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I. Acte I, se, III, v

Il lui suffisait de nous bien dire ce qu'il ne voulait pas;

— et aussi, et surtout, puisqu'il tenait à rester un habile poète dramatique, il lui importait d'éviter les écueils auxquels viennent si souvent se heurter les pièces à thèse.

Le genre de la pièce à thèse est, en elTet, très malaisé, car, outre les dilTicultés inhérentes à toute œuvre dramatique, il en oITre d'autres qui viennent de l'union même de la thèse et du drame. Trois défauts guettent alors l'auteur. S'il se préoccupe avant tout du drame, il peut ne pas faire ressortir l'idée fondamentale, et nombreuses sont aujourd'hui les pièces, dont les critiques sont obligés de dire, comme de la lanterne magicpie du fabuliste :

... Je vois bien quelque chose, Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas trôs bien !

— S'il se préoccupe avant tout de la thèse, il oublie de faire un drame : c'est une satire, une dissertation dialo- 2:uée, comme certaine pièce de M. Brieux que la censure

d'abord interdite (pas pour cela, d'ailleurs), et il n'y a pas de personnages vivants. — S'il se préoccupe à la fois de la thèse et du drame, il peut encore le faire avec maladresse. Il nous annonce que tel défaut aura des conséquences fâcheuses; mais ce qui se produit de fâcheux n'est pas la conséquence de ce défaut, et le public est sans cesse ballotté d'une impression à l'autre.

Molière est-il tombé dans ces inconvénients ? C'est ce <[u'il est intéressant d'examiner.

Dans les Femmes savantes, l'idée fondamentale ressort- Ile? Les réserves que j'ai indiquées toutà l'heure une fois Imises, on peut répondre: admirablement. Quels sont s personnages ridicules? le bel esprit : Trissotin, le pc

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dant : Vadius, la romanesque : Bélisc, la philosophe : Armande, la savante : Phllaminle. Qu'a produit leur fureur de science ? Le ménage de Chrysalc est à vau-l'eau ; sa famille est désunie, et, l'autorité ayant changé de mains, le mari porte piteusement jupon, pendant que la femme porte fièrement haut-dc-chausses. — Et, d'autre part,, quels sont les personnages sympathiques ? Ghrysale, qui est comique, mais parce qu'il cède trop aux précieuses et parce qu'il s'en revanche gauchement en outrant le terre à terre et la trivialité; — Martine, dont le bon sens, ù tout prendre, vaudrait mieux que la pédanterie ; — surtout Aristc, et Glitandre, et Henriette. — Et que produira une conception du rôle de la femme contraire à celle des précieuses ? le ménage d'Henriette et de Glitandre, le ménage normal, où l'homme garde l'autorité, mais en faisant de la femme son égale par l'affection et la déférence qu'il lui témoigne ; où chacun a ses attributions distinctes, bien que les deux époux aient le même zèle pour les intérêts communs ; où la femme ne cherche à se faire valoir c{ue par les attributs de son sexe : la grâce, la bonté, la simplicité, le dévouement.

Est-ce à dire que Molière s'est contenté d'opposer les uns aux autres des êtres allégoriques, des êtres sans vie 1^ Allons donc ! il renoncerait plutôt à soutenir une thèse. 11 n'a pas craint au contraire de donner à ses personnages des traits qui allaient contre la rigueur de sa thèse, mais qui, conformes à la vérité, contribuaient à faire de ces personnages des êtres vivants. Et ces êtres, nous les connaissons tous, comme si nous les avions fréquentés dans le monde. Philaminte, la savante mariée, n'est plus guère ni ménagère, ni épouse, ni mère au meilleur sens du mot. Ménagère, elle saurait comment va sa maison et ne transformerait pas son ollice en une académie, où une bonne cuisinière, travailleuse, dévouée, fidèle, mais de langage un peu rustique, est indigne de figurer. Épouse, elle ne réduirait pas

« LES FEMMES SAVANTES » 2(j^h

son mari à l'état de pauvre homme sans autorité. Mère. elle s'inquiéterait des sentiments de ses enfants, dont ellt^ n'a cure, plus que de leur beau langage. Mais la scienct^ la entêtée, et, seuls, ceux qui se piquent de science ou de^ lioau style la séduisent, si vides soient-ils. Orgueilleuse.

miteuse, impérieuse, elle s'est attaî^ée à ce qu'il y a dc" jjlus haut dans les belles connaissances ; elle est astronome, philosophe et poète, organisatrice de sociétés modèles comme Platon. Elle entend qu'on l'admire, et c'est autant par ses flagorneries que par sa préciosité que Trissotin lui

4 devenu cher, comme c'est autant par son silence trop >incère que par son peu de goût pour les hautes spéculalions que Clitandre l'a rebutée. Pourvue malgré cela djune^réijjle, noblesse d'àme. elle ne peut croire à la cupidité de son idûie ; elle apprend ses propres pertes d'argent

ins sourciller, et rend justice au déypuement de Clitandre... Tout n'a pas été pernicieux pour elle dans la fréquentation de la philosophie, et Molière, impartialement, remarque ; mais, si elle est estimable, elle est insupportable et un tantinet ridicule. Molière faisait jouer ce rôle par un homme, par Hubert, et l'on comprend mieux, quand on connaît ce détail, la timidité de Chrysale devant

(' viril personnage ; on trouve aussi plus plaisantes les

tresses qu'il est obligé de lui faire:

J'aime fort lo repos, la paix et la douceur,

lA ma femme est terrible avecquc sou humeur.

Du nom de philosophe elle fait grand mystère ;

Mais elle n'en est pas pour cela moins colère ;

Et sa morale, faite à mépriser le bien.

Sur l'aigreur de sa bile opôre comme rien.

Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tète.

On en a pour huit jours d'elfroyable tempête.

]'A\c me lait trembh-r dès qu'elle prend son ton ;

Je ne sais où me metlr<\ et c'est un vrai dragon ;

l'^t cependant, avec toute sa diablerie,

Il fatit (pie je l'appelle et « mon cœur » et « ma mie • ».

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