille et Boisrobert avaient alternativement fait représenter à l'Hôtel de Bourgogne, et que Scarron avait mise la même année (1654) sur la scène du Marais (i). Dans l'un comme dans l'autre de ces deux théâtres, le public avait applaudi une lutte de sentiments qui avait déjà ému les spectateurs de Obligados y ofendidos y gorron de Salainaiica. Cette comedia, qui n'est point l'œuvre de Lope, comme le disent ou le répètent MM. de Puibusque, Fournel et Mesnard, ramenait sans cesse par d'ingénieux procédés une suite subtile d'offenses et d'obligations. Molière a-t-il lu l'original? C'est en tout cas chez Francisco de Rojas qu'on voit pour la première fois un gentilhomme arraché à des assassins par le frère de celle qu'il a séduite et qu'il ne veut pas épouser; c'est lui qui a mis le
Siendo otro el delincuente,
de su malicia afrentosa
i Que a mi el castii,^o me dén!...»
Je rappelle que la comedia de Calderôn dans la(4uelle se fait entendre celte protestation n'était point inconnue en France. J'ai déjà indi<iué (dans mon étude sur la Comedia espagnole, p. 354 et 35oj (juc Thomas Corneille lui avait emprunté une partie de ses Illustres ennemis (1654).
(1) Cf. Les Illustres ennemis de Thomas Corneille, Les Généreux ennemis de Boisrobert, et L'Écolier de Salamanque de Scarron.
premier dans la bouche de don Luis s'adressant à son fils (i) des reproches analogues à ceux de dom Alonse à son frère ; c'est enfin un de ses héros qui a imaginé un expédient analogue à celui de dom Carlos pour payer aussi bien le bienfait que l'injure.
Une comédie où cette dramatique situation trouve place à côté de la statue du Commandeur et des raisonnements de Sganarelle ne pouvait être qu'une comédie libre. Molière semble avoir voulu respecter l'unité de temps, puisqu'il a reculé de six mois la mort du Commandeur pour pouvoir montrer son mausolée; il a, malgré tout, été obligé de l'étendre à un intervalle de trente-six heures. Il n'a fait, au contraire, aucun effort pour suivre l'unité de lieu. Il a senti qu'elle serait à la fois impossible et inutile dans une pièce qui aurait perdu toute sa couleur si on l'avait dépouillée de son dénouement fantastique. On dirait même qu'il a essayé de concilier le goût français pour la concentration de l'action et le plaisir que trouvaient les Espagnols dans la multiplicité des changements de scène. Sans cesser de mettre son héros en pleine lumière, il a varié les décors où il l'a pro-
(1) Cf. la fin de la seconde «journée».
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mené ; il l'a mêlé à des épisodes où des personnages divers font entendre des tons différents; il lui a enfin donné non point un caractère immuable, mais une figure changeante et fuyante Domjuan est toujours reconnaissable, mais il n'est pas exactement le même de la première à la dernière scène. Il semble que de l'une à l'autre il ait pris le temps de vieillir et de tirer de Texpérience un salutaire conseil de dédaigneuse h3^pocrisie. Ce n'est point encore le héros romantique, mais ce n'est plus tout à fait le personnage classique.
Faut-il regretter que la superstition des règles ait détourné Molière de la voie où il semblait s'engager avec Dom Juan ? Ce regret serait aussi ridicule qu'il est vain. La conception que Molière s'est faite de son art s'accommodait sans peine d'un préjugé qu'il n'acceptait que parce qu'il en voyait les avantages. Elle lui a inspiré des chefs-d'œuvre que ne font point oublier les plus brillantes productions des théâtres étrangers. Mais ce serait se faire de son génie une idée bien étroite que d'en méconnaître la souplesse et la variété. Ne l'enfermons pas plus dans le salon de Célimène que dans le sac de Scapin. Molière avait un sens dramatique trop délicat pour n'être pas frappé du charme de la
comedia. Il s'est demandé parfois s'il ne pourrait point présenter à des Français de son temps et de son milieu une image moins confuse de sa couleur et de sa liberté. Et c'est parce qu'il a lu du Lope et du Calderôn qu'il y a chez lui de l'Aristophane et du Shakspeare.
Est-ce maintenant un paradoxe de conclure que le théâtre espagnol a été pour Molière le plus utile des fournisseurs? Il n'en a pas seulement tiré les plus nombreux et souvent les meilleurs des matériaux étrangers qu'il a mis en œuvre. C'est grâce à lui qu'il s'est dégagé de l'imitation de l'Italie pour se diriger vers la voie où il a rencontré la grande comédie. C'est à la même source qu'il a puisé un peu de la gaîté de ses comédiesfarces, de la saveur satirique de ses comédies de mœurs. C'est enfin parce qu'en voyant les défauts de la comedia il en a aussi senti la poésie et le charme qu'il a essayé parfois d'accommoder au goût français quelques-unes de ses plus heureuses libertés.
Ce sont là des dettes qu'il faut d'autant plus facilement reconnaître qu^elles ont enrichi celui qui les a contractées. Molière n'est point un Moreto ; il ne s'est pas contenté d'adapter avec talent les œuvres de ses prédécesseurs. Si l'on excepte la Princesse d'Elide^ et j'ai dit pourquoi il fallait
le faire, il n'a jamais commis un plagiat semblable à celui de Calderôn copiant dans Los cahellos de Absalôn un acte entier de La Venganza de Tamar de Tirso de Molina, Ce serait lui faire injure que de comparer son imitation à celle des Thomas Corneille et des Scarron. Ceux-là se font une gloire de découvrir une pièce espagnole ; ils travaillent avec le texte sous les yeux, et, plus d'une fois, ils ne le modifient qu'avec Taide d'autres textes de la même origine. Molière, au contraire, crée, pour ainsi dire, en toute liberté. Ses emprunts les plus directs sont souvent les réminiscences d'un auteur qui est aussi un acteur, et qui, au lieu de vérifier l'origine d'une idée et d'en changer l'expression, se demande seulement si elle convient à la situation et au personnage. A vrai dire, Molière n'imite pas. Les livres sont pour lui comme un supplément de la vie. Il ne se contente pas de ce qu'il voit. Il prolonge son observation de toute l'expérience de ses devanciers. Lectures, réminiscences, visions se mêlent en sa puissante imagination, et, quand elles en sortent sous la forme vivante d'un personnage dramatique, on ne peut plus les séparer. Voilà la véritable invention. Le génie ne consiste pas à trouver, au sens brutal du mot, une scène ou un sujet nou-
veaux. On ne trouve jamais que ce qui existe ou a existé. Mais avec des éléments bien connus créer une œuvre originale, c'est là le don suprême et mystérieux^ car c'est le secret même de la vie.
Ce fut le don et ce fut le secret de Molière. Il a si bien imprimé sur ses emprunts la marque de son pays, de son temps et de son esprit qu'ils sont devenus sans conteste sa propriété personnelle. Quand on joue une tragédie de notre grand Corneille, on y croit voir parfois flotter le panache espagnol. Qui donc s'aviserait, quand on joue du Molière, de lui trouver une allure ou une couleur castillanes ? Et voilà bien la merveille du génie de celui qui n'a pas cessé d'être notre grand comique. Il n'a rencontré nulle part de plus précieuses ressources qu'au delà des Pyrénées. Et, s'il y a un drame qui ait arrêté la diffusion de la comedia en France pour lui substituer une forme d'art d'une inspiration et d'une portée absolument différentes, c'est assurément la comédie de Molière.