‹ MolièreChapitre 32 sur 104 · I . Acte I, scène i · texte numérisé non relu

I . Acte I, scène i

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cin des paroqucts » ; la muelle Lucinde traitée avec du pain trempé dans du vin, sous prétexte que c'est en mangeant du pain trempé dans du vin que les perroquets apprennent à parler; Thibaut n'osant prononcer le mot d'apothicaire sans ajouter: « révérence parler », et Sganarelle, plus réservé encore, ne désignant la prétendue profession de Léandre que par un geste, à la vérité assez, expressif! A deux reprises, nous voyons Mme de Sévigné rappeler ces adieux de Martine et de Sganarelle qui préparent les plus piquantes charges d'Henri Monnier :

Martine. — Hélas! mon cher mari, est-il bien vrai qu'oii te va pendre ?

Sganarelle, — Tu vois. Ab !

Martink. — Faut-il que tu io, laisses mourir en présence do tant de gens ?

Sganarelle. — Que veux-tu que j'y fasse ?

Martine. — Encore si tu avois achevé de couper noire bois, j<' prendrois quelque consolation.

Sganarelle. — Retire-toi de là, tu me fen<Is le cœur.

Martine. — Non, je veux demeurer pour l'encourager à la mort, et je ne le quitterai point que je ne t'aie vu pendu.

Sganarelle. — Ab* !

Kt que de fois n'a-t-cHc pas du rire aux larmes au souvenir de la consultation de Sganarelle!

Ici la fantaisie est constamment mêlée de satire. Molière, en effet, a eu une idée singulièrement heureuse. Sganarelle fait des fagots ; mais, avant d'échouer dans cet humble métier, il a poussé ses études jusqu'en sixième et il a servi pendant six ans un médecin. Dès lors, une fois revêtu de la robe et coiffé d'un chapeau des plus pointus, il pourra prononcer quelques mots techniques, imiter l'allure de MM. les docteurs authentiques, et faire la parodie des médecins. De quelle façon mordante il s'en acquitte, nous l'avons vu: pédant, il cite Aristote et Hippocrate (Hippo- ''••■i\o, dan^ son chapilnMlos rh.'ipoanv ^^ : «vi.î... il ^,A\,-

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q4 MOLIÈRE

cite de l'argent, tout en faisant mille simagrées pour avoir l'air de n'en pas vouloir prendre ; — partisan de l'humorisme, il recommande les saignées pour la maladie à venir ;

— infatué de son pouvoir, il menace de donner la fièvre aux clients récalcitrants; — cynique, il se loue d'une profession où l'on peut gâter un homme sans que personne se plaigne et sans qu'on ait à en payer les pots cassés.

Et sous cette fantaisie et cette satire que de traits de vérité ! Beaucoup ont eu l'honneur de devenir des façons de proverbes : « Et voilà justement pourquoi votre fdle est muette. — Gela est si biau que je n'y entends goutte. — Nous avons changé tout cela » ; — ou encore: « Il y a fagots et fagots. — Il me plaît d'être battue. — Et qui est ce sot là qui ne veut pas que sa femme soit muette? » C'est que ces mots, et les autres du même genre qu'on pourrait citer, rappellent à notre esprit des scènes où la vérité, pour avoir pris un costume de fantaisie, n'en est pas moins éclatante : la querelle de ménage entre Sganarelle et Martine ;

— l'intervention malheureuse de M. Robert, sur qui l'homme et la femme, réconciliés momentanément, tombent à la fois ; — Sganarelle vantant sa marchandise, ses fagots, à Lucas et à Valère ; — Sganarelle, à qui l'on répète qu'il est médecin, finissant par céder à la suggestion et par se demander s'il ne l'est pas en effet; — Géronte, qui a parlé du mutisme de sa fille à Sganarelle, s'émerveillant, par un effet naturel de la prévention, de ce que ce grand médecin a découvert que Lucinde était muette, de même que les clients des somnambules et des cartomanciennes s'émerveillent de se voir redit par ces personnes extralucides ce qu'ils viennent eux-mêmes de leur confier; — Géronte, enfin, retrouvant le ravisseur de sa fille, levant furieux le bâton sur lui et remplaçant la bastonnade par une révérence profonde, quand il apprend que le ravisseur vient de faire un héritage et qu'il est riche: « Monsieur, votre vertu m'est tout à fait considé-

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rahle, et je vous donne ma fille avec la plus grande joie du monde ». Une scène nous olVrirait réunies toutes les <jualités que j'ai signalées jusqu'ici dan» la pièce: celle où Valère et Lucas transforment en médecin le fagotier. Je me contente d'en citer la fin :

ScANARELLE. — Mais, MessieuFS, dites-moi, no vous trompezvous point vous-m(^mes ? Est-il bien assuré que je sois médecin ?

Lucas. — Oui, par ma figue!

Sga>arklle. — Tout de bon ?

Valère. — Sans doute,

Sganarklle. — Diable emporte si je le savois !

Valère. — Comment ? Vous êtes le plus habile médecin du monde.

ScA.NARELLE. — Ah ! ah I

ï^ucAS. — Un médecin qui a gari je ne sai combien de maladies.

Sganarelle. — Tudieu !

Valère. — Une femme étoit tenue pour morte il y avoit six heures; elle étoit prête à ensevelir, lorsque, avec une goutte de quelque chose, vous la fîtes revenir et marcher d'abord par la chambre.

Sganahelle. — Peste I

Lucas. — Un petit enfant de douze ans se laissit choir du l»aut d'un clocher, de quoi il eut la tctc, les jambes et les bras cassés ; et vous, avec je ne sai quel onguent, vous fîtes qu'aussitôt il se relevit sur ses pieds, et s'en fut jouer à la fossette.

Sganarelle. — Diantre !

Valère. — Enfin, Monsieur, vous aurez contentement avec nous ; et vous gagnerez ce que vous voudrez, en vous laissant conduire où nous prétendons vous mener.

Sganarelle. — Je gagnerai ce que je voudrai ?

Valère. — Oui.

Sganarelle. — Ah ! je suis médecin, sans contredit : je l'avois oublié ; mais je m'en ressouviens. De quoi est-il question? Où faut-il se transporter ?

Valère. — Nous vous conduirons. Il est question d'aller voir wMo fille qui a perdu la parole.

"^ganarelle. — Ma foi ! je ne l'ai pas trouvée.

\ alère. — 11 aime k rire. Allons, Monsieur. •

Sganarelle. — Sans ime robe de médecin ?

\ ALÈRE. — Nous en prendrons une.

Sganarelle (pn'scnUni sa bouteille à Valère). — Teucz cela, vous : voilà où je mets mvn julcps, (Puis »o tournant yen Lucat en crachant.)

is, marchez lc»-<lessus, par ordonnance du médecin.

Lucas. — Palsanguenne ! velà un médecin rpii me plaît ; j<? pense qu'il réussira, car il est bouffon*.

Ce dernier mot, qu'on a si mal voulu comprendre, signiQait: « Spectateurs, applaudissez ». Et les spectateurs de 1666 ont applaudi; depuis deux siècles et demi, tous les spectateurs applaudissent.

Cependant, le deuil pesait à une cour calante et amie du plaisir. Anne d'Autriche était morte le 20 janvier 1666, et c'était seulement à la messe anniversaire, le 20 janvier 1667, que Bossuet devait prononcer l'oraison funèbre de la Reine-mère. Dès le 2 décembre 1666 commença à Saint-Germain une série de fêtes qui devaient se terminer le 20 février, et dont l'attrait principal était la représentation, maintes fois reprise, du Ballet des Muses.

Le Ballet des Muse» se composait de treize entrées, avec défilés, tableaux vivants, danses, comédies. Le Roi y dansait à côté du marquis de Villeroy et d'autres grands seigneurs en face de Madame (Henriette d'Angleterre), de Mlle de La Vallière, de Mme de Montespan. La Reine, elle, ne dansait pas : elle se préparait pour le cadeau qu'elle devait faire au roi d'une fdle le 2 janvier. Dans la troisième entrée figurait une pièce de Molière intitulée Mélicerte. Puis, comme il fallait varier les plaisirs, comme le Ballet changeait sans cesse ainsi que le mythologique Protée, Mélicerte fut, le 5 janvier, remplacée par la Pastorale comique; en février, le i4 sans doute, on ajouta une" quatorzième entrée faite par des Maures et précédée de la comédie le Sicilien ou V Amour peintre. C'est de ces trois œuvres que nous avons à parler maintenant.

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