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CHAPITRE III

LE MISANTHROPE

L'Amour médecin avait été donné à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 22 septembre i665. Presque aussitôt la médecine, qui, en 1678, grièvement offensée par le Malade imaginaire, devait (au dire d'un docte médecin du xviir siècle) se venger par la mort même de Molière, eut soin de donner à l'imprudent poète une sérieux avertissement. Pendant 55 jours, du 29 décembre i665 au 21 février 1666, Molière fut malade et dut laisser fermé son théâtre.

Ce ne fut pas d'ailleurs son seul ennui vers cette époque. Le 4 décembre, il avait fait jouer par ses acteurs une tragédie de son ami Racine, Alexandre le Grand, et il avait tout lieu de penser que le jeune auteur, aidé par lui, répondrait à ses bons procédés par la reconnaissance et l'affection. Mais un poète tient avant tout à ses vers, un dramaturge est prêt à tout pour être applaudi, et Racine ne manquait pas d'égoïsme, au moins en sa jeunesse. Le lendemain de la quatrième représentation d'Alexandre sur le théâtre du Palais-Royal, Racine, trouvant que son œuvre n'était pas assez bien jouée par la troupe de Molière, la laissait jouer chez la comtesse d'Armagnac par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, et, le 18 décembre, Alexandre figurait sur l'airichc des deux théâtres à la fois. Molière et Racine se brouillaient, et cette rupture blessait le cœur du poète comique (car le plus tendre des deux

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n'était pas le tendre Racine, bien qu'il dût peindra hirrifô! le modèle des amis dévoués, Pylade).

Ajoutons que le mari d'Armande Béjart avait sans doute lieu de s'inquiéter de la coquetterie de sa trop jeune femme ; ajoutons que l'auteur du rar<////*e souffrait et s'irritait de voir son cliel-d'œuvre toujours proscrit ; et |)cut-ètre aurons-nous le droit d'attribuer à l'amertume réelle de Molière quelque chose de l'amertume qui va cire ^onsible dans son œuvre nouvelle, la plus forte peut-être ju'il ait écrite: le Misanthrope, dont la première représentation est du /i juin 16G6.

Il est vrai que le Misanthrope n'est pas une improvisation comme l^ Amour médecin ; dès i663, Vlmpromptii de Versailles, indiquant les originaux qui s'offraient au pinceau du poète comique, disait : « N'a-t-il pas ceux qui t aressent également tout le monde, qui promènent leurs civilités à droite et à gauche et courent à tous ceux qu'ils voient avec les mêmes embrassades et les mêmes protestations d'amitiés?» et c'est déjà là un premier trait de la ligure de Philinte ; l'année suivante, iGO^, le premier icte de la comédie était lu dans les salons, s'il faut en troire Grimarest ; mais c'est bien en 1605 et 1666 que I œuvre fut achevée. Il est naturel qu'elle se ressentît des dispositions de Molière à cette date, d'autant que Célimène, ^ la coquette qui, dans la comédie, faisait souffrir Alceste, lovait être jouée par Armande, et que le jaloux grondeur, \lccste, devait être joué par Molière lui-même.

Cela dit, je m'empresse de déclarer que, à mon sens, Molière n'a pas plus voulu se peindre dans Alceste, qu'il n'a voulu peindre Armande dans Célimène; que là, aussi bien qu'ailleurs, il a fait son métier d'observateur et de ( réateur d'âmes, et que je laisserai complètement de côté la fastidieuse — et surtout fallacieuse — question de savoir ce que Molière a pu imiter de lui-mômc, d'Armande, de Montausier, de Boileau, et de vingt autres. .To no m'arrê-

terai pas davantage sur un certain nombre d'autres points, qu'il serait facile de développer : les rapports du misanthrope de Molière avec ceux de Lucien, de Libanius et de Shakespeare ; — l'absence dans le Misanthrope de ces imitations variées dont Molière est coulumier ; — l'abondance, dans la scène des portraits et ailleurs, de ces esquisses comiques dont Donneau de Visé a dit : « Ce sont autant de sujets de comédies que Molière donne libéralement à ceux qui s'en voudront servir^ » ; — la leçon de goût qu'Alceste a donnée à Oronte et au public, également étonnés de la recevoir ; — la nécessité, niée par Alceste, et peutêtre trop libéralement admise par Philinte, d'obéir à ce que le monde appelle les convenances, c'est-à-dire à des conventions, voire à des hypocrisies sociales ; — la part que Molière pourrait revendiq^uer dans les idées, les théories et le caractère des deux amis qu'il a opposés ; — les paradoxes de Rousseau sur Alceste et sur Philinte, et la transformation des deux personnages dans la prétendue suite qui a été donnée aa Misanthrone par le docile disciple de Rousseau, Fabre d'Eglantine'. Pourquoi étrangler toutes les questions, à force de vouloir les manier toutes ? Quels sont les éléments dramatiques du Misanthrope ? de quel art témoigne-t-il ? quelle en est la portée ? quelle place tient-il dans l'évolution de la comédie de Molière et même du théâtre classique français? Voilà vraiment ce qui importe, et voilà ce que nous étudierons rapidement.

1 . Lettre écrite sur la comédie du Misanthrope (dans le Molière de la Collection des Grands écrivains de la France, t. V, p. 436).

2. Le Philinte de Molière ou la Suite du Misanthrope, comédie représentée sur le Théâtre-Français le 2 2 février 1790. — Le i5 janvier iQOÔ, pour l'anniversaire de la naissance du poète, le Théâtre-Français a donné une autre suite du Misanthrope, qui est un fort piquant pastiche du style et de la versification de Molière : la Conversion d'Alceste, par M. Courteline.

I K Mi*^ vx r iiiioi'i

Il n'y a aucun élément clans le Mlsanlhropey qui n'ait <léjà figuré dans le Tartuffe ; et tous les éléments qu'on a pu distinguer dans le Tartuffe, on les retrouve dans le Misanthrope. Seulement, ces éléments composants sont ici dans une proportion tout autre ; l'art qui les a assemblés

^t beaucoup plus discret, et peut-être faudrait-il dire qu'il est trop discret pour le théâtre ; l'ensemble est plus philosophique et plus largement humain. Comparons en quel- (jues mots les deux œuvres.

Un élément, que Molière traite d'ordinaire avec assez de dédain dans sa haute comédie, avait au contraire été l'objet de soins tout particuliers dans le Tartuffe : c'est l'intrigue. L'intrigue est réduite à la portion congrue, elle j n'obtient même pas la portion, congrue dans le Misan- ^ thrope. En quoi peut-on dire, encfTet, que l'intrigue con- | siste dans cette, pièce? dans le procès perdu d'Alceste ? évidemment non; dans l'affaire avec Oronte? pas davantage; seul, l'amour d'Alceste pour Célimène forme une

liarpente dramatique à l'œuvre, et il faut avouer qu'elle l

>t fort loin d'être massive.

Alceste aime une jeune veuve, Célimène, dont l'humeur

«quette le chagrine, et c'est tout ce que contient le premier acte. — Au second, Alceste veut que Célimène so prononce une bonne fois entre ses multiples soupirants et lui ; mais la présence même de ces soupirants et une affaire importune l'empêchent de formuler assez nettement

•s exigences. — Une prude, qui jalouse Célimène et qui \ oit d'un bon œil Alceste, offre de prouver à ce dernier «pie la coquette ne l'aime point : voilà le troisième acte, «pii, du point de vue de l'intrigue, paraît à peu près vide. — Le quatrième est plus plein «ai Mccsle, convaincu par

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la prude Arsinoé, qui lui a remis un billet galant de Célimène, offre de dépit sa main à une cousine de celle-ci, Éliante ; il défie Célimène de se disculper, et, bien qu'elle n'en fasse rien, il retombe sous le joug de l'enchanteresse. — Enfin, au cinquième acte, les divers soupirants de Célimène la confondent en lui montrant des lettres, où elle a successivenrient flatté et dénigré chacun d'eux. Tous se retirent, sans qu'Alceste ait le courage de renoncera celle qu'il aime : « Voulez-vous m'épouser et me suivre dans la solitude?» demande-t-il. Mais la solitude effraie la jeune femme, qui se sent coquette encore en dépit des affronts reçus. Alceste renonce à Célimène; il n'ose revenir à Éliante; il va quitter le monde, où ses amis vont faire effort pour le retenir.

Ainsi l'action n'est même pas terminée d'une façon décisive ; elle a été traversée par toutes sortes de scènes épisodiques ; elle occupe dans la pièce quatre ou cinq cents vers peut-être sur dix-huit cents. Ceux qui veulent une action animée ne trouvent certes pas leur compte au Misanthrope, et cela est pour quelque chose dans la froideur relative avec laquelle la pièce a été d'abord accueillie, et continue à être accueillie au théâtre. De 1680 à 1906, le Misanthrope a été joué douze cent trente-trois fois à la Comédie-Française, et le Tartuffe deux mille cent onze ^

Une autre supériorité du Tartuffe à la scène est constituée par l'abondance de la partie comique, tranchons le mot: de la farce, qui fait un habile et précieux contrepoids à la partie dramatique. Dans le Misanthrope il n'y a pas de Dorine, pas de Monsieur Loyal, pas de Madame Pernelle. Il est vrai qu'il y a. Monsieur Dubois. Alceste vient de faire à Célimène ses sanglants reproches du quatrième acte ; victime d'un amour indomptable, il vient

I. Voyez Joannidès, la Comédie- Française de j68o à igoo. Paris, Pion, 1901, in-8, «^'1 la Comédie-Française, igoG. Paris, Pion, 1907.

« LE MISANTHROPE »

(le parler à la coquette avec un mélange éiin)iivaiil de ten- \i\ dresse, de tristesse et de lureur : la comédie confine à la i '

tragédie Vite, il faut redescendre de ces hauteurs cl

amener le rire sur les visages. Monsieur Dubois, valet l'Alceste, arrive, dans un accoutrement étrange, pour chercher son maître. 11 est cITaré, il prend des airs mystérieux, il brouille tout ce qu'il a à dire, ^il jette hors des (:)nds la patience d'un maître, dont précisément la patience li'estpas la principale vertu. Enfin on parvient à lui arracher ce renseignement, qu'un ami d'Alceste a remis pour lui un papier très important. Ce papier. Monsieur Dubois l'a dans la poche, il le cherche, il le cherche encore, il ne

le trouve point ; ma foi, il l'a oublié à la maison !

Voilà nettement une scène de farce; mais c'est la seule ,1 [uc contienne la pièce. Ailleurs, le comique est moins \ rtificiel et moins gros ; il jirovoque moins le rire que le ourire ; ou, si l'on veut, le spectateur « rit dans l'àme », omme disait joliment Donncau de Visé. Ce comique lésulte des situations fausses où est Alceste, l'homme sincère amoureux d'une coquette, l'habitué bourru d'un -alon on ne peut plus mondain. Il résulte du contraste jue fait sa mine sombre avec l'air aimable de Philinte, ivec les cajoleries intéressées de l'homme au sonnet, 'route, avec la fatuité sans consistance des marquis. Il (•suite des exagérations où le jette le dépit, de ses empor- N'menls, de ses boutades, des demi-trivialités qu'il se permet.

Pourquoi Molière n'est-il pas allé plus loin? D'abord, le Mjjet ne le permettait guère, et, dans un milieu aussi légant que celui du Misanthropey des scènes comme celle le Monsieur Dubois ne pouvaient se nmlliplier sans amener des disparates vraiment lâcheuses. Mais, de plus, je crois que Molière a été ici iniluencé par le souvenir d(' Don Garde de Navarre. Cette pièce n'ayant pas été imprimée, Molière était libre d'y puiser à sa convenance, et

certains morceaux en étalent fort bons. Molière y puisa donc abondamment ; il prit des tirades entières de son ancien prince jaloux pour les mettre dans la bouche d'Alceste ; il fit du Misanthrope, a certains égards, une nouvelle édition, singulièrement revue, de Don Garde. Et dès lors il était naturel que le Misanthrope, tout en restant une comédie, tout en étant composé d'après la même poétique que les comédies ordinaires de Molière, diflerât d'elles sensiblement. Le Tartuffe était la comédie de Molière qui, par son sujet, se rapprochait le plus du drame sombre ; et, pour faire contrepoids, les parties bouffonnes y avaient été multipliées. Le Misanthrope est la comédie de ^lolière qui se rapproc}ie le plus d'une sorte de tragédie de demi-teinte, noble, grave, philosophique ; le ton en doit être plus uniforme et le comicjue plus adouci.

Si nous poursuivions ce parallèle, nous verrions combien le Tartuffe diffère du Misanthrope et, à la scène, l'emporte sur lui pour ce qui concerne les mœurs, plus bourgeoises, plus aisément vérifiables, qu'il met sous nos yeux ; — pour ce qui concerne les idées, plus passionnantes, plus constamment actuelles (en ce temps de « cléricalisme » et d' « anticléralisme » surtout) qu'il illustre et met en œuvre ; — pour ce qui concerne les caractères, plus «impies, plus tranchés, plus empruntés à la vie courante, qu'il fait agir. Mais ici, ce qui fait l'infériorité du Misanthrope sur les planches, et pour un public frivole, fait sa supériorité à la lecture ou pour des spectateurs réfléchis. Les mœurs, dans le Misanthrope, ce sont, ramassées dans un synthétique et lumineux tableau, les mœurs générales du xvii® siècle |: et, si l'on opère quelques transpositions, les mœurs géné- ' raies de tous les siècles; — les idées, ce sont celles que, selon son tempérament ou son caractère, chacun peut avoir du monde et de la vie ; — les caractères, ce sont ceux qui symbolisent le mieux certaines tendances essentielles et constantes parmi les hommes.

« LE MISANTHROPE

Le Misanthrope, co n'est rien de moins qu une étude presque complète de la société contemporaine et de l'humanité.

Ici nous touchons à l'un des secrets, à l'une des merveilles de l'art classique : comment un théâtre qui, soit volontairement, soit par l'eiret de maintes circonstances, s'était condamné à n'user que de moyens d'expression extrêmement simples et pauvres, est-il arrivé cependant à nous présenter des tableaux si riches et à nous ouvrir de ^i vastes horizons ?

On comprend qu'un poète dramatique dans une action 1res complexe et très variée, comme celles de Shakespeare, puisse introduire un grand nombre d'incidents instructifs et caractéristiques. Mais l'art du xvii'" siècle français demandait une action une et simple ; Molière, renchérissant sur | lui, avait réduit presque à rien l'intrigue du Misanthrope, i et, s'il avait multiplié les épisodes, ces épisodes cependant rattachaient à l'intrigue et devaient, semble-t-il, partiiper de ce qu'elle avait de modeste et d'étroit.

On comprend qu'un poète dramatique, en transportant, comme Shakespeare, Son action en des lieux très nombreux, très différents, très éloignés les uns des autres, rive à nous faire sentir toute la diversité de la nature, ^lais l'art du xvii^ siècle français demandait à un drame de • conGner dans un lieu unique, aussi bien que dans un ul jour ; Molière, renchérissant sur lui, avait cette fois énoncé à la rue et aux maisons qui avaient formé le décor <lc la plupart de ses comédies, il avait enfermé le Misnn- ^ Ihrope dans un espace de quelques pieds carrés et dr quelques heures.

Enfin, on comprend qu'un poète dramatique, en mulli-

pliant ses personnages, en les empruntant à des catégories sociales dilTérentes, en les mêlant (toujours comme Shakespeare) à des foules ou à des armées, donne l'impression que l'humanité même respire et agit sur son théâtre. Mais l'art classique n'admettait qu'un nombre de personnages restreint ; Molière n'en a guère mis que huit dans le Misanthrope, et qui appartiennent au même milieu, qui doivent avoir les mêmes intérêts, les mêmes habitudes d'esprit, presque la mêmephysionomie. Si j'osais employer cette expression, je dirais que Molière a joué la difficulté : comme il a gagné la partie cependant ! et comme la réussite a été décisive !

Et d'abord, l'action du Misanthrope est simple, traînante, peu animée : cela est vrai. Elle remplit mal un drame ou une comédie : c'est vrai encore. Mais qu'elle est admirablement choisie pour un tableau dramatique ! Quelle lumière en jaillit sur l'âme et sur la vie humaines ! L'amer poète de la Colère de Samson a écrit :

Une lutte éternelle, en tovit temps, en tout lieu, Se Hvre sur la terre, en présence de Dieu, Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme, Car la femme est un être impur de corps et d'àme.

• Bien que Molière eût peut-être autant à se plaindre d'Armande que Vigny de Madame Dorval, il n'a pas cru que la femme fût essentiellement impure et perfide, et, à côté de Célimène, il a eu soin de placer la tranquille, la chaste, la sincère Éliante. Mais enfin, il a bien vu qu' « en tout temps » et « en tout lieu » le drame de Samson et dé Dalila était un des épisodes les plus fréquents de l'histoire de l'humanité ; il a bien vu que rien ne mettait à nu le cœur de Samson, que rien ne faisait vibrer tout son être, que rien n'amplifiait sa force et ne dévoilait ses faiblesses comme d'aimer Dalila ; et il a bien vu aussi que d'avoir à conquérir, à garder, à désarmer Samson, c'était ce qui pouvait amener Dalila à étaler le mieux ce qu'il y avait en

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eile de coquetterie, de grâce, d'esprit, de cliarme, de perfidie. Ardent, noble, sincère, Alceste aime la coquette Célimènc, et du coup voilà éclairées jusqu'au fond deux âmes A*<(>nticIlofnont représentatives:

ALCRSTE.

Ciel I rien da plus cruel peut-il être inventé ?

Et jamais cœur fut-il <\v la sorte traité ?

Quoi ? d'un juste courroux je suis ému contre elle,

C'est moi qui vi(!ns me plaindre, et c'est moi qu'on querelle I

On pousse ma douleur et mes soupçons à bout,

On me laisse tout croire, on fait gloire de tout ;

Et cependant mon cœur est encore assez lâche

Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache.

Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris

Contre l'ingrat objet dont il est trop épris !

Ah ! que vous savez bien ici, contre moi-même,

Perfide, vqus servir de ma foiblesse extrême,

Et ménager pour vous rexc^s prodigieux

De ce fatal amour né de vos traîtres yeux !

Défendez-vous au moins d'ini crime qui m'accable,

Et cessez d'atTecler d'être envers moi coupahle ;

Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent :

A vous prêter les mains ma tendresse consent ;

Eflbrcez-vous ici de paroître fidèle.

Et jf m'efforcerai, mot, de vous croire telle...

CÉLIMKNE.

Non, vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime'.

Mais Alceste ne se heurte point seulement à la coquetterie de Gélimènc. S'il est amoureux, il est aussi misanthrope, atrabilaire ; il est Cntrabilaire amoureux, comme disait un titre auquel Molière a un moment songé pour

I pièce ; et dès lors il se heurte à quantité d'usages iiociaux qui l'irritent, qui l'exaspèrent, qui rendent plus

orageuse sa passion et qui nous instruisent. Nous

trouvions tout à l'heure que l'action était ralentie par quantité d'épisodes. N'exagérons rien ; si le cours de l'action en est ralenti, il en est du moins rendu plus bouillon-

iiit, comme le cours d'un torrent entravé par des rochers.

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