‹ Molière et les dévotsChapitre 1 sur 13 · JUSTIFICATION DE L'EPIGRAPHE ET POSITION DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DE L'EPIGRAPHE ET POSITION DU PROBLÈME

1° Moliëi^e et La Rochefoucauld

Ce n'est pas par pure fantaisie que j'ai choisi, pour épigraphe à ce livre, une phrase signée- La Rochefoucauld. ;

Avant d'entreprendre de rédiger les réflexions que je croyais devoir formuler touchant l'immortel pamphlet de Molière contre l'hypocrisiedévote, l'inspiration me vint de relire les Maximes du gentilhomme précieux. Et. comme je méditais

l'âpre doctrine de ce Moraliste, j'admirais comment son hautain pessimisme s'exaspéra, plutôt qu'il ne fut tempéré, par les grâces exquises, mais un peu apprêtées, d'une société où la courtoisie, sans doute, l'emporta de beaucoupsur lasincérité.

Une politesse un peu futile, me disais-je, jointe à des raffinements rares dans les sentiments et dans la pensée, ont conduit ce siècle de luxe à préférer l'élégance des gestes et l'harmonie dcc-, cadres à l'austère renoncement de la vertu comme à l'abnégation de l'apostolat ou de l'héroïsme.

Ainsi je feuilletai longuement ce livre, moitiélisant, moitié rêvant. Et mes yeux tombèrent sur cette maxime :

(( La plupart des amis dégoûtent de l'amitié et la plupart des dévots dégoûtent de la dévotion. » (i)

J'étais pénétré de Molière et imprégné de La Rochefoucauld; il m'apparut que le gentilhomme et le comédien, si distants qu'on les pût croire, étaient liés d'une étroite parenté intellectuelle.

On se plaît à citer cet aphorisme de l'auteur des

(i) Maxime 427. Edit. Régnier. Collection des Grands Ecrivains. Cette maxime n'a été publiée que dans la 5"" édition (1678).

Maximes : « L'i^pocrisie est un hommage que le . vice rend à la vertu. »

Les placets de Molière procèdent de la même' pensée; et aussi les tirades de Cléante. Molière avait à se défendre : son plaidoyer ne manque pas de subtilité.

L'aphorisme de La Rochefoucauld ne fut peutêtre qu'une précaution oratoire, une sorte de parenthèse édulcorante, ouverte comme un paradoxe finement aiguisé, au beau milieu de tant d'amères assertions. Peut-être a-t-il jailli, simplement, par un de ces jeux d'esprit auxquels l'auteur aimait à s'exercer devant de jolies interlocutrices.

Le jeu alors ne laisserait pas d'être quelque peu narquois. Car quiconque tirerait les conclusions de toutes ces sentences ingénieuses, inclinerait, à tout le moins, vers cette conviction qu'il n'est guère, pratiquement, de vertu qui ne soit un masque ou, comme dit l'auteur, une « mine. »

« Dans toutes les professions, lit-on dans les Maximes, chacun affecte une mine et un extérieur pour paraître ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on peut dire que le monde n'est composé que de mines. »

Ce grand seigneur s'est donc amusé à disséquer

les plus beaux sentiments humains pour y découvrir ce qu'il se mêle de fiel à leur douceur, de mesquinerie grossière à leur élégance, d'égoïsme brutal, enfin, à leur apparent désintéressement. Cette dissection, il est vrai, s'est accomplie avec la collaboration, à la fois séduisante et décevante, de la belle Madame de Sablé entourée de sa cour. Les déceptions de l'amoureux, jointes aux désillusions du politique, ne sont pas pour rien dans le désenchantement du philosophe.

Mais la question n'est pas de savoir à quelle dose un. moraliste a pu associer son cœur à ses pensées. La question est de savoir si cette participation du sentiment a, chez lui, aveuglé l'esprit, ou si, au contraire, par elle, s'est trouvée accrue la finesse de l'analyse et développée l'acuité de la vision. Je rêveraiad'interroger, parmi les hommes, tous ceux qui ont vraiment vécu, c'est-à-dire qui ont su voir au travers de la vie, ceux dont l'expérience n'a pas été déformée par ces lunettes des dogmes religieux, sociaux, politiques. — dont aucune - intelligence humaine, au surplus, ne saurait esquiver l'usage* — . Encore qu'une pareille enquête ne soit pas possible, j'incline, pourma part, à penser que, parmi ces sages, plusieurs répéteraient volon-

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ramerti, maximes le fruit de ses expériences et sans d de SGS décePtions - Molière Savait.

hainepZV "r^™ .U Rochefouca^d que «/a, ou que lesfavons n est *xie ^mour de la faveur », sincérit T qUG r°n Prend d ordinaire pour.de la -■ ■ attirer!, ° eSt " ^une fine dissimulation pom\ à dout" COnfiance d'autriti- » Et, enfin.il n'est pa^ comme-'! qUÊ le comédien eut remarqué, tout un des , n°b,e PhllosoPhe; que l'hypocrisie est édition i dements des sociétés humaines. Une lMi Misanthrope pourrait, aussi bien, porter

en exergue, cette épigraphe : « Les hommes ne vivraient pas longtemps en société, s'ils n étaient dupes les uns des autres. » Car, que fait le grand comique, si ce n'est de condamner au désert un honnête homme — doublé d'un homme honnête — mais insociable en ce qu'il prétend ne vouloir jamais ni duper les autres, ni soi-même être dupe ?

2° Les Maximes et le Tartuffe

Si ces suggestions ne sont pas téméraires, il y a lieu d'observer que la coïncidence des dates ajoute beaucoup à l'intérêt présenté par ce parallélisme de Ja pensée. Le Tartuffe est composé en 1664. Or, c'est le moment même où La Rochefoucauld met la dernière main à la première édition des Maximes, lesquelles virent le jour en 1665.

Cette première édition fut, par la suite, notablement remaniée. L'auteur condensa un grand nombre de pensées, parfois par une coquetterie d'artiste et quelquefois, peut-être, parce que de certains développements ou de certains détails d'observation avaient, avec le temps, perdu de

leur intérêt ou de leur opportunité. Toujours est-il qu'on lit dans l'édition définitive cette maxime :

. « L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres : cest un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s élever; et, bien qu'il se transforme en mille manières, il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité. »

Cette sentence, ainsi condensée, ne nous laisse que très vaguement entrevoir sur quelle expérience et sur quels modèles ont porté les observations dont elle a été pétrie. Combien plus instructif, à cet égard, est le texte de la première édition :

« L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission que nous employons pour soumettre eftectivement tout le monde. C'est un mouvement de l orgueil, par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'élever sur eux. C'est un déguisement et son premier stratagème; maisquoique ses changements soient presque infinis et qu'il soit admirable sous toutes ses figures, il faut avouer néanmoins qu'il n'est jamais si rare ni si extraordinaire que lorsqu'il se cache sous la forme et sous l'habit de 1 humilité; car alors on le voit, les yeux baissés, dans une contenance modeste et reposée; toutes ses paroles sont douces et respectueuses, pleines d'estime pour les autres et de dédain pour lui-même. Si on

eut l'en croire, il est indigne de tous les honneurs, il nest capable d'aucun emploi ; il ne reçoit les charges que comme un effet de la bonté des hommes et de la faveur aveugle de la fortune. C'est l'orgueil qui joue tous ces personnages que l'on prend pour l'humilité, u

Qui ne sent combien nous sommes près de Tartuffe ? ( i )

Humilité, dévotion, c'est tout un : l'Evangile, au dire de tous les commentateurs, a établi l'humilité, avec la douceur, comme la première assise delà piété : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », a dit le Christ.

Pour tous les ordres religieux, pour tous les chrétiens qui ne s'appliquent pas seulement à la pratique vulgaire de la religion, mais qui aspirent à réaliser cette vie de perfection dont parlent les mystiques, l'humilité est la première et l'essentielle vertu. Ouvrez Y Imitation de Jésus-Christ, après les généralités du premier chapitre (2), dès le second, l'auteur s'applique à définir l'humilité, à en marquer la nécessité, à en célébrer l'es bienfaits. (3)

(1) Voir édit. Régnier. Maxime 124, p. 134 et la note 1. • (2) De Imitatione Christi et contemptu omnium vanitatum mundi.

(3) De humili sentire sui ipsius.

Au surplus La Rochefoucauld ne pensait pas autrement là-dessus que les auteurs -mystiques. Une maxime l'atteste formellement :

« L'humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes : sans elle nous conservons tous nos défauts et ils sont seulement couverts par l'orgueil qui les cache aux autres et à nous-mêmes. »

Cette maxime n'a été publiée que dans la quatrième édition (1671).. Il est remarquable que La Rochefoucauld ait, là aussi, changé le texte du manuscrit et ait procédé à une suppression tout à fait analogue à celle que j'ai signalée plus haut :

« L'humilité, avait-il écrit, est la seule et véritable preuve des vertus chrétiennes et c'est elle qui manque le plus dans les personnes qui se donnent à la dévotion. ( 1 )

D'autres sentences sur le même sujet figuraient dans le manuscrit; elles ont été omises dans les diverses éditions parues du vivant de l'auteur. L'esprit en est le même, l'intention satirique en est évidente :

« Force gens veulent être dévots, mais personne ne veut être humble, h

(1) Ed. Régnier. Max. 358, pp. 169-170 et note 1; les maximes qui suivent sont les n"' ^-54. 5^7 et 536 delamême édition.

« L'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui offre des sacrifices. »

Enfin, pour bien démontrer que l'évocation de Tartuffe n'est pas, de ma part, une fantaisie sans consistance, il sied de citer encore ces deux lignes qui ne furent pas non plus publiées par l'auteur, mais qui sont, pour nous, très significatives :

« Les véritables mortifications sont celles qui ne sont point connues; la vanité rend les autres faciles. »

N'en doutons pas, La Rochefoucauld, lorsqu'il parle de l'humilité, pense à la dévotion.

On veut que, dans toutes ces réflexions sur l'ostentation de la fausse humilité, le moraliste ait visé la duchesse de Longueville (i). C'est trop restreindre le champ de l'observation et, par conséquent, le champ de l'allusion. Les il lustres convertis ne manquaient pas. C'est Conti, c'est Mecklembourg, c'est, à Bayeux, un calviniste, ailleurs, un More, qui se font de païens catholiques ou de libertins dévots, avec un luxe inouï de réclame ; sans parler du jeune Loménie de Brienne qui entre à l'Oratoire, ni de Mlle de Mortemart ou de MlIe de Lyonne qui prennent le voile. On ne peut

(i) Ed. Régnier, p. 231. note à la max. 516.

citer ici que quelques noms, mais la liste serait longue des pécheurs touchés par la grâce.

A supposer que toutes ces conversions aient été sincères peut-on douter qu'autour de tant d'illustres enfants prodigues, il n'y ait eu toute une floraison d'hypocrites, jadiscompagnons de débauches, par goût autant que par intérêt, aujourd'hui dévots à contre-cœur, par nécessité, mais d'autant plus austères qu'ils sont plus suspects ?

Un prélat. Daniel de Cosnac, ancien confident de Conti, s'exprime ainsi touchant les anciens compagnons de cette altesse convertie à la dévotion :

« Comme l'humeur de ce prince le portait à prendre toutes choses avec violence, sa dévotion était austère, et ces adroits favoris jugèrent bien qu'ilsétaient perdus, s'ils ne suivaient l'inclination de leur maître. Dès lors on vit ces deux raffinés hypocrites blâmer hautement le vice qu'ils pratiquaient en secret, et servir chaque jour publiquement à la messe de M. le Prince avec une dévotion aussi affectée que. peu exemplaire; car tout le monde, excepté le Prince, connaissait les motifs qui les obligeaient d'en user de la sorte. » (i).

Assurément La Rochefoucauld avait assez de

(i) Mémoires de Cosnac T. I. pp. 15, 16, 210. 257; T. II. pp. 195 et 106.

modèles sous les yeux, pour que ces observations eussent une portée très large.

En veut-on une preuve } Un contemporain lit cette maxime : « L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité. » Et il l'apprécie en ces termes, dans une annotation : « Vrai. Témoin les dévots. » ( i )

On peut donc dire qu'à travers La Rochefoucauld, nous avons l'opinion du plus intelligent, peut-être, des salons précieux sur une question du jour : celle de la fausse dévotion. Je dis une question du jour, me référant à la fréquence des allusions qui y sont faites dans les Maximes. Il sera apporté d'autres preuves de cette actualité de l'hypocrisie dévote. Mais, quand on songe à ce texte de la première éditionqui donneuneattitude si caractéristique à l'humble orgueilleux des Maximes, est-il possible de douter que nous ayons devant nous le Tartuffe aristocratique, vu dans les salons, par des gens du monde, à l'époque où Molière le dévoilait tel qu'il l'avait observé dans toute la France, en province comme à Paris ?

()) Voir l'édition Régnier, p. 44, maxime 33 et la note. Cette maxime figurait dans l'édition de 1665.

Il vaudrait peut-être la peine d'étudier avec plus de détails les points qui rapprochent la philosophie et les observations de Molière de celles de La Rochefoucauld. Je m'en garderai, n'ayant, au seuil de cette étude, suggéré l'existence de cette analogie, que pour justifier mon épigraphe.

Car mon intention, précisément, est d'établir que, si Molière a écrit son Tartuffe pour beaucoup de raisons d'opportunité, les principales se trouvent indiquées dans la maxime de La Rochefou-' cauld dont s'adorne la page liminaire de ce livre.

Au moment, en effet, où il composait sa pièce, Molière avait quelque raison d'estimer que « la plupart des amis dégoûtent de l'amitié. » Pour le reste, ce n'est pas Molière seul, mais une très forte N partie de l'opinion publique, à la Cour, à la Ville/ dans toute la Province, parmi la Noblesse, comme au sein du Clergé, qui opinait alors que, suivant l'expression du moraliste : « La plupart des dévots dégoûtent de la dévotion. »

3° Le problème du Tartuffe

Que le Tartuffe soit une pièce à clef, c'est-à-dire une pièce à laquelle des contemporains aient servi

d'originaux — il n'est pas permis d'en douter : tout le xvnc siècle l'a cru ; il en avait de bons motifs puisque Molière en a fait l'aveu. ( i )

Le goût de l'époque allait aux « portraits plus encore qu'aux « Maximes ». Victor Cousin n'a pas eu de peine à démontrer que le Grand Cyrus était moins une fiction qu'une chronique, agrémentée de détails romanesques, mais dont tous les personnages, comme les principales péripéties, appartiennent à l'histoire. Il y eut des clefs de certaines pièces de Racine — la plus célèbre, sans doute, est celle de Bérénice — ; il y en eut, on le sait assez, des Caractères de La Bruyère. Comment n'y en eût-il pas eu des comédies de Molière ?

Le Tartuffe n'avait pas encore été joué publiquement que toute la bonne compagnie citait les personnes visées par le comique. On indiquait l'abbé de Roquette, ou l'abbé de Pons, ou bien le poète Sarrazin ; on parlait d'un certain nombre de gentilshommes; on prononçait mêmelenonrdu haut et puissant seigneur, Prince deConti, naguère le protecteur et l'ami de Molière.

Mais ces originaux n'étaient point, même alors,

if

(i) Dans les deux Placets du Roi notamment.

les plus intéressants, entendez les plus capables d'assaisonner la pièce de ce piment du scandale, si fort apprécié d'une salle « intelligente ». Chacun savait que Molière avait voulu atteindre moins des particuliers, qu'une certaine collectivité.

Une partie du public, il est vrai, semble avoir hésité plus tard à identifier cette collectivité. Les amis des Jansénistes s'empressèrent d'affirmer que les Jésuites y étaient croqués en un profil impossible à méconnaître. Lei amis dés Jésuites répliquaient que Tartuffe, à n'en pas douter, était le propre portrait des Jansénistes. Mais les personnes bien renseignées connaissaient, au moment où parut la pièce, la signification prêtée par Molière à ces mots : les « Dévots », la « Cabale », qui sont répétés à plusieurs reprises. Ce n'était ni les Jésuites, ni les Jansénistes, dont il était question, mais tous ces chrétiens zélés — trop zélés — qui se trouvaient affiliés à la « Cabale des dévots ».

Cette expression « les Dévots », dans le langage d'alors, avait un sens préjoratif ; elle désignait non des personnes pieuses, mais des chrétiens dont la piété paraissait excessive. Les dévots, c'étaient les membres de ces confréries aux pieux vocables que les Jésuites avaient semées un peu

partout sur le sol de France, dans les villes, dans les bourgs, dans les plus humbles paroisses. C'étaient les prosélytes les plus ardents de l'austère doctrine de Port-Royal (i). C'étaient les disciples de l'actit Vincent de Paul. C'étaient les apôtres bénévoles des paroisses, prompts à servir la piété expansive de curés agissants comme M. Olier. C'étaient les illustres convertis de la cour ou de la ville.

Cette troupe en apparence disparate était disciplinée, enrégimentée ; elle obéissait à des mots d'ordre venus de chefs mystérieux, souvent. inconnus, quelquefois devinés des plus habiles ou des plus clairvoyants, rarement manifestement découverts.

Ces chefs eux-mêmes étaient unis et organisés en des sociétés secrètes, dont le siège était à Paris et qui avaient jeté des ramifications dans presque tous les gouvernements provinciaux. C'est cet état-major — très puissant, comme on le verra —

(i) De bonne heure cependant les Jansénistes furent en butte à l'hostilité des « Dévots ». A partir des Provinciales ceux-ci les poursuivent d'une haine irréductible. On voit pourtant que les allusions de Molière ont prêté très vite à confusion. Il est néanmoins certain que les Jansénistes ne furent aucunement visés par lui.

qui, à proprement parler, constituait la « Cabale». C'est lui que le public averti reconnut sous les traits de Tartuffe.

La principale de ces sociétés était la Compagnie du Très~Saînt-Sacrement de L'Autel. On a cru jusqu'à ces dernièrés années qu'elle était la seule. Une autre, au moins, existait à côté d'elle : mais on ne connaît guère de cette dernière que son existence. Son nom même ne nous est parvenu que sous cette forme énigmatique l'A. a. ( i ).

L'existence des Compagnies du Très Sain/Sacrement de l'Autel n'était pas complètement ignorée au dernier siècle, mais il y a une vingtaine d'années seulement qu'on a connu l'importance du rôle qu'elles ont joué dans la vie religieuse du xvne siècle. La révélation en avait été faite grâce aux Annales de Voyer d'Argenson. Découvertes au

d) Voir touchant l'A. a. et ses filiales provinciales, Raoul Allier UneSociété secrète auxviT siècle. La Compagnie du Très Saint-Sacrement de l'autel àToulouse P. 1914. Une Société émule de la Compagnie du Très Saint-Sacre?nent l'A. a. de Toulouse aux xviie et xvin* siècles. Paris 1913, par le comte Bégouen. Les Sociétés secrètes catholiques au xvn' siècle, 191 3, par l'abbé Alph. Auguste, Une Société secrète aux xvne et xvin' siècles. L'A. a. cléricale, 1803. Anonvme.

cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, analysées par le P. Clair dans les Etudes de la Compagnie de Jésus , commentées avec assez d'inexactitude, en 1899, par M. Robbe, dans la Revue historique , ces Annales furent publiées par un Bénédictin, Dom Beauchet Filleau.

Voyer d'Argenson avait~composé en 1696 cette

relation des actes de la Cabale dispersée, pour

l'Archevêque de Paris, Antoine de Noailles. qu'il

voulait décider à autoriser le rétablissement de la

Compagnie de Paris. C'est donc un document très

précieux. Peut-être serait-il passé inaperçu de la

critique littéraire, si M. Raoul Allier n'avait

écrit, en 1902, une histoire très consciencieuse de

la Cabale des Dévols. Ce dernier livre lui-même a

été commenté et quelque peu complété par M. A.

Rebelliau, dans une série d'articles qu'il a donnés

à la Revue des Deux Mondes. Depuis lors, un grand

nombre d'études et de documents nouveaux ont

été mis au jour sur cette question. La critique

universitaire ne parait pas s'être beaucoup

émue quoique le problème du Tartuffe s'en soit

trouvé complètement modifié. En dehors de

M Lanson, toujours scrupuleux en ses moindres

ouvrages, aucun éditeur de cette pièce (je veux

parler des éditions scolaires) n'a daigné, je crois s'en apercevoir ou, du moins, en convenir.

Il ne saurait être question de procéder à une analyse de tous les travaux qui ont paru sur les Compagnies du Saint-Sacrement. Mais il semble qu'il y ait lieu d'en tirer des conclusions d'ensemble. M. Raoul Allier a pensé que les véritables originaux de Molière écrivant Tartuffe et Don Juan, ce sont les Confrères du Saint-Sacrement. D'autres ont cru que ces conclusions étaient trop exclusives; ils veulent, avec Brunetière, que le libertin Molière s'en soit pris à tous les dévots et a la. religion elle-même. Certains acceptent cette opinion maisadmettent, d'ailleurs, que le comique a pu songer principalement aux Confrères en composant ces deux pièces. Ainsi raisonne, à peu près, M. Rebelliau, notamment.

A quelque conclusion que nous devions aboutir, il faut indiquer brièvement quelle fut l'origine de la Compagnie, quels furent son but et ses moyens d'action. Je rappellerai aussi quelles circonstances lui valurent la haine à peu près générale et, finalement, provoquèrent contre elle l'intervention des pouvoirs publics.

Notes Bibliographiques

I. Documents: i" Voyer D'Argenson : Annales de la Compagnie du Très Sainl-Sacremïnt, publiée par Dom Beauchet Filleau, in-8.

2° A. Rebelliau : La Compagnie secrète du S. S. à Marseille. Lettres de la Compagnie de Paris à la Compagnie de Marseille, P. 1908.

3° R. Allier : Une Société secrète au xvn' siècle. La Compagnie du T. S. S. à Marseille, P. 1909.

40 R. Allier: Une Société secrète au xvn* siècle. La Compagnie du T. S. S. à Toulouse, P. 1914. (Le Comte Begouen s'est chargé de publier les procès-verbaux de la Compagnie de Tours.)

II. Etudes documentaires : i° L'abbé Auguste : Les . Sociétés secrètes au xvn' siècle, 191 3.

20 Leroux: Bulletin archéologique du Limousin XXXIII 4 et XLV. (Registre de la Compagnie de Limoges.)

3* Prudhomme : Histoire de Grenoble. (A utilisé les Registres de la Compagnie de Grenoble.)

III. Etudes critiques : R. Allier: La Cabale des Dévots, 1902, A. Rebelliau dans la Revue des Deux Mondes : ' 1" juillet, 1" août, 1" septembre 1903, 15 août 1908, 15 octobre, i*r novembre 1909. — Yves de la Brière : Ce que fut la Cabale des Dévots. — Boudhors : Rev. de l'Ens. second., 1903.

IV. Ouvrages divers: Dom Gabriel Gerberon : Hist. du Jansénisme, 1700, T. II. — Mémoires d'Hermanl (Ed.

Gazier). T. II. — Mémoires du P. Rapin (Ed. Aubineau), 1865. — Gaillon: Vie de M. Olier, T. I. — H. Joly : Le P. Eudes. 1907. — Abbé Deberre : Hist. de la Vén. Marguerite du S. Sacrement, 1906. — Abbé Aulagne : La Réforme catholique du xvn* siècle dans le diocèse de Limoges, 1906, etc., etc..

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