LE NOTAIRE
Moi ? Si j'allais, Madame, accorder vos demandes, Je me ferais siffler de tous mes]compagnons.
Voilà un notaire sensé. Il est de plus homme d'esprit et malin sans avoir l'air d'y toucher, et c'est ce qui le tire de cet embarrasdont j'ai parlé. On se rappelle que Cbrysale et Philaminte ont chacun leur candidat à la main d'Henriette. PourFun c'est Clitandre, pour l'autre Trissotin. Sommé des deux côtés d'inscrire le nom du prétendant qu'on veut, le notaire risque cette objection : « Deux époux ?c'esttrop pour la coutume. » La querelle se prolongeant, il s'abstient de prendre parti et se contente d'une formule évasive.
Mettez-vous donc d'accord, et, d'un jugement mur, Voyez à convenir entre vous du futur.
Il y a du diplomate chez ce notaire, et l'on peut être sur qu'il ne compromettra jamais la corporation.
11 n'en est pas de môme de M. de Bonnefoi, le tabellion du Malade imaginaire. Celui-là est un fourbe, ce qui n'étonne point lorsqu'on sait qu'il est le propre notaire de Béline, choisi et amené par elle, du consentement d'Argan , pour faire tout doucement passer des mains du
mari dans celles Je la femme le bien de ce veuf remarié. Très expert d'ailleurs, ce M. de Bonnefoi. ainsi nommé par antiphrase : très versé dans les dédales du droit coutumier. Il explique à son client l'obstacle que la Coutume de Paris oppose aux projets d'Argan. « Tout l'avantage qu'homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire l'un à l'autre, c'est un don mutuel entre-vifs ; encore faut-il qu'il n'y ait enfants soit des deux conjoints ou de l'un d'eux, lors du décès du premier mourant. » — « Noilà une Coutume bien impertinente, réplique l'irascible Argan. qu'un mari ne puisse rien laisser à une femme dont il est aimé tendrement et qui prend de lui tant de soin ! » Et il parle de consulter un avocat. In avocat ! Ce n'est pas le compte du ténébreux M. de Bonnefoi. dont la réponse donne la mesure, en tant que valeur morale.