CONCLUSION
scandalisé les partisans farouches de la distinction des genres.
Ainsi Molière, à qui l'on peut adresser maintes critiques, n'en a pas moins été, pour ainsi dire, l'art dramatique et l'art comique incarnés ; il a réjoui et fait penser à îa fois une longue suite de générations ; il a résumé en un assez petit nombre d'œuvres, que la mort l'a empêché d'étendre, presque toute la vie de son temps et un peu de la vie universelle; il a créé des êtres que nous connaissons, que nous aimons, dont nous nous moquons, comme s'ils étaient des êtres semblables à nous, mais qui, eux, ne sauraient mourir; il a exercé une influence morale, qui n'a pas été de tout point bienfaisante, mais dont la puissance est incontestée. Et, de ce non content, il a déterminé, ou au moins activé, précisé un des mouvements poétiques et artistiques les plus importants qui se soient jamais produits. Quand il est mort, la comédie, qu'il avait portée trop haut, à laquelle il avait trop demandé peutêtre, ne pouvait que décroître ou se transformer ; mais la forme de tragédie qu'il avait suscitée était florissante, et le code poétique dont il avait inspiré la meilleure part allait paraître.
Quelques réserves que l'on fasse en louant Molière, il en faut toujours revenir au mot de Fénelon : « Encore une fois, je le trouve, grand. »