I. II. — I
inévitable que, à ce litre, les médecins de son temps attirassent son attention : ils l'ont attirée de bonne heure. Dès les tout premiers essais de sa verve comique, alors qu'il parcourt les provinces en composant des farces à l'italienne, Molière s'amuse à mettre en scène le médecin volant, Sganarelle : « Je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une personne qu'aucun médecin qui soit par la ville » ; eti^ans la Jalousie du Barbouillé, il montre le Barbouillé offrant de l'argent au philosophe qu'il a consulté ; celui-ci se scandalise, et le Barbouillé de dire à part lui : « à cause qu'il est vêtu comme un médecin, j'ai cru qu'il lui fallait parler d'argent. » — Après ces attaques anodines et traditionnelles, Molière parait oublier les médecins pendant de longues années, une quinzaine d'années peut-être, et voici qu'en i665 le théâtre du Palais-Royal joue le terrible Festin de Pierre '.
Au troisième acte. Don Juan, poursuivi, se sauve à travers une forêt. Il s'est déguisé en revêtant un habit de campagne, et Sganarelle, son valet, s'est affublé d'une robe de médecin : là-dessus, inspirés par ce costume, maître et valet discutent sur les médecins et la médecine. A quoi aboutit cette discussion ? à rien ; de quoi a servi pour l'action le déguisement de Sganarelle? de rien. Molière a déchargé sa bile, voilà tout. Encore l'a-t-il fait insuflisamment à son gré, car, la même année* i665, au Festin de
I. Le 26 septembre i664, Gui Patin raconte que les médecins Esprit, Braver et Bodinean ont donné trois fois de l'émétiqvie au fils unique, âgé de 35 ans, d'un ami de Molière, La Mothe Le Yayer, et « l'ont envoyé ^u pays d'où personne no revient ». Cette mort, qui a inspiré à Molière une lettre et un sonnet émouvants, a-t-elle été pour quelque chose dans la reprise, (juelques mois plus tard, des hostilités contre les médecins ? — — N'oublions pas que Molière lisait force critiques des médecins çà et là, notamment dans les œuvres espagnoles, ou inspirées do l'Espagne, et qu'il avait peut-être vu parodier les médecins par le farceur de l'Hôtel de Bourgogne, médecin Ini-mcme, Guillot- Gorju.