L'HUMOUR DANS SHAKESPEARE, ARISTOPHANE ET MOLIÈRE
Les Oiseaux d'Aristophane. — La raison moyenne dans le théâtre de Molière. — Humour du Malade imaginaire et du Misanthrope. — Les clowns et les philosophes de Shakespeare. — Falstaff. — Les sept âges de la vie humaine. — Le banquet de la fin. — Conclusion générale.
Ja^ humour signifie maintenant pour nous quelque chose, grâce au soin que nous avons eu de n'exclure aucun des sens partiels de ce mot, depuis le plus superficiel, oii il se confond avec le huitième sens du mot français humeur, selon le dictionnaire de Littré, jusqu'au plus profond, où cette bizarre forme d'esprit nous est apparue comme l'alliance paradoxale d'un tempérament optimiste et joyeux avec l'espèce de philosophie
si amèrement exprimée dans le premier verset de VEcclésiaste.
J'ai essayé de rendre sensible à l'imagination l'idée générale de Vhiimoiir par toutes sortes d'exemples tirés de la littérature et de l'histoire; je craindrais, en résumant cette longue investigation, de prêter une précision trop rigoureuse à une définition qui, pour être vraie, doit rester, à mon avis, un peu vague et flottante. S'il faut en rassembler une dernière fois les termes principaux, j'aime mieux ne pas prendre moi-même la responsabilité d'une besogne si délicate, et je cède la parole au critique français qui a donné de V humour la plus juste définition que je connaisse.
« Le rire, écrit M. Scherer*, est excité par le ridicule, et le ridicule naît de la contradiction entre l'usage d'une chose et sa destination. Un homme tombe à la renverse; nous ne pouvons nous empêcher de rire, à moins pourtant que sa chute n'entraîne un danger, et qu'un sentiment ne soit ainsi chassé par l'autre... Grossissons maintenant les choses, étendons les termes : la disparate n'est plus dans le double sens d'un mot, entre une attitude et le décorum habituel, entre la folie du moment et la raison qui forme le fond de la vie ; elle est entre l'homme même