MÉMOIRES D'UN CHAT
C'est, je crois, le premier volume publié par Y Edition du livre mensuel. Monsieur « Sidi ». Mémoires d'un Chat est certainement appelé à un gros succès: non pas seulement par 1 originalité du sujet, mais encore par la façon dont il est écrit. Cette étude psychologique prise sur le vif m'a paru tellement exacte, tellement vécue qu'elle m'a réconcilié avec la gent féline pour laquelle je n'ai jamais eu de grandes sympathies. Ce bijou littéraire doit être recommandé à la lecture des jeunes filles... et aussi des personnes qui. comme moi. se sentiraient quelque aversion pour cet animal. C est d'ailleurs avec cette idée que notre a matou » a écrit ses mémoires : « Je me suis résigné à entrepren-
« dre ce travail dans l'espoir que cela incitera peut-être des « gens qui ne le sont pas encore, à devenir compatissants « pour nous les frères inférieurs et quelquefois si peu « inférieurs.
« Que les petits des hommes — il y en a tant de barba- « res ! — lisent cette histoire d'un bon chat pour qui la (( destinée fut maternelle, et qui leur tend à tous, aux « bienveillants et à ceux qui le deviendront, une affec- <( tueuse patte de velours. »
Médée.
(L'Echo d'Or an.)*
Albert LANTOINE
La Lanterne
du
Cynique
Enfin voici un penseur !
Ce n'est pas M. Gustave Le Bon qui., comme chacun sait, fait profession de penser, et qui pense, et qui pense. Au reste, il ne faut pas se dissimuler que M. Gustave Le Bon est un penseur lui aussi. Et il suffit presque toujours de s'arrêter au contraire de ce que ses pensées expriment pour être très près de la vérité... Mais j'ai rencontré un penseur qui n'a point la morgue ni la médiocrité de M. Gustave Le Bon et qui se contente de rechercher la sagesse, et qui, après tout, n'est pas très éloigné de la trouver quelquefois. Il s'appelle M. Albert Lantoine et ses pensées sont recueillies sous ce titre : La Lanterne du Cynique. Ses pensées
constituent des observation? sur le temps présent et des conseils pour améliorer les institutions et les hommes du temps présent.
Les observations ne manquent pas d'être fortes et justes. Les conseils partent d'un bon naturel et d'un excellent esprit.
M. Albert Lantoine a écrit une œuvre assez* diverse, un peu disparate et il s'est efforcé constamment d'atteindre à l'originalité. Pour cela tous les moyens lui ont paru dignes d'être employés. Et j'ai souvenir d'un incident déjà lointain. C'était le temps où le moindre employé de bureau jouait volontiers les Alcibiade et «justement A\. Albert Lantoine est peut-être, comme tout le monde, fonctionnaire à l'Hôtel de Ville ou bien ailleurs. Alcibiade Lantoine coupa donc publiquement la queue de son chien qui était un chien de race. Il écrivit une étude intitulée, si je ne me trompe : Assassinons les vieillards. Il démontrait fortement que les vieillards sont inutiles sinon nuisibles à la société, qu'ils encombrent sa vie, retardent son mouvement, gênent ses progrès et que, par conséquent, il est convenable de se débarrasser d'eux par des procédés violents... Aujourd'hui, sans doute, une étude de cette nature et traduisant aussi loyalement de pareilles tendances ne pourrait être publiée... Les événements, hélas ! ont mis leur cruauté à nous priver de toute la jeunesse agissante et les vieillards ont repris dans la société la prépondérance. Il est même arrivé qu'ils dominassent dans le gouvernement civil et militaire d'une- époque tragique. On a beaucoup parlé avec une sorte de dédain et comme avec un sentiment rageur d'impuissance et d'hu-
miliation du gouvernement des vieillards... Le hasard, qui fait toujours admirablement les choses, a voulu que tout finit par s'arranger à la satisfaction générale, que les vieillards y trouvassent quelque glorieux avantage et que le très spirituel vaudevilliste Alfred Capus fut amené à se charger de couronner la tragédie en conduisant par la main M. Clemenceau à l'Académie française — à l'Académie française où .M. Clemenceau est le plus jeune de tous !...
Bref, aujourd'hui le véhément et pourtant flegmatique' paradoxe de .M. Albert Lantoine serait inopportun. A l'époque même où il se produisit non sans verve, il ne causa aucune joie à Sarcey. Sarcey commençait d'avancer en âge et il se considéra comme visé personnellement par le projet de .M. Albert Lantoine. et il prit donc la défense d'une catégorie de citoyens auxquels, un certain nombre d'années plus tard, l'institution seule de la carte de pain devait faire sentir leur infériorité alors qu'ils recevaient des circonstances les plus éclatantes compensations et même des privilèges à peu d'autres pareils ! Bref. Sarcey se tint alors pour offensé : il entra dans une fureur extrême qui le poussa à écrire un article de plus, car les fureurs extrêmes des publicistes ont souvent de graves conséquences ; il fît appel au bras séculier et c'est tout juste si M. Albert Lantoine ne fut pas poursuivi pour provocation au meurtre.
Les années passèrent; les vieillards ne furent pas assassinés: M. Albert Lantoine renonça pour un temps à jouer les Alcibiade et je suppose qu'il obtint de l'avancement dans son administration.
Mais déjà vous jugez le fond et aussi la forme d'un esprit singulier et sérieux et dont je dirai en outre qu'il est ferme et courageux.
Seulement M. Albert Lantoine s'exagère un peu l'audace de sa sagesse. Depuis que Sarcey est mort, si j'ose dire, il devient tout à fait normal d'imiter Diogène et il en sera ainsi tant que Sarcey sera mort. M. Albert Lantoine dédie son livre, La Lanterne du Cynique, à Diogène son maître. Et il le loue dans sa dédicace d'avoir méprisé les grandeurs et la richesse. A l'heure actuelle, mépriser les grandeurs et la richesse, pour peu qu'on ait de tact et de pondération, c'est un moyen d'obtenir l'une et les autres. Et on«ne court plus ces risques auxquels Diogène se flattait de n'avoir aucun instant échappé durant les quatre-vingt-dix années, de son existence... Diogène n'était-il pas déjà complaisant à se sentir persécuté? « Toutes les imprécations des tragiques, affirmait-il. se sont concentrées sur moi. car je suis exilé, sans patrie, sans habitation, errant, mendiant mon *• pain et vivant au jour le jour, mais une constance me met au-dessus des rigueurs de la fortune. )) Je crois qu'aujourd'hui, les rigueurs de la fortune ne seraient pas particulièrement réservées au philosophe Diogène et c'est peut-être parce que nous sommes devenus enclins à négliger ce que disent* les philosophes. Et c'est peut-être aussi parce que les pensées mêmes de Diogène sont devenues à peu près des lieux-communs.
Il serait bien surprenant que M. Albert Lantoine évitât complètement le lieu-commun puisqu'il s'attache à penser à la façon de son maître Diogène... .Mais le lieu-commun a son prix et comment ne pas célébrer M. Albert Lantoine
pour ce qu'il a voulu restaurer parmi nous la pure morale des philosophes cyniques ? Et je suppose que, encore que M. Albert Lantoine se réclame de Diogène avec quelque affectation et non pas d'Antisthène. Antisthène qui était si rude à Diogène serait accueillant à M. Albert Lantoine. Puisse M. Albert Lantoine, digne d"un si bon maître, rencontrer, dans la foule ardente à reconstituer la société selon la justice, beaucoup de bons disciples dignes de lui !
La justice ! M. Albert Lantoine est très préoccupé de la façon dont elle s'exerce. Cette préoccupation part elle aussi d'un bon naturel et à l'heure présente où — de nombreux discours en témoignent — on a dessein d'améliorer l'existence des individus dans la société, il ne messied pas de vouloir assurer d'abord un meilleur exercice de la justice.
M. Albert Lantoine a été juré, et il s'autorise de cela pour philosopher. 11 n'est pas le premier à qui pareille aventure arrive, j'entends de philosopher après avoir été juré. Mais il philosophe à bon escient.
Et il trouve la formule exacte qui explique les erreurs ou les imperfections de la justice :
« Le juré n'est pas le serviteur de la loi. mais de la société. »
Oui. certes. On fait tout ce que l'on peut, néanmoins, et l'on peut beaucoup pour que le juré soit, en l'affaire, le défenseur de la société plutôt que de la loi. Ainsi on met les jurés au courant des antécédents judiciaires de l'accusé. Pourquoi? Les iurés n'ont pa< à déterminer lé châtiment, mais à apprécier seulement la culpabilité. Que la Cour
tienne compte de la récidive pour l'application de la peine, soit. Mais n'est-il pas préjudiciable à la justice, à la vraie, à la brave justice que cette récidive soit divulguée d'avance à ceux qui sont chargés de déterminer civiquement le fait ? Est-ce que. ainsi, on ne les entraîne pas comme systématiquement à croire à la culpabilité d'un homme qui a eu le tort d'être coupable autrefois ?
Bref, tout conspire à faire que le juré s'enquière surtout du degré d'antisociabilité de l'accusé, du danger que l'accusé représente pour la société. Et les malheureux n'ont pas de chance. Il leur est particulièrement difficile d'éviter le plus grand péril pour les hommes au cœur pur,4qui est de devenir des misérables. Hélas ! la sagesse des nations, qui détermine le sens des mots, a bien compris le sort des malheureux et le péril qui se fait pour eux particulièrement menaçant puisqu'elle a donné les deux sens au mot misérable, et que le misérable est pour elle un homme très malheureux et, tout de même, un homme qui a péché fortement contre la société.
Et le plus grave est non pas seulement que. comme le dit M. Albert Lantoine, « le malheur prédispose aux actes défendus », mais encore, mais surtout, que les hommes chargés d'administrer la justice soient par avance persuadés que si l'homme prévenu d'avoir commis un délit ou un crime est un malheureux, il est, en effet, bien plus probable qu'il l'a réellement commis...
M. Albert Lantoine constatera longuement avec une sorte d'insistance appuyée qui veut être sceptique, caustique, sarcastique et qui est pitoyable et quasi-douloureuse ce penchant de tous les serviteurs de la justice. Ceux-ci
sont fort disposés d'ailleurs à être un peu pharisiens. En outre il leur est malaisé de tenir pour défectueux le système dont ils vivent. C'est ainsi.
Le pis est que les foules deviennent volontiers complices de ceux qui abaissent la justice à n'être plus qu'une organisation tutélaire pour la quiétude sociale des gens heureux.
Et qu'est-ce que la justice pour les foules elles-mêmes ?
« Il n'y a point de choses justes ou injustes. Un philosophe ancien l'a dit : il y a des choses utiles ou nuisibles au bien de l'Etat. C'est pourquoi nous accommodons la justice selon notre sentiment de membre d'une société dont les intérêts peuvent varier. Tu me cites le fameux mot de Lamennais : « Quand je pense qu'il y a des hommes qui osent juger des hommes, je suis épouvanté et un grand frisson me prend. .Mais ce ne sont pas des hommes qui jugent des hommes. Ce sont de bons citoyens qui jugent de mauvais citoyens. Si les premiers avaient suivi la même existence que les autres, peut-être ne seraient-ils pas demeurés aussi honnêtes? C'est possible. » •&\'
Parfois, les foules tendent à obéira leur premier instinct qui est de douceur et de mansuétude. .Mais elles sont bien empêchées d'obéir jusqu'au bout. En effet, les juges inter- ^4;?^^'^ viennent. Les juges de profession, les magistrats dirigeant les juges d'occasion, les jurés : « Ce sont alors les juges de profession qui infligent aux juges occasionnels leur mentalité sévère de gardiens de la société. » Ne sera-t-il rien changé à tout cela ? Et l'heure n'a-t-elle pas sonné où il convient d'introduire dans la justicequelque générosité?...
M. Albert Lantoine ne va pas jusqu'à prêcher l'amélio-
ration des institutions et des hommes. Il dédaigne d'être un réformateur, Il dédaigne du moins de proposer directement des réformes. Il persévère ainsi dans l'attitude de certains écrivains d'une génération que nous avons connue ; et sans doute que les circonstances justifieraient un changement d'attitude et peut-être qu'il serait beau qu'au temps où nous vivons, les écrivains missent leur amourpropre à coopérer énergiquement à la régénération morale de l'humanité !
Non. M. Albert Lantoine ne veut point condescendre à accomplir cette tâche dont l'utilité, dont l'importance même ne saurait être contestée par personne, et dont l'accomplissement n'est point incompatible du tout avec l'épanouissement dans des œuvres immortelles de la beauté littéraire... M. Albert Lantoine demeure, obstinément, le moraliste distant, qui se plaît à souligner le ridicule grimaçant des choses et ne serait pas fâché que l'on pût croire qu'il y reste très indifférent. Et cependant l'esprit apostolique est en lui. Il ne le cache pas si bien'que cet esprit ne transparaisse. Et c'est pourquoi les observations de ce psychologue, rudement pénétrant, des âmes et de la société, nous émeuvent.
Elles nous émeuvent même lorsque M. Albert Lantoine s'amuse à d'agréables paradoxes et raille légèrement, en dépit qu'elles puissent être fort pénibles, les injustices de l'histoire.
M. Albert Lantoine accuse avec beaucoup d'aménité les poètes d'entraîner à l'erreur ou à l'injustice, les foules sans malice.
Personne n'est méchant, mais que de mal on fait !
Les foules sans malice et trop dociles ! Et ces erreurs ou ces injustices lui paraissent les plus plaisantes du monde.
Il se rit de ce que Athalie fut une reine digne d'éloges,, comme Ta prouvé AI. René Dussaud et du bon tour que lui a joué Racine... Quant à Lucrèce Borgia !... Eh bien ! Victor Hugo a rajeuni sa gloire, mais ne l'a point embellie. Pour l'éternité, il a chargé cette jeune femme de crimes abominables dont il suffisait de dire que ses parents les plus proches les avaient commis. M. Albert Lantoine rappelle alors, avec un acharnement plein d'humour, les bons témoignages des chroniqueurs, des historiens, des poètes, sur cette femme charmante et désormais calomniée devant les siècles.
« Lucrèce Borgia. au dire de Brantôme, fut « une très honneste dame ». Ne lis pas sur elle les vers enthousiastes de Pierre Bembo. il 1 aimait, et l'amour le pouvait aveugler. Mais compulse les chroniques du temps, les rapports d'ambassadeurs, les écrits des poètes. Tous ou presque tous sont unanimes pour célébrer lé savoir et les vertus de cette princesse. L'Arioste ne craint pas de la comparer à la Lucrèce romaine. Il n'est pas jusqu'au Loyal Serviteur, ce panégyriste naïf de notre Bavard qui n égrène à sa louange les épithètes les plus gracieuses. ))
Que valent ces témoignages?- La question sera toujours controversée. Grammatici certant. Le procès ne sera jamais jugé. Du moins le jugement. sera toujours passible d'appel. Certes, il est assez probable que la fille d'Alexandre VI et la sœur de César Borgia. même si elle l'ut la maîtresse de
son père et de ses deux frères, ne commit pas toutes les infamies qu'on lui prête bénévolement et que ses mœurs ne furent pas déréglées autant qu'on le dit volontiers... Mais sa réputation est faite devant, les foules. Lucrèce Borgia cultiva la poésie et flatta les poètes. Un poète s'est rencontré pour manquer envers elle à la reconnaissance qu'il lui devait bien au nom de ses illustres confrères. Et voilà une irréparable injustice de l'histoire !
Ces injustices énormes pourraient n'être que caricaturales. Et vous me direz qu'il importe médiocrement aujourd'hui que Lucrèce Borgia passe pour avoir été le modèle de toutes les vertus publiques et privées. D'autres injustices sont, si l'on veut, plus criantes. Le fait est qu'elles sont irréparables.
Examinons, s'il vous plaît, le cas de Marat. M. Albert Lantoine l'étudié avec une lucidité apitoyée et féroce. Et comme il a raison de prononcer : (( La légende a été créée par les passions et ne peut être ramenée à la mesure de la vérité ».
.Marat fut le serviteur incorruptible de la Révolution. Quand il fut mort, on trouva chez lui un assignat de vingt-cinq sols. C'était toute sa fortune. N'empêche que Mme Roland, contemporaine, parle dans ses Mémoires du « beau salon doré )) de .Marat. Il envoyait à la guillotine les agioteurs et les traîtres. Il est pour l'éternité un buveur de sang.
En vain. Fabre d'Eglantine a-t-il démontré, jusqu'à l'évidence, la sensibilité, la bonhomie de Marat. En vain, Esquiros l'a-t-il défendu dans son Histoire des Montagnards, En vain d'autres ont-ils tenté une apologie qui
n'était qu'une légitime réhabilita. En vain Verlaine a-t-il écrit sérieusement :
Jean-Pau/ Marat. l'Ami du Peuple, était très doux. Ce vers n'est considéré que comme une épaisse ironie |
Marat portera toujours la peine d'avoir pris toutes ces responsabilités en étant laid, en étant pauvre, en étant prive autant que possible de défauts charmants Marat portera toujours la peine d'avoir été assassiné par une belle aristocrate. .Marat fut peut-être un héros. C'en toujours sa meurtrière qui sera célébrée comme une héroïne
lelle est la puissance d'une erreur, d'une injustice ou assurément d une exagération, qu'on n'a aucun moyen de tenter même un essai de revision. M. Paul Gavault va donner bientôt à l'Odéon, dans ses matinées classique*" la représentation de Charlotte Corday, de Ponsard. Ces matinées classiques sont précédées d'une conférence. Le public de lOdéon est cultivé, a l'esprit critique, est animé du culte de la vérité littéraire. Je défie bien le conférencier d essayer de prouver avec modération et prudence dans la forme, avec pour le fond, les documents les plus catégoriques, que Marat n'a point commis les crimes dont fl est accablé devant la légende, ou qu'il y a des circonstances très atténuantes à ces crimes-là ! Non. voilà une tentative de revision qu'il n'est point expédient de faire et il faut admettre que les conférenciers qui sont des historiens, ne peuvent très facilement remplir leur mission qui est de dire la vérité... Peut-être sera-t-il permis de faire observer qu au moment où les femmes se flattent d'entrer avec tous les droits dans l'activité politique. Charlotte Cordav ne
doit pas leur être proposée en exemple. Peut-être, mais avec quelle mesure, avec quelle circonspection, avec quelles circonlocutions que nous appellerons oratoires !..,
Bref, « la raison n'est pas toujours une raison », comme dit M. Albert Lantoine et on peut entendre ce qu'il dit dans tous" les sens !
Mais tâchons de lire avec optimisme les méditations opiniâtres de Ai. Albert Lantoine. Je veux croire qu'il y a quelque optimisme dans son sourire constant, mais constamment réticent. Je veux croire qu'il ne désespère pas de la bonté ni de la justice humaines. C est le moment où l'une et l'autre doivent régner. C'est le moment. 4
Je n'ose pas affirmer que M. Albert Lantoine sera un des constructeurs les plus intrépides de la société nouvelle, fondée sur le droit comme sur le devoir. Il nous montre néanmoins et nettement — fût-ce sans le vouloir, — dans quelle direction il laut que s'orientent les hommes de bonne volonté. Et l'occasion est trop rare, pour qu'on la laisse échapper, de passer quelques heures en la compagnie après tout réconfortante d'un homme qui s'efforce dépenser librement.
J. ErNEST-Ch ARLES.
(La Grande Revue.)
Rectification
24, Rue de Navarin (9e).
Mon cher Confrère,
Je viens de recevoir par Y Argus le bel article que vous avez consacré à La Lanterne du Cynique. Et il m'a, je vous
jO
le confesse, profondément touché, non seulement parce qu'il était de vous et en raison des éloges qu'il contient, mais surtout parce que derrière le « moraliste distant » vous avez su discerner (ce que j'avais cru dissimuler à tous et que vous seul avez senti) : ma fervente pitié que vous appelez « un esprit apostolique ». '
Mais je vous en veux d'avoir rappelé la formidable espièglerie qui, il y a vingt ans. excita la colère de Sarcey. Je vous en veux parce que mon article de La Vooue n'était pas intitulé Assassinions les Vieillards.1 Oh non! cette « manière » n'est pas mienne. Il était intitulé Du Respect des Vieillards.
Par votre faute je viens de le rechercher, et je veux vous faire sourire encore — comme je souris moi-même au moment où je le relis — pour sa douce férocité.
Cet article débutait par l'énumération des peuples de I Afrique et de la Grèce ancienne qui « veillèrent à préserver leurs sujets de la décrépitude ». Et j'ajoutais, non pas comme vous le dites qu'il « était convenable de se débarrasser d'eux par des procédés violents ». (Il est bien permis' après un tel laps de temps de ne pas conserver l'exacte mémoire de cette petite anecdote littéraire), mais au contraire (Je cite) :
Nous avons tenu à appuyer par des précédents nombreux notre opinion sur la nécessité de mettre à mort les vieillards. Cette mesure serait salutaire à notre société. Certes la rigueur des lois anciennes ne devrait être appliquée, ni la sauvagerie des peuplades lointaines recommandée ; il conviendrait de les conduire au trépas avec délicatesse — par la puissance de narcotiques
Et c'est même cette K douceur )) qui avait indigné Francisque Sarcey dans un de ces petits articles intitulés Fagots qu'il publiait alors dans le Temps. Non : il n'avait pas été jusqu'à « faire appel au bras séculier », rendons-lui cette justice ! Mais ce fut un de ses derniers Fagots ; il mourut peu de temps après — 'ce qui faisait dire parfois à mon excellent maître et ami Naquet : « Je vous présente, M. Albert Lantoine qui a sur la conscience la mort de Sarcey ».
Voilà que vous réveillez mes remords ! Et vraiment vous me devez de publier cette petite rectification car vous m'avez montré sous un jour trop cruel ! t
Votre très remerciant et admiratif !
Albert Lantoine.
IANN KARMOR
La Revanche d'Eros
La Revanche d'Eros. par M. Iann Karmor (Le Livre Mensuel, édit ), est un roman descriptif. L'affabulation n'est que l'occasion de descriptions fort intéressantes. L'incendie de Salonique, du mois d'août 1917, notamment, est remarquablement décrit. C'est de l'excellent reportage, alerte, coloré, vivant. Il y a aussi dans ce « roman » de bonnes marines, vues par un marin, puissantes et sobres.
Les Treize.
(L'Intransigeant.)
Dr ROUBY
Les Fées sont revenues...
« Pour que la Bonté refleurisse dans le cœur des petit? enfants », c'est-à-dire des générations de demain, appelées à parfaire ce « monde nouveau » qu'on nous prophétise de tous côtés comme le fruit merveilleux de la Très Grande Guerre et qui doit, celle-ci ayant été le produit de l'orgueil et l'explosion de la férocité, être caractérisé par l'épanouissement libre et fécond des plus douces vertus humaines, c'est-à-dire de celles qui sont les plus divines. Un tel programme est magnifique. Ai. le docteur Rouby apporte à sa réalisation une contribution plus qu'intéressante, exemplaire, et charmante, et sérieuse, par son petit livre les- Fées sont revenues... Il est formé, ce joli bouquin de poche, de quatre histoires de fées, mais de fées opérant dans notre temps, sur des montagnes neigeuses, parmi les bûcherons
de nos forêts, ou dans nos grandes cités industrielles. Une seule évoque une fée des temps préhistoriques, sur les rives de la Yézère. en ce coin de terre qui est devenu le Périgord; mais ce n'est qu'apparence, et cette fée aussi accomplit bien de notre temps son gentil et doux ouvrage. M. Lantoine, éditeur du livre, le présente' en une vive pré-, face par laquelle il contresigne l'hommage de ces contes « aux enfants ». Mais les pères et même les anciens y trouveront leur compte et leur plaisir. C'est agréable et léger, c'est pénétrant et réconfortant. La Bonté ! Tel un médicament qui nous est, en chacun des paragraphes de chacune des pages de ce livre, glissé adroitement en l'âme. Rien de solennel, de compassé, dans la manière de ce docteur écri- - vain. Le docteur s'assied près de vous ; il cause, mêlant, aux péripéties de ces histoires, simples et grandes et si humaines, doi. si vivantes, des souvenirs d'histoire, des réflexions fines et solides, et vous i'écoutez. Quatre « visites » de ce genre, et vous voilà le cœur remis d'aplomb sur les vrais bases de la sociabilité, dç la solidarité, de ce qu'exprime le mot chrétien de « charité ». La Bonté ! Le second conte, celui de Fée Nanette, est un vrai chef-d'œuvre. Les autres ont de grands mérites. « C'est bien curieux les hommes. Depuis la mort des fées, ils n'y voient plus du tout, et ne s'en doutent point. » Cette réflexion mélancolique et profonde de Maeterlinck sert d'exergue au livre du docteur Rouby. Celui-ci nous ramène les fées pour que nos yeux se rouvrent et voient, en redevenant, et notre cœur de même, des yeux d'enfant. La méthode n'est pas mauvaise du tout.
(Le Nouvelliste de Bordeaux.)
Unïveraffa»
&3LI3TMCCA
Pour paraître le 1er Avril 1919
P. SAINTYVES
Les Liturgies populaires
Rondes enfantines et Quêtes saisonnières
Albi. — Imprimerie Nouvelle, 29, Av. du Colonel-Teyssier
Les Roseaux
de
Midas
Pourquoi l'écrivain anonyme des Roseaux de Midas n'at-il pas, pour appuyer sa si juste opinion sur le vers régulier, cité la parole de Montaigne : « La pensée pressée aux pieds nombreux de la poésie me fiert d'une plus vive secousse. » Dans une langue comme la nôtre, où l'accent' tonique des mots n'existe pas, la rime est nécessaire. Nous ne pouvons qu'applaudir à cette salutaire campagne contre le vers libre. Pourquoi faut-il que nous fassions d'autre part les plus grandes réserves au sujet des jugements sur Baudelaire, sur Maeterlinck, sur Becque et sur tant d'autres qui sont le prétexte de paradoxes séduisants mais combien injustes. Un livre qui aurait pu être un bon livre et qui n'est qu'un livre curieux.
(Les Tablettes des Deux-Char entes.)
La BslbLiotlitlque, Université d'Ottawa Echéance
T/î£ Llbncuiy Uni vers ity of Ottawa Date Due